Frànçois and The Atlas Mountains - Interview

19/10/2011, par Luc Taramini | Interviews |
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A première vue, François Marry pourrait passer pour un artiste circassien, un danseur ou un ancien gymnaste. Petit, carré, il émane de lui une grâce féline, quelque chose de lunaire et de vaguement anachronique jusque dans son look. Il est aussi d’une infinie douceur dans ses gestes et dans sa voix. Choisissant ses mots avec soin, ce garçon réfléchi nous parle de son nouvel album studio, "E Volo Love" qu'il a voulu plus direct et plus pop.

 frànçois & The Atlas Mountains

Est-ce que tu te sens comme un musicien voyageur ?

Oui mais j’aimerais l’être plus. J’adorais voyager. Je le fais encore par les concerts même si ce n’est pas les meilleures conditions. En tout cas, le thème du voyage m’accompagne dans mes chansons. 

 

De quelle manière ?

J’ai toujours eu une approche de la musique qui est liée au fait de faire des expérimentations. Je trouve qu'il n'y a pas mieux d'écouter ce qu'il se fait ailleurs quand on fait soi-même de la musique. Récemment on a écouté pas mal de Champeta. C’est de la musique colombienne. On a eu la chance d’avoir été invité en Colombie. Je suis aussi attiré par la musique du Sahel… Le thème de l’ailleurs est là tout le temps.

 

Par conséquent, est-ce que cela participe à la définition de ton style musical ?

Je ne sais pas. On a eu une idée de mon style avec un journaliste précédent, "musique océanique" ou "océanisme". Un concept qui parle plutôt d’origine du monde.

 frànçois & The Atlas Mountains

Ta musique dégage souvent une certaine langueur ou un climat cotonneux, est-ce un registre de teintes avec lequel tu te sens bien ?

Complètement ! Ça correspond au type de paysages que j’aime. L’autre jour, on voyageait dans le nord de la France -je crois que c’était dans la Somme- il faisait très gris, mais un gris hyper doux et tout le monde pestait dans le van sauf moi qui avais l’impression d’être chez moi. Je suis sensible aux lumières de début et de fin de journée. Et c’est un peu pour ça que je suis parti à Bristol… Je cherchais ces teintes-là tant au niveau musical que dans la ville. A Bristol, il y a ces lumières-là en septembre, je m’y suis senti tout de suite chez moi.

 

Aimes-tu aussi les lumières violentes des pays plus chauds ?

Non pas trop, même si j’aime beaucoup l'Afrique pour ses musiques. En fait, j'aime le côté psychédélique de la musique africaine. Et particulièrement cette langueur qui émane de certaines musiques comme celle de Ali Farka Touré. Les musiques agressives, ce n'est pas pour moi, je préfère les choses qui suggèrent.

 

Ne te reconnais-tu que dans un format chanson ?

Non, j’ai des side projects dans lesquels je ne fais que de la musique, des expérimentations électroniques.

 

 Qu’est-ce que tu trouves dans le format chanson qui te plaît ?

J’y retrouve un peu le même pouvoir que dans la poésie ou la littérature, c’est-à-dire pouvoir évoquer des moments de la vie humaine qui sont difficiles à évoquer par la simple musique. Par exemple, l’attente d’une personne à la gare. Il y a un vrai intérêt à mettre du texte. Pour moi, la langue est une matière comme la matière musicale. On l'a bien vu par la poésie ou par Serge Gainsbourg qui ne faisait que jouer avec les mots. Je n'aime pas seulement la forme dans les mots, j’ai besoin que le mot campe une scène. Je n'irai pas comme Bashung faire des chansons hyper abstraites avec une forme littéraire très poussée. Après, j’ai un goût pour la littérature qui m’a sans doute permis de faire des chansons avec plus de deux couplets.

 

Le dernier album, en quoi est-il différent du précédent ? Qu’as-tu voulu y mettre ?

Tu parlais tout à l’heure d’atmosphère impressionniste, ça se retrouvait surtout sur "Plaine inondable". C’était un album imprégné de l’humidité de ma région, la Charente Maritime.  Le nouvel album célèbre plus la vie en ville, le voyage, les night clubs, les moments de joie passés avec les amis, la pop musique… Donc c'est un disque plus direct, moins contemplatif.

 

 Pourquoi y retrouve-t-on "Piscine", qui est déjà une vieille chanson ?

On l’a beaucoup jouée en concert sous une forme différente que celle enregistrée initialement. On y a rajouté cette fin tourbillonnante dont je me suis vraiment entiché. Alors j’ai voulu qu’il y en ait une marque sonore tout simplement, c’est pourquoi on l’a réenregistrée. Et ça allait bien avec cet album que je voulais plus direct.

 frànçois & The Atlas Mountains

Comment s’est faite la rencontre avec Françoiz Breut qui chante un titre en duo avec toi ?

A Bristol, je travaillais dans un cinéma indépendant où elle était venue un soir. J’étais déçue de ne pas pouvoir aller la voir ce soir-là alors je lui ai fait transmettre un petit mot avec un vinyle que j’avais enregistré et elle m’a répondu qu’elle avait été très touchée. Un peu plus tard, j’ai appris qu’elle faisait un album pour enfants, j’ai voulu lui envoyer une chanson qui aurait pu coller. Finalement elle ne l’a pas retenue, mais on a repris contact par ce biais-là.  Au final, on s’est rencontrés dans un festival de musique française à Brighton. Une complicité est née entre nous. Pour parler de la chanson elle-même, je trouvais ma voix trop omniprésente, un truc n’allait pas. Alors j’ai eu l’idée d’alterner avec une voix féminine, je voulais une voix plus âgée, une voix qui représente une certaine autorité. Je lui ai proposé et elle a accepté.

 

Tu es devenue amie avec elle ?

Non, nous n’avons pas été jusque-là. Nous n'avons pas passé assez de temps ensemble. On a un respect mutuel, une bonne entente. Elle est assez drôle.

 

As-tu encore un lien avec Bristol ?

Non. Jusqu’à l’hiver dernier j’y allais régulièrement parce que ma petite amie y vivait. Mais maintenant, elle est à Londres. Et puis je vais avoir moins de temps avec les tournées. J'y ai quand même des attaches très fortes.

 

Qu’est-ce que ça représentait Bristol pour toi ?

Je m'y suis senti vraiment à ma place. Quand j’étais adolescent en Charente-Maritime, j’avais l’impression d’être décalé. Je n’arrivais pas à situer mon idéal de vie là-bas, je le situais plutôt dans un ailleurs qui ressemblait à Bristol. Mes premiers mois à Bristol, j’ai ressenti un épanouissement dingue. J'y ai découvert tout ce que je recherchais. C’est l’année la plus belle de ma vie. J’avais vingt ans, c’était en 2003. En plus, j'avais un petit boulot rémunéré, j'étais assistant de français. C'était la vraie vie. 

 

Tu as eu tout de suite des connexions avec des musiciens ?

Oui, immédiatement, notamment avec le groupe Crescent que j'avais découvert avant de partir et qui représentait pour moi une sorte d'idéal. Trois semaines après mon arrivée, je jouais avec eux… Je pourrais aussi te parler de Movietone, Flying Saucer Attack, des groupes de chez Domino que j'écoutais beaucoup au milieu des années 2000 et qui ne disent plus grand-chose aux gens aujourd'hui, en tout cas moins que les Arctic Monkeys.

 

Aujourd’hui, tu te situes où géographiquement ?

Cette année je me suis découvert artiste français, ce qui n’était pas le cas avant. On a bénéficié du FAIR (Fonds d’Action à l’Initiative Rock) qui chapeaute des groupes qui se dirigent vers une manière de fonctionner très franco-française. J’ai découvert par ce biais l’industrie de la musique en France. Parallèlement, j'ai aussi fait le chantier des Francofolies. J’ai un peu l’impression de passer un examen me permettant ensuite de remplir certains critères pour jouer dans d'autres festivals comme Le Printemps de Bourges. Ça m'a permis aussi de rencontrer plein de gens, même des gens dont je n’aime pas particulièrement le style musical mais avec qui je partage la même vibration pour la musique. On était d’égal à égal, sans jugement de valeur. Je n’ai aucune honte à dire, par exemple, que j’ai pris des cours de chant au chantier des Francofolies. C’était hyper enrichissant, il faut le faire quand on a cette opportunité.

 

Quelle est ton identité ?

Je me considère pleinement musicien. Même si c’est un terme que j’ai du mal à revendiquer quand je vais en Afrique et que je suis confronté à des musiciens amateurs qui ont un niveau technique supérieur et un sens du show incomparable. Cela dit, je suis à ma place, je n’aurais pas pu continuer à enseigner le français ou à travailler en cuisine comme je l’ai fait par le passé. J’ai toujours eu un bouillonnement intérieur qui correspond bien à ce "métier" de musicien même s’il y a aussi un côté routinier.

 frànçois & The Atlas Mountains

J’ai bien noté qu’au début de cet entretien tu emploies davantage le "on" que le "je", le groupe il existe plus sur scène que sur disque ?

Le "on" a beaucoup plus de signification sur scène. Je dirige plus les choses en studio même si beaucoup d’éléments de l’album ont été injectés par les musiciens. Sur scène, il est hors de question que je dirige la baraque parce que le taux d’investissement des musiciens (heures passées sur la route, heures à mal dormir, etc.) est égal au mien. Quand on joue, on est ensemble.

 

Vous autorisez-vous des accidents sur scène ?

Je me suis rendu compte qu’en France, quand les programmateurs nous bookent, ils veulent un produit fini, chose qui existe de manière beaucoup moins systématique en Grande-Bretagne. Certains programmateurs m’ont déjà ouvertement fait part de leur déception de ne pas voir la chorale du disque débarquer sur scène avec nous. Par conséquent, pour éviter de décevoir, on a créé une formule plus ou moins préparée au sein du set.

 

Si tu devais te projeter dans dix ans, comment te verrais- tu?

C’est marrant, c’était justement un des exercices du chantier des Francofolies. Je m’étais vu tout simplement musicien mais avec la liberté que j’ai aujourd’hui. C’est pour ça que je sui ravi d’être sur Domino plutôt que sur un label français plus gros qui m’aurait accordé moins de liberté artistique. Chez Domino, on ne touche pas à l’authenticité musicale de l’artiste, et pour moi c’est essentiel.

 

Photos : Maéva Pensivy

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