Fred & Judy Vermorel - Sex Pistols, L'Aventure Intérieure

19/09/2011, par | Livre |
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Fred & Judy Vermorel - Sex Pistols

A l'inverse de ces Beatles, Rolling Stones, Led Zep et autres sur lesquels ils crachaient, et qu'ils ont pourtant fini par rejoindre au grand panthéon du rock'n'roll, la carrière des Sex Pistols a été météorique. Fondé en 75, sensation underground en 76, phénomène médiatique en 77, quasiment dissous en 78, et mort (au sens propre du terme pour l'un d'eux) en 79, le groupe n'a eu le temps de livrer qu'un seul album digne de ce nom. Il semble qu'avec eux, le temps s'est accéléré, qu'ils ont traversé en deux années ce que d'autres groupes vivaient sur une décennie. Preuve de cette frénésie, un an après avoir été révélés au grand public, un livre faisait déjà une rétrospective de leur histoire, qui fut traduit en français par Francis Dordor, et que Le Mot et le Reste réédite aujourd'hui.

On pouvait craindre que ce livre sombre sur deux écueils : rédigé en pleine furie punk, il aurait pu manquer de distance et sembler dépassé en 2011 ; assemblé par deux proches de Malcolm McLaren, il aurait pu être un ouvrage à sa gloire, et cultiver le mythe du Pygmalion que le manager des Pistols s'est lui-même plu à entretenir. Mais que nenni. The Sex Pistols: Inside Story, selon son titre original, franchit allégrement ces deux obstacles.

Fred était un vieil ami de McLaren, en effet. Mais si ce livre, co-rédigé avec son épouse, s'ouvre en taxant ce dernier de génie, s'il se termine par une biographie montrant à quel point le fantasque Ecossais était un être original et plein de ressources, il laisse aussi la parole à d'autres, journalistes, professionnels de la musique, pas toujours aussi enthousiastes à propos du célèbre rouquin. Sans oublier les Sex Pistols eux-mêmes, soucieux de nier toute manipulation, désignant leur manager, parfois avec un grand mépris, comme une sorte de mal nécessaire, comme le seul fou qui eut le courage de tenter de les prendre en main. Et comme, finalement, McLaren lui-même a refusé de contribuer au livre de son ami, de l'aveu de Johnny Rotten, son rôle n'en est que relativisé.

Aussi, le livre n'entretient aucun mythe Sex Pistols, et ce, précisément parce qu'il a été écrit avant même qu'il n'existe. Il est né dans l'instant, en prise directe avec les membres du groupe, de jeunes gens qui se montrent tels quels, déconneurs, iconoclastes et parfois acariâtres (sans surprise, la prime va à John Lydon), tantôt très perspicaces, d'autres fois profondément immatures (avantage à Sid Vicious cette fois), mais finalement très humains. L'immense postérité du punk n'est pas encore connue, le genre est même plutôt en berne, en 1978. Et l'épopée des Pistols ne s'est pas encore conclue par le meurtre de Nancy Spungen et l'overdose de Sid Vicious. Quelques articles ont été ajoutés par la suite pour relater cette fin glauque et pathétique, mais la greffe fonctionne mal, le ton tragique jure et tranche avec le contenu plutôt léger du reste de l'ouvrage.

Ecrire un livre sur le groupe le plus scandaleux de l'époque était casse-gueule : le faire avec sérieux ne convenait pas à l'esprit Sex Pistols, le rédiger à la manière d'une blague faisait injure à leur portée et à leur importance. Les Vermorel ont donc préféré laisser les autres s'exprimer. Ils n'ont écrit presque aucun mot, préférant procéder par collage, compilant interviews des Pistols, de leurs proches ou de leurs contempteurs, coupures de presse, extraits de chansons, de films ou d'émissions télé, journal intime de la secrétaire de Malcolm McLaren, et même poésies de John Keats. Et ils ont agencé tout cela de manière à retracer l'histoire du groupe, à en présenter chaque membre, à traiter de quelques thèmes, comme le traitement médiatique qui leur a été accordé.

Ainsi, le couple Vermorel a laissé s'exprimer des opinions contradictoires, celles du groupe lui-même, d'une industrie du disque embarrassée, de politiques à côté de la plaque, nous replongeant directement dans l'époque, plutôt que de la mettre en perspective. Il a trouvé aussi un équilibre idéal entre la légèreté, l'humour et les considérations culturelles, sociales et politiques. On rit quand Maman Cook confie n'avoir retenu de l'émission de Grundy que les habits repassés la semaine d'avant pour son cher petit Paul. On s'instruit avec ce long article conclusif qui démontre l'influence des Situationnistes sur le punk.

La biographie définitive des Sex Pistols n'est pas ce livre. Elle est le pavé très fouillé de John Savage, England's Dreaming, rédigé en 1991 et réédité plusieurs fois depuis. Mais en nous replongeant dans l'atmosphère de l'époque, sans déformation, avec transparence et honnêteté, l'ouvrage des Vermorel est bien davantage qu'un simple complément.

 

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