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GARDEN NEF FESTIVAL - Édition 2008

[vendredi 18 juillet]

(M.C.) Il règne une chaleur étouffante sur Angoulême ce samedi. Si le début de la journée s'annonce plutôt moyen, à partir de 19h, de nombreux bons groupes sont au programme. Nous zappons donc le début du concert des Français de Hushpuppies pour aller interviewer Patrick Watson et son groupe. Ils jouent fort, ce n'est pas désagréable, mais j'avoue n'écouter que d'une oreille distraite, pour entendre 15 minutes de set : c'est un peu court pour donner un avis.

Kid Bombardos - Valettes Stage
Ce sera la même problématique pour les jeunes bordelais de Kid Bombardos. Ils sont jeunes, ont sûrement décortiqué les disques des Strokes et des Libertines (dire plutôt Velvet Underground en interview, ça sonne plus classe). Ce n'est pas passionnant, mais pas franchement désagréable. Mais c'est vraiment dur de retenir quelque chose de ces quinze minutes entendues, à part que ça me rentre par une oreille et ressort par l'autre : je m'abstiendrai donc de tout commentaire.

Patrick Watson

(J.D.) Patrick Watson – Valettes Stage
Après les avoir rencontrés quelques heures plus tôt pour une interview, nous ne sommes pas étonnés de voir débarquer sur scène quatre jeunes gens affichant un grand sourire. Dès le premier morceau, Patrick se pose au piano et tous apparaissent très à l'aise. En permanence branchée sur une pédale de delay, la voix est parfaitement mise en avant. Tandis que Patrick se déchaîne sur son piano ou son orgue, les trois autres musiciens font souvent preuve d'inventivité. Le batteur jouera sur des marmites et le guitariste produira un sifflement du plus bel effet… en dégonflant un ballon dans les micros de sa guitare. Une respiration au milieu du set avec "The Storm", sur laquelle une simple guitare folk accompagne le chant pure et raffiné. Chaque morceau reçoit une ovation et plus le concert avance, plus le groupe partage sa bonne humeur avec le public. Patrick en tête, se baladant avec la pédale de delay à la main et s'avançant au bord de scène pour la triturer et recevoir des acclamations en retour. Au final, un concert incroyable qui restera dans les esprits.

The Bellrays - Valettes Stage
Je zappe le duo franco-finnois The Dø pour aller me sustenter avant le concert des Bellrays, qui a lieu sur la petite scène. La foule est très compacte devant la scène, sans doute attirée par l'excellente réputation du combo de Détroit sur scène. C'est donc pied au plancher que les Bellrays débarquent, envoyant tout de suite du très lourd et très fort avec "Detroit Breakdown". Ca remue fortement dans la foule, assez clownesque parfois (certaines tenues valaient le coup d'oeil côté ridicule), et cette excitation est bien entretenue par Lisa Kekaula, la chanteuse du groupe. L'espace qui lui est alloué semble décidément bien étroit pour elle, tant elle arpente la scène avec rage pendant que son mari de guitariste s'excite tant et plus à jouer à 200 à l'heure. D'ailleurs, on a un peu envie de leur dire stop, aux quatre musiciens. C'en est presque usant, cette prestation monolithique à fond les ballons, et le côté soul qui donnait une respiration bienvenue aux disques est malheureusement mis de côté, pour ne laisser que le brut transparaître. Une chanson peut expliquer le ressenti suite au concert : "Pinball City". Voilà, un concert des Bellrays, ça secoue, on rebondit et à la fin, on a l'impression de s'être pris tout un tas de bumpers dans la tête. La dernière note du concert résonne encore qu'on assiste à une migration en bonne et due forme vers la grande scène, où sont programmés les Suédois fous de The Hives.

The Hives - Garden Stage
Le concert fait le plein, car la réputation scénique des cinq gars du froid n'est plus à faire. Comme d'habitude, ils sont tirés à quatre épingles dans leurs costumes noirs. Howlin' Pelle Almqvist débarque finalement, et le set commence avec "Hey Little World". Malgré leur côté "chien fou", les Suédois font preuve d'une maîtrise impressionnante. Tout est rodé, bien en place : le son est nickel, leurs gimmicks sont au rendez-vous, et Howlin' Pelle peut commencer son show personnel. Il parle beaucoup, mais reste presque sobre pour ce qui est de l'autopromotion : le panneau "Long Live the Hives" semble néanmoins le ravir, et en bon professionnel, il brosse le public dans le sens du poil, avec des "Bonsoir la France ! Bonsoir Angoulême !", lancés avec accent et voix pointue. La setlist fait une large place au dernier album ("Tick Tick Boom", "You Dress Up for Armageddon", "Bigger Hole to Fill"), ponctués de titres plus anciens (comme l'excellent "A Little More for a Little You", ou les tubes "Main Offender" et "Hate to Say I Told You So"). Le regret viendra de l'absence de tout titre de "Barely Legal", et donc de "A.K.A.I.D.I.O.T.", mais le temps qui leurs est alloué est court, même pour les Hives et leurs chansons de trois minutes trente au maximum. Il n'en reste pas moins que The Hives a atteint un très haut niveau sur scène, explosif mais en restant toujours dans les clous grâce à une grande rigueur dans le jeu de scène, et toujours un peu ce grain de folie, symbolisé par Howlin' Pelle montant à l'armature des lumières sous l'oeil affolé des techniciens. La transition avec Adam Green et le contraste qui va en résulter s'annoncent donc intéressants à vivre.

(J.D.) Adam Green – Valettes Stage
Alors que la foule se presse déjà devant la Garden Stage pour Iggy Pop et ses Stooges, Adam a le mérite de remplir le lopin de terre qui lui est dédié. Dans son habit à franges, il commence par les chansons sur lesquelles il se veut crooner, "Pay the Toll" ou "Hollywood Bowl". Il arpente la scène avec enthousiasme et propose dès le début aux filles d'enlever leur pantalon. Le décor est planté et son intérêt principal dévoilé. Le public n'a pas toujours l'air de bien connaître les chansons du dernier album qu'il jouera en majorité, mais quand vient l'heure des classiques, "Jessica Simpson", "Dance with me" ou "Gemstones", la fosse devient une vraie piste de danse. Derrière lui, orgue, guitare, basse, batterie et deux choristes forment le groupe. Ceux-ci sont capables de tout jouer et semble être dans le même état d'esprit qu'Adam. Comme à son habitude, il traverse la scène en imitant le lapin et danse souvent étrangement. Sa marque de fabrique en somme, reste du délirant Moldy Peaches. "Baby's Gonna Die Tonight" est repris en chœur par la foule et le show se termine dans l'ombre d'Iggy.

(J.D.) Iggy Pop – Garden Stage
L'affiche du festival est très belle, mais si aujourd'hui il y a nettement plus de monde, c'est pour Iggy and The Stooges. La légende met ainsi un pied dans la ferme des Valettes. L'entrée en scène se fait sous un déluge d'applaudissements. Iggy s'empare du micro et il démarre. On remarque tout de suite que le volume sonore de la façade est beaucoup moins fort que d'habitude. De plus, le light-show est quasi inexistant. C'est la première fois que je vois un groupe rescapé des années 70 et je me demande si tout cela est volontaire. "1969" et "I Wanna Be Your Dog" déchaîne le public pour quelques minutes. Mais très vite, l'ambiance tombe. Iggy gesticule, grogne entre les morceaux, détruit le pied de micro, s'asperge de trois litres d'eau. Rien n'y fait. Sur "No Fun", la scène est envahie avec l'aide d'Iggy par quelques spectateurs, et des groupes qui sortent des coulisses pour venir danser sur scène (on distingue les BB Brunes). Ce sera l'apogée du set. Quelque chose ne fonctionne plus, avec les morceaux. La génération présente dans la foule ne se reconnaît pas dans ces hymnes, "My idea of fun is killing everyone" scande Iggy sans relâche, mais cela ne veut plus rien dire aujourd'hui, quand quelques lycéens égarés s'en donnent à cœur joie dans leur établissement. Après une sortie de scène et un changement de micro et de pied, ils reviennent sur et finiront par rejouer "I Wanna Be Your Dog", enrichie par un saxophone, comme pour relancer l'agitation dans la fosse. Impossible, les gens quittent déjà la ferme, sûrement persuadés qu'il n'y avait qu'une époque pour voir un tel groupe sur scène. Et ce ne sera jamais la nôtre.

(M.C.) Peaches DJ Set - Valettes Stage
La Canadienne est bien de notre temps. Connue pour ses excentricités scéniques, elle officie ce soir derrière les platines, pour faire danser les foules. Pour autant, elle ne reste pas immobile, et n'hésite pas à grimper sur la table pour inciter le public à se déhancher. Et ça marche plutôt pas mal, ma foi. Elle offre un bon défouloir électro, assez crade dans le son et la couleur générale, mais c'est justement ce qui apporte cette touche personnelle, au lieu de la prestation un peu uniforme de DJ dATA la veille. Le public ne s'y trompe pas, et ce sont autant les déçus d'Iggy que les danseurs du samedi soir qui gigotent en rythme. Elle ne semble pas vouloir quitter la scène, sauf que Birdy Nam Nam, à qui revient l'honneur de clôturer le festival s'apprête à commencer.

Birdy Nam Nam - Garden Stage
Ils sont quatre, ont chacun leur platines : les gars de Birdy Nam Nam ont brillamment relevé le défi de finir ce festival, un an après LCD Soundsystem. Il y a une vraie recherche musicale dans leur son, très cohérent et qui s'est éloigné de leurs débuts hip-hop pour aller taquiner du dancefloor. Tous les déodorants du monde n'y peuvent rien : ça remue dans la fosse, et les odeurs apparaissent, mais dans le fond, personne n'y fait gaffe et tout le monde se donne. Monstrueux d'intensité, les morceaux soulèvent la foule comme un seul homme, emportée par ce tsunami qui voit quatre types survoltés tenir la barque. Même si Little Mike assomme la foule de ces "Faites du putain de bruiiiiiiit", les derniers morceaux renvoient Justice à leurs études, et atteignent des sommets de musique pour dancefloor, ce qui agit aussi bien sur la public que ceux qui la font et semblent devenir fous. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, même Birdy Nam Nam, qui laisse le mot de la fin au décidément survolté Little Mike "C'était un PUTAIN DE FESTIVAL" !!! Merci, je crois qu'on avait compris.

Voilà, c'est ainsi que se termine cette troisième édition de la Garden Nef Party. Succès pour la fréquentation, puisque les premières estimations font état d'une première journée à 9000 spectateurs, et la seconde à 12 000, permettant au festival de ne pas perdre d'argent. Le futur ? Il pourrait consister à un passage aux trois jours, comme c'est de coutume (c'est d'ailleurs le but recherché pour le festival), mais aussi de conclure des alliances avec d'autres festivals, et cela aurait commencé avec Benicassim. C'est une chose qui semble indispensable pour un festival qui veut grandir, étant donnée la concurrence féroce qui règne (le week-end de la Garden Nef, il y avait quand même le FIB de Benicassim, le Summercase, Dour et j'en passe bien d'autres...). Mais les bases sont indubitablement là, le cadre, les bénévoles étaient sympas, et s'il reste des choses à revoir (forcément), Angoulême peut espérer devenir célèbre aussi pour son festival de musique.

[vendredi 18 juillet]

Judicaël Dacosta et Michaël Choisi
Merci à Emma et Cécile.

A lire également :
la chronique de "A Million in Prizes" d'Iggy Pop (2005)
la chronique de "Close to Paradise" de Patrick Watson (2007)
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