Gaylor Olivier - Interview

24/12/2008, par David Dufeu | Interviews |
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Le salut est donc sur le Net... Tu ne penses pas que la multiplication des avis plus ou moins éclairés sur la Toile brouille le discernement des amateurs de musique ? A ton avis, est-ce que ce nouveau rapport aux auditeurs influe sur la création musicale elle-même ?

Je ne sais pas si l'on doit attendre un quelconque salut d'Internet. Internet développe beaucoup le concept de gratuité, hors chaque chose a un prix, y compris la musique. Et puis la machine est récupérée comme toujours par le business, donc je ne crois pas que le salut soit sur le Net. L'avenir, lui, l'est parce qu'il faut savoir vivre dans son époque, en accepter les inconvénients et en utiliser les avantages. Jamais la musique n'a été aussi facile d'accès qu'aujourd'hui par exemple. Tu peux te faire une idée très précise des disques dont parlent les médias, ce qui n'était pas le cas dans le passé. Avant, soit tu allais chez ton disquaire, soit tu avais un ami qui avait le disque mystère en question, ou soit tu l'achetais sans écoute préalable après avoir lu une chronique dithyrambique et tu étais parfois extrêmement déçu en mettant le disque dans ta platine. Internet est très positif de ce point de vue-là. Je dirais plutôt que c'est la toile qui brouille les avis plus ou moins éclairés des médias et non l'inverse. Aujourd'hui, tu lis des chroniques et tu vas écouter directement les chansons. Tu es ton propre juge et je trouve ce processus très sain. Par exemple, tu peux lire cette merveilleuse chronique du dernier Oasis dans les Inrocks et ensuite aller écouter le disque en intégralité sur Myspace et te demander quelle est la sincérité de Pierre Siankowski dans sa chronique. Avant tu aurais claqué 20 euros pour finalement te rendre compte que Oasis en 2008, c'est mauvais. Cet accès à l'information sonore qu'offre désormais Internet remet plutôt en question la notion même de critique musicale, en tout cas son fonctionnement et son positionnement actuel qui sont très liés à un côté uniquement informatif que celle de la création musicale.

Je suis assez mal placé pour en parler puisque je ne suis pas musicien mais je ne pense pas que cela influe sur la création musicale. Il y a toujours eu deux manières d'envisager la création musicale : commercialement ou artistiquement. Les groupes et labels qui ne font de la musique que pour faire de l'argent continueront de faire de la musique en l'envisageant de façon à ce qu'elle marche avec les formules et le son que l'on connaît. Pour les autres, tu joues ce que tu ressens sans te soucier de ce que va en penser l'auditeur en face. Il faut faire ce que tu ressens, faire parler son cœur. Si tu commences à penser à ce que les autres vont en penser... c'est comme dans la vie, tu es foutu. "I don't care what the people say", pour reprendre le titre d'une chanson de Silver Apples. Quand je lis dans l'interview de Jérôme Soligny qu'il n'a pas fait de disque depuis longtemps parce qu'en premier lieu aucune maison de disque ne lui en a demandé un, cela m'effraie. Cela m'effraie sur la sincérité de la démarche. Pour moi, faire un disque, ce doit être viscéral, tu en ressens le besoin, enfin tu ressens le besoin de créer ou non. Bacon, même complètement fauché, continuait à peindre... sur l'envers de ses toiles. Tu vois le feu intérieur qui habitait le bonhomme.

Tu as bossé un temps chez POPnews... Quel souvenir en gardes-tu ?

Je n'ai écrit que trois chroniques pour Popnews, je n'ai donc pas eu le temps de me fabriquer beaucoup de souvenirs chez vous. Je me souviens des e-mails du grand chef dj en vert avec les petites descriptions pour chaque CD... J'aimais bien. Et puis j'avais une liberté totale d'écriture. A partir de ce moment là, les souvenirs sont forcément bons.

Question subsidiaire à 3000 euros : tu fais ça pour toi ou pour les autres ?

Pour les autres essentiellement et pour moi dans une moindre mesure puisque ce n'est pas "mon travail" que j'essaie de mettre en lumière avec debruit&desilence. C'est celui des autres (les groupes), pour d'autres (les auditeurs). Si je te dis Creed Taylor, Berry Gordy, Dan Koretzky, Dan Osborn, Ivo Watts Russel, Peter Kent, je ne suis pas sûr que cela te parlera beaucoup. Pourtant ce sont eux qui ont monté des labels comme Impulse!, Motown, Drag City ou 4Ad. Ce n'est pas avec debruit&desilence que je gagne ma vie, j'ai un boulot purement alimentaire à côté. Avec debruit&desilence, j'ai juste envie de partager de belles choses et de jolis instants avec les gens, que ce soit les artistes ou les spectateurs/auditeurs. C'est cela qui m'importe, faire découvrir des choses qui me touchent et qui pour moi sont importantes. Le reste, l'argent, ma gloire personnelle, je m'en fiche éperdument. Ce n'est pas cela qui restera. Ce qui restera ce sont les Innocent X, À Moi, Louisville, Rothko...

 

Propos recueillis par David Dufeu



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