George Barnett vs Daft Punk : humain malgré tout...

03/05/2013, par Christophe Despaux | Clips |
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Avril 2013 : la sortie multi-commentée de "Get Lucky", premier single extrait de "Random Access Memories", se devait d'être suivie par une caravane de reprises tant l'album de Daft Punk a été consacré comme un évènement mondial voire interplanétaire par l'entreprise du divertissement global. Et voilà qu'une parmi tant d'autres rompt le ronron des hommages, diffusés comme tels, au "génie" de nos deux clampins masqués. Son auteur, George Barnett, est un jeune Anglais (19 ans), deux albums auto-produits déjà à son actif, et qui, comme en passant, reprend seul les tubes du moment, en jouant de tous les instruments - et en se filmant, tant qu'à faire. Sa version de "Get Lucky" publiée sur Youtube - et relayée par Nile Rodgers lui-même, ce qui vaut pour approbation - démarre avec un rapide mouvement de caméra qui part de sa tête et descend jusqu'à un clavier de Prisunic amélioré où il pianote l'intro : on se dit "mouaif, pas mal", puis "bien, vraiment", et à mesure que le morceau se déploie, plein de breaks et d'astuces - contrairement à l'original rutilant où tout est donné d'emblée - on se met à trouver la reprise excellente, incroyable et même, à la dernière note, fabuleusement bonne, supérieure en tous points à son modèle. Ajoutons que Barnett est plutôt "good-looking", qu'il chante bien et bouge à l'avenant : on pourrait croire à une version pop d'Alex Turner à ses débuts, avant que celui-ci ne se transforme en horrible créature rock'n'roll. Barnett se filme lui-même en homme-orchestre d'appartement, mordant dans la chanson avec un appétit et une fraîcheur qui font plaisir à voir. Ses plans fixes - à l'exception du premier, sa signature - sont sans qualités particulières, mais leur montage absolument remarquable, d'une extrême musicalité, colle parfaitement au groove entêtant. On se trouve donc, à peu de choses près, avec le meilleur single et le meilleur clip de l'année (jusque là), tout ça pour un coût de revient avoisinant le nul (le prix de l'électricité au Royaume-Uni, en tout cas). Dans le même temps, une Grosse Bertha marketing essaie de conjuguer l'anonymat brandi des Bangalter et Homen-Christo avec leur omniprésence médiatique, ce qui impose la révélation repoussée de "Random Access Memories" en feuilleton hystérisé de développements ineptes (on en est au stade "interviews au compte-gouttes de collaborateurs all-star" avant, peut-être, la publication des thèmes astraux des ingés sons). Ne supputons pas sur la qualité de "Random Access Memories" qui ne pourra qu'être décevant au vu des forces mobilisées, à l'image de "Get Lucky", à la fois parfaitement efficace - grâce, notamment, à Nile Rodgers - et un peu inanimé - la faute à Pharrell Williams, dont la voix amorphe de jet-setter blasé peine à signifier la jeunesse et le désir de vivre. Tout ce qu'on retrouve dans la version jouissive et humanisée de George Barnett, dont le visage et la joie montrent qu'on peut encore avoir du talent, s'amuser avec rien et rendre heureux à peu de frais.

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