The Go-Betweens - Liberty Belle and the Black Diamond Express, Tallulah, 16 Lovers

18/04/2005, par Guillaume Sautereau | Albums en bref |
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ALBUMS par Guillaume

THE GO-BETWEENS - Liberty Belle and the Black Diamond Express, Tallulah, 16 Lovers Lane
(Lo-max / Discograph)

Jet Set, relayé par Lomax en Angleterre, la nouvelle maison de disques du groupe, termine enfin le travail de réédition de ce qu'il faut maintenant appeler la première période du groupe, entamé en 2002. Le moins qu'on puisse dire est qu'on en a pour son argent : les livrets sont très complets, enrichis de photos inédites, des paroles des chansons et de textes introductifs remettant bien les albums en perspective.

THE GO-BETWEENS - Liberty Belle and the BlackAprès "Spring Hill Fair", le groupe se retrouve sans label, à Londres, loin de son Australie natale et un peu dépité.. "Liberty Belle and the Black Diamond Express" marque donc un nouveau départ et s'ouvre sur un "Spring Rain" empli d'espoirs adolescents. Comme à la parade, Robert et Grant enchaînent les exercices pop ("To Reach Me", "Head Full of Steam"), les moments musicalement plus tendus ("Twin Layers of Lightning", "In The Core of a Flame") ou décontractés ("Bow Down", "Apology Accepted"). Le son du groupe reste très orienté guitares-basse-batterie mais ponctuellement, les arrangements de cordes - signés de l'omniprésente et méconnue Audrey Riley - font merveille, parvenant même à faire oublier le grossier son de batterie inhérent à l'époque. Pour le côté people, on note la présence anecdotique de Tracey Thorn aux choeurs sur deux titres. Ah oui, et puis il y a les vidéos : qui regarde les vidéos livrées en bonus sur les CD, franchement ? Là, ça vaut le coup de jeter un oeil à celui de "Headfull of Steam", rien que pour se gausser d'un Robert Forster trop mimi avec son pantalon rouge et son boléro noir. M'étonnerait pas qu'il y ait même une petite vacherie envers un autre Robert tant un ou deux passages évoquent le clip d'"Inbetween Days"... Le clip de "Spring Rain" est plus orthodoxe (c'est le printemps, et parfois il pleut...) et Robert est encore une fois au top, démontrant que Jonathan Richman et Etienne Daho sont loin d'avoir le monopole du port de la marinière. Chouette clip. Sur le deuxième CD, on trouvera une très bonne version de l'ironique "Don't Let Him Come Back", à propos de Peter Milton Walsh, un temps guitariste du groupe, trois titres enregistrés pour une session à la BBC dont une très intéressante version d' "Apology Accepted" et deux morceaux inédits de bonne facture. Les deux démos de "Bow Down" et "The Wrong Road" prouvent que ces deux titres, particulièrement le premier, n'ont pas besoin des fioritures de l'album pour s'avérer de très bons morceaux. "Reunion Dinner", tiré des sessions de l'album, est sans doute le morceau le plus expérimental des Go-Betweens : un long texte lu par Robert sur un tapis de percussions électroniques et quelques échos lointains de guitares ou de harpe... Des trois albums réédités ici, sans doute le plus cohérent.

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THE GO-BETWEENS - TallulahS'il y a un album qui sort grandi de ces rééditions, c'est bien "Tallulah", dont le son retrouve enfin un peu plus de clarté, Hautbois, violons, violoncelles et guitares acoustiques occupant pleinement l'espace sonore - le renfort d'Amanda Brown fait merveille. Mais bon, à l'aune des attentes actuelles, ce n'est pas encore ça - ah, cette batterie - et ça serait presque une bonne idée de les réenregistrer aujourd'hui, ces chansons. Car elles sont bonnes, voire exceptionnelles : Robert Forster signe deux chefs-d'oeuvre : "The House That Jack Kerouac Built" et "The Clarke Sisters". McLennan n'est pas en reste, que ce soit avec "Someone Else's Wife" et sa fin bouleversante ou le final "Hope then Strife". Seule faute de goût, ce "Cut It Out" un peu laborieux, sauvé par son refrain. Les clips sont une nouvelle fois une occasion de rire doucement. Sur "Right Here", Amanda Brown a de drôles de dents, Lindy Morrison un oeil au beurre noir, Grant McLennan la varicelle. Forster fait bien entendu le zouave (même quand il pleure). Quant à Robert Vickers, il est en retard d'un clip et attend que vienne la pluie de "Spring Rain". Bref, ce groupe a l'air heureux, et nous aussi. Sur le deuxième CD, ration habituelle de titres rares ("Time in the Desert", "A Little Romance") ou moins rares (le poignant "When People Are Dead"), démos à peine moins peaufinées mais aussi bonnes que les versions du premier CD ("I Just Get Caught Out", "Right Here") et extraits de session radio ("The House that Jack Kerouac Built", dont on devine déjà le destin de morceau de bravoure scénique). Deux petits exercices de style, "Don't Call Me Gone" dans un style country-western, et "Doo Wop in 'A' (Bam Bom)" pour conclure.

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THE GO-BETWEENS - 16 Lovers LaneSouvent considéré comme le chef-d'oeuvre absolu des Australiens, quitte à éclipser leurs autres productions, "16 Lovers Lane" aurait, selon certains, pris un gros coup de vieux. Autres temps, autres moeurs... A ce titre, quasi-archéologique, la version single de "Love Goes On" présent sur le deuxième CD vaut son pesant d'or : on y entend Tony Visconti remixer le titre avec toutes les armes qui avaient cours lors de l'âge d'or du maxi-45 tours : overdub de batterie envahissant, délayage et breaks à rallonge. Mais l'album original est un modèle de légèreté et d'équilibre. Un équilibre pas évident de prime abord, car les deux songwriters sont alors dans des états d'esprit opposés : alors que l'un débute une relation amoureuse, l'autre la termine et se retrouve seul pour la première fois de sa vie. A Grant McLennan la douce et parfois simple euphorie des amours naissantes, à Robert Forster les errements de la rupture, entre résignation ("I'm Allright"), obstination ("You Can't Say No Forever") et optimisme forcé. Musicalement, l'opposition est peut-être un peu moins tranchée : si Grant se réserve les flèches pop ("Love Goes On", "Was There Anything I Could Do?") - et par voie de conséquence, les singles, ce qui ne sera pas sans irriter son comparse et précipiter la fin du groupe, l'austérité folk de Forster n'oublie pas de se parer des belles couleurs du hautbois d'Amanda ("Clouds", "I'm Allright"). Sans sombrer dans les travers de l'album concept creux sur un thème plus qu'archi-rebattu, les deux hommes composent avec subtilité et sensibilité une belle et riche peinture de deux aspects du sentiment amoureux. C'est aussi l'album du retour aux sources, en Australie, après de difficiles années de galère dans la grisaille londonienne et la découverte de Sidney s'accompagne d'une bouffée d'enthousiasme dont on retrouve sans doute la trace sur le disque. Chef-d'oeuvre ? Ben oui, définitivement, mais à déconseiller aux coeurs de pierre. Côté clip, rien de bien extraordinaire à signaler, côté titres bonus, par contre, on est gâté avec les deux excellentissimes "Rock'n'Roll Friend" (qu'on retrouvera plus tard sur un album solo de Forster) et "You Won't Find It Again". Les autres morceaux, peut-être moins travaillés, sont plus qu'anecdotiques. En conclusion, une reprise live du "You're a Big Girl Now" rappelle que Dylan est une influence majeure du groupe.

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C'est la plupart du temps parmi ces trois albums que critiques et fans désignent leur préféré. Je confesse mon manque de recul, je suis bien incapable de choisir entre les trois. Ni d'ailleurs entre les six, en fait. Achetez donc les six... Mais gardez tout de même un peu de sous pour le petit nouveau qui arrive...

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