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GUILLAUME
ELUERD
Pour la petite histoire, j'ai rencontré Guillaume
Eluerd il y a un peu plus de deux ans au mariage d'amis
communs. Nous nous étions retrouvés à
la même table, il m'avait dit qu'il gagnait sa vie
en écrivant des scénarios de jeux vidéo
– ce qui m'avait fortement intrigué –
et qu'il faisait aussi de la musique – des productions
electronica sous le pseudonyme de NIMP. Je crois me souvenir
que nous avions parlé de Múm, du label Fat
Cat, de choses plutôt expérimentales.
Le hasard a voulu que, deux ans plus tard, je reçoive
son premier album sorti sous son nom, "The Year of
the Dog". Surprise : c'est un disque folk, voix-guitare
pour l'essentiel, épuré et pourtant d'une
grande richesse sonore, beau comme un rai de lumière
dans l'obscurité. Guillaume revient ici sur l'inspiration
des chansons, montrant au passage toute l'étendue
de ses goûts musicaux.
Paper
of Armenia (Quiet)
Paper of Armenia reflète un endroit, une ambiance,
une odeur, quelque chose que vous avez longtemps cherché
et que vous avez fini par trouver. Alors vous dites à
vos compagnons de route : voilà, je m'arrête
là, j'ai trouvé l'endroit et la personne.
Je me souviens que j'étais en train d'écouter
un morceau de R.E.M. lorsque j'ai eu l'idée du morceau.
Petit à petit, il a pris des tournures à la
Mark Hollis.
No
Soap
"No Soap" est une vieille expression anglaise,
désuète et oubliée, que l'on pourrait
traduire par "des clous". Ça parle d'espoir
et du fait que ce dernier naît peut-être d'un
refus continuel. En gros, plus on vous dit non, plus il
y a de l'espoir... C'est dingue ce que l'on est prêt
à faire pour justifier une rime. Car tout dans ce
texte est une question de rime, plus que de sens. A l'époque,
je découvrais les premiers "Fuzzy Warbles"
d'Andy Partridge. Je suis un grand fan de XTC, et entendre
ces chansons dans le plus simple appareil m'a donné
des idées.
Ballad
Il me semble que sur le booklet de "Trust & Soul"
de Fishbone, les paroles d'un titre ont été
remplacées par cette phrase : "If you don't
get this one, you're lame", "si vous ne pigez
pas celle-ci, vous êtes un crétin". J'aurais
tendance à dire la même chose pour "Ballad"...
Le riff m'a été soufflé par la musique
de l'excellent film d'Antonia Bird "Vorace", composée
par Damon Albarn et Michael Nyman. Il y a un riff de banjo
tenant sur deux notes autour duquel se développe
un thème joué à l'harmonium. C'est
d'une simplicité et d'une efficacité renversante.
Je pourrais aussi citer dEUS.
Failure
Vous êtes tombé, vous voilà par terre,
sur le bitume. Les immeubles, les gens, même les chiens
vous regardent de haut. La honte, l'humiliation, et le pire,
c'est qu'il va falloir se relever et continuer son chemin
comme si de rien n'était.
J'ai écrit ce morceau alors que je bossais "Hallelujah"
de Leonard Cohen que je devais chanter au mariage d'un ami.
Il voulait que je m'approche de la version de Buckley, évidemment.
Mais au lieu de cela, et à cause d'une incapacité
flagrante à jouer la partie de guitare, j'ai décidé
de la faire à ma sauce : un blues à deux temps
comme ceux que l'on joue aux enterrements à la Nouvelle-Orléans.
Et puis il y a Radiohead, bien sûr...
The
Beauty of Mankind
Ce texte vient directement de ma période Allen Ginsberg/Bob
Dylan. En même temps, et bizarrement, j'ai le souvenir
de l'avoir écrit en écoutant du Christian
Death. Lorsque mon frère a écouté ce
morceau pour la première fois, il m'a dit : "C'est
Bob Dylan qui joue avec Autechre". Allen Ginsberg,
Bob Dylan, Christian Death, Autechre... si si, je vous jure
qu'il y a un rapport.
Paper
of Armenia (Not So Quiet)
Après avoir enregistré la version "Quiet"
de ce titre, je me suis amusé à le décliner
de plusieurs façons. Il existe en tout cinq versions
différentes de "Paper of Armenia". Celle-ci
a naturellement trouvé sa place sur l'album. Après
une introduction somme toute assez calme, il était
temps de faire un peu de bruit. Au départ, cette
version s'appelait la Caterpillar Collective. Je crois que
ça en dit long sur les influences.
I Am Without Light
Il a tué sa femme. Il lui a mis une balle dans le
corps et elle est morte. Avant c'était un type normal,
sans histoire, un bon voisin. Depuis, il promène
son vieux pick-up dans les ruelles sombres de la ville à
la recherche de celui qui vengera sa femme et qui mettra
un terme à sa souffrance. La première mouture
était nettement plus lente, j'imaginais une ambiance
à la The For Carnation. A force d'arrangements, le
morceau s'est légèrement accéléré
pour acquérir un côté déglingué
à la Violent Femmes.
Louise
Je n'ai été baby-sitter qu'une seule fois.
C'était pour garder la petite Louise, deux ans, qui
a passé la soirée à pleurer en regardant
par la fenêtre et en appelant sa mère. Elle
a fini par s'endormir dans mes bras cinq minutes avant le
retour de ses parents. La voix féminine qui chante
sur le refrain est celle d'Anne-Claire, la maman de mon
fils Elliott et la personne de "Paper of Armenia".
Encore un morceau écrit sous la double influence
de dEUS et de Tom Waits. Il y a aussi un côté
Martin Stephenson and the Daintees qui est indéniable.
Oh Brother, What a World!
L'histoire retiendra que mon frère s'est tué
par un après-midi du mois de juillet 2005. Je suis
fasciné par la voix et le son de guitare d'Ani Di
Franco. Je crois qu'elle est l'inspiration musicale de ce
morceau.
Friends
Je voudrais écrire un morceau pour chacun(e) de mes
ami(e)s, pour leur dire combien je les aime et combien leur
amitié m'est précieuse. Pour le moment, je
leur dédie ce morceau.
"Big Music". Concept lancé par Mike Scott
des Waterboys sur l'album "A Pagan Place", et
dont des groupes comme Arcade Fire et Elbow sont les dignes
héritiers. C'est une musique qui vous prend par la
main et qui vous donne l'impression que vous n'allez plus
jamais poser les pieds sur terre. Je pourrais citer de nombreux
morceaux qui reprennent ce concept. Mais pour faire court,
je n'en citerai que trois qui à mon avis résument
bien ce que j'entends par "Big Music". Il y a
forcément "A Pagan Place" des Waterboys,
"Let the Happiness In" de David Sylvian, et "Time
Is Time" de Talk Talk.
The
Old House
A trente kilomètres d'Angoulême, il existe
un petit village du nom de Montmoreau. Un peu à l'extérieur
de ce village, il y a une colline. En haut de cette colline,
il y a la maison de ma tante. Un petit titre folk qui aurait
pu être joué à la mandoline, mais qui,
par manque de mandoline, a été joué
avec une guitare accélérée. Ici aussi,
ça sent les Waterboys.
Propos recueillis par Vincent Arquillière
Le site de Guillaume
Eluerd
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