Guy Darol - Frank Zappa

25/03/2009, par Luc Taramini | Livre |
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GUY DAROL - Frank Zappa

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Quand un de ses plus grands fans hexagonaux parle de Frank Zappa, cela donne quoi ? Un panégyrique, une hagiographie, un essai subjectif passé au tamis des émotions adolescentes... Un peu de tout ça. En 1996, Guy Darol avait publié une biographie " Frank Zappa, la parade de l'Homme-Wazoo". Seulement voilà, le texte était épuisé depuis belles lurette et réclamé à corps et à cris. Il ressort aujourd'hui dans une version augmentée (biographie, discographie et filmographie annexes) dans la collection Castor Music des éditions Le Castor Astral.

Guy Darol, journaliste et essayiste reconnu, ne choisit pas la posture distanciée du biographe. Son sujet, il l'a dans la peau, il le vénère et en parle avec une passion déférente. Vous voilà prévenus. Au récit factuel s'oppose une plume révérencieuse qui, si elle n'évite pas toujours l'hagiographie (l'épisode avec John Wayne...), resitue l'artiste dans toute sa démesure. Un compositeur empirique égaré au pays des rockers, un provocateur dissimulant son besoin de reconnaissance sous les pitreries. Un agitateur freak en guerre contre la médiocrité de la culture populaire (les hippies inclus), la bienséance américaine et les yuppies de l'ère Reagan. Le pendant musical d'un Lenny Bruce en quelque sorte. En plus politique puisqu'il se lança officiellement dans la course à la Maison Blanche. Que retenir d'autre ? Que Zappa croisa du beau monde au cours de sa carrière : à 16 ans, il sollicite un entretien avec le compositeur Edgar Varèse, un des ses maîtres à pensée en musique, que ses Mothers of Invention étaient un laboratoire en surchauffe et un vivier de talents (au hasard, Don Van Vliet - Captain Beffheart -, Jean-Luc Ponty, Van Dyke Parks...), qu'il fut l'ami du président tchèque Vaclav Havel qui voyait en lui un ministre potentiel, qu'enfin au soir de sa vie abrégée, il troqua sa guitare contre un synclavier et la direction d'orchestre. La boucle ne fut jamais complètement bouclée même si l'Ensemble Intercontemporain de Pierre Boulez enregistra trois de ses œuvres en 1983. Zappa était moins un bouffon qu'un démiurge et un libre-penseur. On s'émeut d'apprendre qu'il éveilla sans le savoir les consciences d'un petit groupe d'adolescents parisiens (dont Michel Duprey et Guy Darol) au milieu des années 70 quand Deleuze, Barthes et Bourdieu battaient pavillon sous les couleurs de l'université de Vincennes. Bref, Zappa c'était une autre époque, celle où les idées se plaisaient à agir comme des vents contraires. Cet ouvrage sert de piqûre de rappel !

Luc Taramini

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