Haelos - Interview

14/03/2016, par | Interviews |
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Nouveaux venus de la scène Londonienne, le trio Haelos sort “Full Circle”, son premier album dans les semaines à venir. Version moderne du Trip Hop, le disque se veut le reflet parfait de leur environnement, parfois claustrophobique, mais n’oublie pas de laisser passer la lumière. Ils reviennent pour nous sur leur rencontre, mais aussi sur une année passée à travailler seuls dans un studio minuscule et sans fenêtres, parfois jusqu’à l’obsession.

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Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Dom Goldsmith : Lotti et moi nous connaissions déjà car nous avions des amis en commun. Nous avons commencé à travailler ensemble un an et demi avant que Haelos se forme. Je connaissais Arthur plus vaguement car nous fréquentions le même type de concerts et de clubs. Je lui avais demandé également s’il voulait collaborer avec moi, mais il n’en avait pas le temps à l’époque. Quelque temps plus tard, le  hasard a voulu qu’il déménage dans l’immeuble voisin du mien. J’ai commencé à travailler sur des chansons avec lui également. Un soir, Lotti était chez moi et je lui ai fait écouter mes maquettes réalisées avec Arthur car pour moi il y avait une complémentarité entre ce que je faisais avec lui et mon autre projet avec Lotti. Nous nous sommes donc retrouvés tous les trois à travailler sur un titre qui est finalement devenu “Dust”. A trois, nous avions enfin trouvé la bonne formule, c’est comme ça qu’Haelos est né.

Vos projets précédents étaient-ils radicalement différents de la musique que vous produisez aujourd’hui ?

Arthur Delaney : Oui et Haelos est vraiment le reflet de cette diversité. Nous avons tous les trois apporté un style et une vision différente. Heureusement que nous avions déjà de l’expérience avant de nous rencontrer car Haelos ne serait pas le même groupe aujourd’hui. Nous avons eu le temps de chercher notre voix, d’affirmer nos goûts et surtout de réaliser des erreurs avec nos groupes précédents. En débutant Haelos nous n’avions qu’un objectif, c’est prendre du plaisir à créer une musique la plus honnête qui soit, sans aucun compromis. Nous avions tous les trois des avis très tranchés et des tonnes d’idées.

Vous étiez tous les trois les leaders de vos groupes précédents, trouver le bon équilibre de travail entre vous ne doit pas toujours être simple ?

Lotti Bernardout : Nous en avons parlé entre nous au moment de commencer à travailler sur les voix de “Dust”. Car nos trois voix se mélangeaient à merveille. Nous avons eu tellement de chance de ne pas avoir à lutter pour imposer un style qui nous est propre et de gérer les crises qui vont avec. Nos égos se sont donc retrouvés naturellement au placard. De plus, nous sommes conscients de l’apport de chacun. Haelos n’existerait plus si l’un d’entre nous venait à quitter le groupe.

D.G. : C’est agréable de se sentir comme un collectif sans avoir à se soucier en permanence de la réaction des autres membres du groupe. Nous n’avons pas besoin de nous justifier pendant des heures.

A.D. : Oui car nous pouvons individuellement exprimer notre créativité sans perdre les deux autres en route.

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L’une des particularités du groupe est le chant à trois voix. Comment l’idée vous est-elle venue ?

D.G. : Étant tous les trois des chanteurs, à aucun moment il n’a été envisagé de ne pas se servir de cet atout. Il est tellement facile d’établir une connexion avec les auditeurs en n’utilisant qu’une seule voix. Mais arriver à obtenir le même résultat avec trois chanteurs et un gros travail sur les harmonies et l’unisson a rendu notre travail plus intéressant. Nous avons cherché à utiliser l'acoustique du studio plutôt que d’utiliser des tonnes de reverb. Le résultat sonne naturel.

A.D. : Pour arriver à exprimer les palettes d’émotions que nous avions en tête pour notre musique, être trois chanteurs est un véritable luxe. Pouvoir jouer avec des voix masculines et féminines accentue encore plus l’intensité de certains titres. Nos voix sont rapidement devenues un élément-clé de notre groupe.

Comment avez-vous réagi suite à l’excellente réception de “Dust”, votre premier morceau dévoilé fin 2014 ? Etiez-vous convaincus que ce morceau détenait quelque chose de particulier, qu’il s’en dégageait une réelle alchimie ?

L.B. : Nous étions les seuls à être convaincus que nous détenions quelque chose de spécial. C’était notre premier morceau et jamais au cours de nos carrières respectives nous n’avions réussi à produire quelque chose d’aussi bon. Nous étions très fiers de “Dust” et de l'alchimie qu’il dégage. Mais nous n’attendions rien de la réaction de l’extérieur. On l’a posté le plus simplement du monde, un après-midi, le jour de la création de notre page Facebook. Les réactions ont été immédiates, nous avions du mal à y croire. Nous avons pris ça comme un encouragement. Nous étions enfin dans la bonne direction, il fallait à tout prix continuer nos efforts.

A.D. : Cela faisait trois ans qu’individuellement, nous n’avions rien publié du tout. C’est une longue période. Nous avions simplement perdu un peu d’intérêt. Et soudainement, pour la première fois depuis des lustres, nous détenions enfin un titre dont nous étions fiers. Il n’était pas vraiment important pour nous que tout le monde adore “Dust” car nous n’en avions pas l’ambition. Ce n’est pas notre mode de fonctionnement. Le fait que nous éprouvions un sentiment d’accomplissement et de fierté un fois ce premier morceau achevé était ce qui comptait le plus. Le reste est venu comme un bonus.

Vous avez passé l’année 2015 à travailler sur votre disque dans votre studio. Vouliez-vous prendre le temps nécessaire pour que le résultat soit absolument fidèle à ce que vous aviez en tête ?

D.G. : Oui. Pour ne pas nous disperser de trop et par conséquent passer des mois supplémentaires en studio, nous avons listé un certain nombre d’instruments que nous souhaitions utiliser et n’avons rien utilisé d’autre. Un Fender Rhodes de 1972, des synthés analogiques que j’avais accumulés depuis des années, un seul logiciel pour programmer des beats. En résumé, du matériel que tu utilises en concert pour obtenir un son chaleureux. Une fois ce choix arrêté, nous avons disparu de la circulation pendant des mois et travaillé avec acharnement sans limite d’heures dans un studio minuscule et sans fenêtres. Ce n’a pas été facile tous les jours car nous étions épuisés par moments et notre humeur en pâtissait. Plutôt que de prendre une bonne pause, nous avons voulu nous servir de ces moments de tension pour continuer à créer et donner un aspect humain au disque. Nous voulions que nos états d’esprits soient perceptibles.  

L.B. : Sans prétention, je pense que nous y sommes parvenus, car la palette d’émotions exprimée sur le disque est très large. C’est aussi parce que nous apprenions à nous connaître. Nous ne sommes pas des amis d’enfance à la base. Mais au sortir de cette expérience, nous savons parfaitement comment chacun d’entre nous fonctionne.

Comment fonctionnez-vous en studio, y a t-il quelqu’un qui travaille plus sur la recherche de son, un autre sur la programmation, etc ?

D.G. : Nous avions tous déjà plus ou moins touché à tout lorsque nous nous sommes rencontrés. J’avais travaillé en tant que producteur pendant dix ans, nous composions des chansons depuis presque vingt ans. Mais chacun avec une approche différente. Nous n’avons fait que mettre ce savoir accumulé en commun. Nous avons composé, produit et mixé l’album tous les trois.

A.D. : Nous sommes complémentaires. Lotti est vraiment douée pour ne jamais abandonner ce qu’elle pense être une bonne idée. Que ce soit la sienne ou celle d’un autre. Elle a souvent cette vision d’ensemble qui nous manque à Dom et à moi.

D.G. : Effectivement, quand Andrew écrit des paroles, elles sont très intenses, à la limite de l’autisme et Lotti arrive à en tirer le meilleur (rire général).

A.D. : Nous avons effectué beaucoup de coupes sur le travail de chacun d’entre nous. Nous voulions réduire nos chansons à l’essentiel, sans qu’il y ait la moindre fioriture. Nous étions à la fois dévoués et obsessifs en studio. Dévoués dans le sens où nous écoutions les critiques des autres et passions outre les frictions passagères dans le seul but de donner le meilleur de nous-mêmes et rendre service à nos chansons. Pour atteindre le meilleur de toi il faut sortir de ta zone de confort. Les doutes et les craintes te font parfois dépasser tes limites. Je garde un excellent souvenir de cet enregistrement car tous ces hauts et ces bas en valaient la peine. Nous sommes de meilleurs musiciens et de meilleurs chanteurs aujourd’hui.

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Votre musique sonne très urbaine. A quel point vous inspirez-vous de votre environnement londonien dans vos chansons ?

L.B. : Nous sommes tous les trois nés à Londres, cette ville nous a donc toujours inspirés d’une manière ou d’une autre. Nous avons passé un an dans le quartier de Dalston, dans un environnement industriel sans presque aucune végétation. Nous sortons dans des clubs qui passent les dernières productions locales. Le son de “Full Circle” ne pouvait que le refléter.

Les titres des chansons sont souvent très courts (“Dust”, “Alone”) et semblent pourtant représenter parfaitement l’univers du groupe. Est-ce le fruit du hasard, ou bien une volonté d’aller à l’essentiel ?

A.D. : Nous voulons que les gens soient touchés par nos disques. Nous avons veillé à ce que nos paroles ne soient pas prises au premier degré, pour laisser place à l’interprétation. Les titres des chansons doivent également aller en ce sens, ils doivent apporter des indices.

L.B. : C’est pourquoi certains titres ne figurent même pas dans les paroles de nos chansons.

A.D. : “Cloud Nine” par exemple n’a aucune signification, c’est juste une blague. Lotti et moi même sortions tous les deux d’une rupture amoureuse difficile. J’étais anéanti et passais mon temps allongé sur le sol du studio à me demander comment j’allais réussir à me sortir de cet état d’esprit. Nous travaillions sur ce qui allait devenir “Cloud Nine” à l’époque et nous avons opté pour le titre le plus à l’opposé de notre état d’esprit du moment (rires).

Vous allez beaucoup tourner en 2016. Comment allez-vous aborder ces concerts ? Faut-il s’attendre à des titres retravaillés, une approche différente ?

D.G. : Même si nous sommes un groupe électronique, nous voulons toujours laisser place à l’improvisation et ne voulons pas devenir esclaves de nos machines. Nous utilisons donc le moins de programmations possible. Ce cliché du groupe avec l’ordinateur Apple qui contrôle tout sur scène représente ce que nous cherchons à fuir. Ce qui n’empêchera pas des problèmes techniques d’arriver (rire). Nous sommes six sur scène. Un batteur, un percussionniste et un guitariste qui joue également du synthé. Nous voulons que notre son live ne soit pas une réplique de celui de l’album. Ne manquent plus qu’un orchestre à cordes et une chorale. Mais je crois qu’il va falloir attendre encore un peu (rires).

 

 

Crédit photos : Nina Airtz

Merci à Sébastien Bollet

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