Heart Of Glass, Heart Of Gold - Interview

03/07/2013, par Maéva Pensivy | Interviews |
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Connan Mockasin, Fuck Buttons, Efterklang, Motorama, Aline ou encore Zombie Zombie au fin fond de l'Ardèche les pieds en profitant de la fin de l'été, voilà le week-end idéal qu'ont imaginé les organisateurs du festival Heart of Glass, Heart of Gold.

Hog Hog

Qui êtes-vous et comment êtes-vous arrivés sur ce festival ?

Melvil : Je m’appelle Melvil et j’ai lancé l’idée de ce festival et mes camarades ici présents l’ont saisie, c‘était en septembre dernier, lors d’une discussion avec Jean-Marie qui se présentera tout à l’heure.

Virgile : Moi c’est Virgile, j’ai été approché par Melvil quand il a eu cette idée et qu’il cherchait des personnes pour intégrer le projet, d’autres passionnés un peu foufous.

M : T’es foufou toi ?

: Haha ! Ouais, on l’est un peu à différents degrés. Je m’occupe en partie de la programmation avec Jean-Marie, et puis de plein d’autres choses.

Jean-Marie : Voilà donc moi c’est Jean-Marie, et en fait ce qu’on n’a pas dit c’est  qu’on est tous de Lyon. Virgile a une association qui s’appelle Perspectives Irrationnelles, il organise des concerts sur Lyon, et moi j’ai une autre association qui s’appelle Génération Spontanée, on organise aussi pas mal de concerts sur Lyon. C’est comme ça qu’on en a discuté avec Melvil, c’était sur un concert que j’organisais je crois au Marché Vert à Lyon, et puis entre deux concerts, on avait envie de faire un festival sur Lyon, Melvil avait envie de faire un festival pas forcément sur Lyon et puis il m’a convaincu que c’était pas mal de pas le faire sur Lyon. Donc on s’est dit on y va.

M : C’est bon t’as dit Lyon plusieurs fois !


Pourquoi pas à Lyon ? Et pourquoi en Ardèche ?

M : L’Ardèche c’est parce que quand on en a discuté la première fois au mois de septembre, on avait des relents de vacances d’été dans la perspective de rentrer dans l’automne, et on avait passé chacun un week-end en Ardèche ou dans la Drôme. Et on s’est dit que c’était peut-être une bonne idée de prolonger l’été dans cette région… et puis dans un cadre, dans un centre de vacances, c’est vite arrivé sur la table. Une fois qu’on était parti là-dessus, il fallait trouver un lieu et on a appelé les offices du tourisme, pris les Pages Jaunes, et on a cherché des sites qui pouvaient avoir une capacité suffisante par rapport au projet tel qu’on l’envisageait, pour pouvoir loger les gens, les artistes, les techniciens, les bénévoles, tout ça sur un même site, pouvoir faire les concerts en plein air. Et voilà. On est tombé sur des gens qui étaient pas du tout contre notre idée, on a découvert au moment du premier contact que le patron du camping était par ailleurs organisateur d’un festival qui s’appelle Aluna, forcément en Ardèche, et qui draine beaucoup de monde avec une programmation très large, assez populaire, l’année dernière il y avait Manu Chao, cette année Mika, The Hives, M… enfin voilà. Ça s’adresse à un public assez large, c’est 20 000 personnes par soir, c’est beaucoup. Du coup, en face de nous on a eu des gens plutôt enclins à nous faire confiance et à nous confier leur site. Même pas peur !

Finalement, un an c’est assez court pour monter un festival, non ?

J-M : Moins d’un an parce qu’en fait c’est vraiment en novembre qu’on a enclenché le truc.

M : Le temps de faire les dernières visites sur place pour confirmer, on parle de moins de dix mois pour monter le truc, et on est loin d’avoir fini.

Melvil

Et en termes de moyens financiers, comment ça se passe un montage de festival ?

J-M : On compte pas sur l’argent public. C’est pas qu’on soit contre, mais on n’a pas envie d’avoir à se reposer dessus on sait qu’y a de moins en moins d’argent public et on n’a pas envie qu’un jour on nous coupe la pompe et qu’on puisse plus rien faire.

M : Je rajoute qu’on est déjà confronté dans l’organisation avec tous ces organismes publics, ne serait-ce que pour faire en sorte que le festival existe, donc on pouvait pas démultiplier les moyens, on avait pas la connaissance, on pouvait pas se lancer sur tous les plans. C’est une combinaison de choses, peut-être que si on avait eu du temps et des moyens, on aurait postulé à un certain nombre de subventions, on l’a pas fait, et quelque part on est aussi pas soumis à cette problématique. Sur la partie privée, mécénat, sponsoring,… ben c’est une première édition donc c’est compliqué de trouver des partenaires. On travaille avec une agence de partenariat qui s’appelle l’Agence Moderne, on va voir où ça va nous mener, ce sont des bons partenaires, ils travaillent sur beaucoup d’événements. Bon voilà, la situation économique étant ce qu’elle est, notre festival étant à une édition 0 pour l’instant, aujourd’hui tout est basé sur nos économies. On a posé nos économies sur la table dans l’espoir réaliste qu’on va pouvoir les récupérer à l’issue de cette édition et pouvoir se reprojeter différemment la semaine prochaine.

J-M : On a pu amorcer la pompe aussi en faisant un KissKissBankBank, qui a été un gros succès puisqu’on avait un objectif de 8 000 € sur un mois et on en a collecté 12 000 en six jours. Donc ça nous a permis d’avoir une première partie d’argent. On a été hyper content du succès du truc, on avait annoncé 5 noms.


D’où l’idée de proposer quelque chose d’original, non ? Compenser la prise de risques par un concept original ? Est-ce que cette initiative originale ça rejoint des choses comme les débuts de Benicassim, ou du festival All Tomorrow's Parties…

J-M : Je crois qu’en France un festival comme ça y en a pas. Logé en bungalow, dans un site de vacances fermé avec des piscines… c’est un truc qui peut paraître un peu cheesy mais… Je pense qu’on va avoir un public, dont je sais pas s’il est très intéressé par ça pour passer ses vacances, mais bon on y a passé quelques jours, c’est quand même plutôt agréable quand on a des gamins ou un truc comme ça. Voilà, c’est un truc un peu novateur en France et je pense que c’est une envie du public qui a envie de côtoyer les artistes de près, on prévoit pas de lieu de catering pour les artistes, les artistes mangeront avec tout le monde et puis après, s’ils veulent être un peu à l’écart, ils auront possibilité de l’être, hein. L’idée c’est vraiment de créer une sorte de communauté, sans que ce soit fermé…

J-M : Voilà. Et le fait de louer des bungalows où les gens peuvent venir à quatre, six ou huit personnes déjà on sait qu’il va y avoir des bandes de gens qui vont venir, on

M : Créer une émulsion quoi… On imagine qu’il va y avoir une bonne ambiance.

Hog Hog

Et en plus dans un contexte assez petit pour un festival, puisque la scène est faite pour 2 000 personnes, c’est ça ?

M : 1 500. Et en plus, la scène est assez surélevée, y a une espèce d’amphithéâtre en dessous. T’as le devant de la scène et derrière ça monte en escalier, ce qui fait qu’il y a une visibilité assez incroyable, tout le monde pourra voir les groupes. Ce qui est quand même pas gagné, même dans une jauge de 1 500 personnes, si tu te retrouves au fond et que tu fais pas 1m80, 1m90, ben tu vois pas les groupes. Et là pour le coup tu vois les groupes. Ça fait une grosse différence. Enfin on va juger sur pièce.


Et pour la partie programmation, comment ça s’est passé ? Vous avez attaqué quand ?

J-M : On a attaqué en janvier, c’est ça ?

V : Ouais en janvier, assez tôt compte tenu du calendrier booking.

J-M : Et la difficulté c’est qu’on vise des artistes qu’il est difficile de programmer six ou huit mois à l’avance, ce type d’artistes là… Bon voilà on organise avec Virgile des concerts dans une ville que je ne nommerai pas.

M : Tiens, combien de concerts vous organisez par an chacun ?

J-M : Entre 30 et 33.

: Je dirais un peu plus d’une quinzaine.

J-M : Mais c’est compliqué, la difficulté c’est que c’est au mois de septembre et les tournées c’est pas en septembre. C’est juin, juillet, août et après en octobre. Donc ça c’est une première difficulté et ensuite les agents sont très concentrés sur la période d’été, c’est difficile d’avoir des retours sur le mois de septembre, et après on a des impératifs économiques c’est-à-dire qu’il faut que notre programmation soit bouclée le plus tôt possible pour pouvoir vraiment vendre le plus tôt possible. Donc voilà on a commencé en janvier et on est quasi bouclé là maintenant.

Jean-Marie

Les premiers noms qui sont arrivés, les premiers qui vous sont venus en tête c’était quoi ?

J-M : Alors on s’en tire pas mal. En fait moi je programme sur un autre festival, le festival Pantiero à Cannes, et d’expérience à Pantiero quand je fais ma programmation, entre ce que j’ai en tête au début et ce que j’ai, j’en ai pas un en commun. Là on s’en tire pas mal.

V : Sur 25 artistes, y en a 6-7 qui sont différents.

J-M : Grosso merdo, on a eu ce qu’on voulait.

Y a eu des grosses déceptions ?

J-M : Ben on voulait No Age et Parquet Courts, et on les aura pas. C’est une grosse déception parce que pour la ptite histoire, Parquet Courts c’est un groupe que j’ai vu à New York en octobre, et j’ai trouvé l’agent européen du groupe parce qu’on voulait les faire. Donc ils avaient pas d’agents à ce moment là, j’ai réussi à trouver l’agent européen en disant : « Attention, je te file le plan mais nous on les veut en septembre ». Il a tout fait pour les avoir et en fait ils tournent tout l’été, et ils prennent des vacances en septembre. Ça c’est le management qui décide… Mais par contre parfois ça peut réussir, comme pour Rah Rah, qu’on a vu aussi à New York, et à qui on a aussi trouvé un agent en France et on les a au festival.

V : Et puis il y a plein d’artistes auxquels on pensait même pas. Connan Mockasin par exemple.

J-M : On savait pas qu’y avait une actu, après Talent Boutique m’a appelé et m’a dit : « Tiens il sort un album à la fin de l’été », et on s’est dit : « C’est bon on y va ». Je l’ai déjà programmé, je sais qu’il est mortel sur scène.

: Voilà c’était une bonne surprise pour nous, y a pas eu que des mauvaises surprises

Comme Fuck Buttons, c’est une très bonne surprise…

J-M : Ben ouais, surtout que la tournée est pas encore vraiment annoncée, on est super content.

: Et puis l’album est très attendu…

On retrouve aussi des gens qu’on a pas mal vus tourner cette année comme Aline ou Zombie Zombie et puis des gens qu’on n’a pas vus depuis deux ou trois ans, comme Au Revoir Simone, ou Summer Camp.

J-M : On essaie de faire en sorte de programmer des groupes qu’on voit pas trop, en même temps la difficulté c’est que les gens les connaissent pas trop non plus. Et après à côté de ça, ça nous dérange pas de faire des groupes qui tournent beaucoup parce qu’on sait que c’est bien, voilà Aline c’est typique, on sait que c’est bien, ils assurent, ils tournent beaucoup tant mieux pour eux, c’est pas pour ça qu’on va s’en priver.

Comment s’est fait le dosage entre les différents genres dans la programmation ?

J-M : Ouais on est encore en train de travailler sur les horaires, on sait ce qui va passer sur la grande scène, mais sur ce qui va se passer l’après-midi  par exemple… Après le club, c’est du club donc le dosage il est simple.

V : On a essayé de travailler sur une sorte de crescendo sur la grande scène, pour qu’il y ait une évolution musicale que ce soit en termes de genre mais aussi d’énergie.

M : Par rapport à ça, c’est d’autant plus important que contrairement à beaucoup de festivals, pour le coup tu peux voir tous les groupes. Y aura peut-être un chevauchement.

J-M : C’est pas à la carte c’est au menu (rires).

M : D’ailleurs pour les vrais menus, on fait des approvisionnements en filière courte avec de la caillette ardéchoise, haha.

J-M : Non mais c’est vrai que j’ai pas mal d’expérience et par exemple Pantiero c’est un festival où y a qu’une scène et au départ on peut prendre ça comme un handicap mais en fait je trouve ça super. Et en tant que programmateur c’est vraiment bien parce qu’on sait que les gens vont voir tous les groupes qu’on a programmés.

Virgile

Justement dernièrement on voit pas mal émerger de festival de petite ou moyenne taille avec une ou deux scènes, et qui sont plutôt agréables.

J-M : Bon après les gros festivals accueillent aussi des groupes émergents avant les grosses tête d’affiches, Rock en Seine ou les Eurockéennes font ça très bien par exemple. Après, est-ce que les conditions sont idéales pour ces groupes là ? Parce que voilà, des groupes lâchés dans des arènes avec 10 000 personnes je suis pas sûr que soit la bonne formule, et pour les groupes, et pour les public. Donc effectivement il y a des festivals plus petits qui émergent avec une programmation qui correspond à cette jauge de public. C’est ce qu’on veut faire aussi, on veut que les groupes jouent dans les conditions qui leur correspondent.

J’ai l’impression qu’il y en avait pas tant que ça dans le Sud et là il y en a trois nouveaux, entre vous, les festivals Yeah à Lourmarin et This is not a love song à Nimes…

J-M : This is not a love song c’est pas la même catégorie hein.

Oui c’est plus gros….C’est une région où il y a finalement peu de festivals de ce genre (en dehors de Pantiero et du MIDI).

J-M : Il commence à en y avoir pas mal parce que les promoteurs se sont rendus compte qu’y avait beaucoup de gens là-bas l’été. Mais c’est vrai que je trouve que cette année notamment y a énormément de festivals qui se créent, des petits festivals. Tant mieux. Après pour parler du Sud, parce que je connais bien le coin, les festivals c’est sympa mais pendant l’année y a rien. Moi j’ai grandi à Cannes, c’était un peu dur quoi. A Nice, c’est quand même la 5ème ville de France, y a pas un seul concert qu’on fait jouer à Lyon pendant l’année qui va jouer à Nice derrière.

Parce que ça manque de structures associatives locales ou… ?

J-M : Je sais pas, je sais pas si le public est vraiment intéressé par ça, je sais pas si le public qui va au MIDI festival ou chez nous vient de Nice ou de Cannes ou de Toulon… il y en a mais… C’est quand même un peu dur d’habiter ces coins là et d’aimer le rock indépendant. Même Marseille y a rien ! Bon y a les Girls in the Garage qui font un truc super, mais bon c’est sporadique, c’est tous les 2 ans…

V : L’air de rien à Lyon, on ramène quand même pas mal de public qui vient de Nîmes ou de Montpellier, donc il y a une demande.

J-M : Il y a une demande mais je sais pas si elle est très forte, y a sûrement des gens qui ont essayé de faire des choses et qui se sont cassés les dents, moi je vois avec Pantiero c’est pas évident des fois je me dis : « Les mecs ils ont juste envie d’aller à la plage, c’est pas possible ». C’est hyper dur.

M : Peut-être que la différence c’est que les gens qui vont venir seront pas des Ardéchois. Il y en aura mais pas que. Du coup, il y a certes des festivals qui se créent dans le Sud mais qui sont destinés aux gens du Nord. On joue sur l’attractivité, sur le cadre, bon, voilà. Mais c’est vrai que le reste de l’année c’est dur.

Pour finir sur une anecdote, est-ce que vous avez un meilleur souvenir de festival ?

V : Sonic Youth à la Route du Rock, qui rejouait Daydream Nation.

M : L'ATP Belle et Sebastien, tous les groupes qui jouaient c’était tout bien.

J-M : Moi non, je vais pas en festival.

Hog Hog

 

Programmation et renseignements pratiques : www.heartofglass-heartofgold.com

Photo : DR

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