Hip Hop en Bref - G&E, Sunspot Jonz, Bicasso, InDepth, Voice Watson

25/02/2004, par Sylvain Bertot | Albums en bref |
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C'est malin. Après de longues années où le nom des Living Legends n'a circulé en France que sur quelques fanzines et webzines, c'est un disque médiocre qui les a révélés au grand jour, le très décevant "The End of the Beginning"de Murs. Tout cela est d'autant plus dommage qu'entre temps Eligh, une autre des Legends, sortait dans une plus grande confidentialité un brillant "Poltergeist". Tous sortis l'an dernier, les disques suivants proviennent aussi du groupe et de ses affiliés. Tous sont de seconde catégorie (la production des Legends est bien trop pléthorique pour occuper à coup sûr le haut du panier), mais la plupart démontrent qu'il y a toujours du bon à grapiller chez ces rappeurs. 



SUNSPOT JONZ - Don't Let em Stop youSUNSPOT JONZ - Don't Let em Stop You
(Battle Axe / Chronowax)

Ce n’est pas sur Don’t Let em Stop You, deuxième album des Legends distribué en France, que le talent des Legends sera le plus évident. Autant Sunspot Jonz a pu nous intéresser sur les vieux albums des Mystik Journeymen, autant sa carrière solo n’a rien d’exaltant. Mais bon, comme pour tout disque en demi-teinte d’un artiste important, nous persévérons, nous désirons y croire. Et finalement, nous repérons ci et là quelques instants plus accrocheurs, plus attirants, par exemple un "Escape The Past" ou un "Life's Poetry" qui font écho aux plus enlevés des morceaux des Journeymen. Ou, plus tard, un bon posse cut engagé ("Unstoppable"), "Devilsfood" et le très bon "Dazeold". A part ça, rien d'extatique, mais rien de honteux non plus. Juste un nouvel exemple de rap carré mais sans surprise produit par les Legends.

G&E - No More Greener GrassesG&E - No More Greener Grasses
(Legendary Music)

Plus captivante était la perspective d'un nouvel album de G&E, alias The Grouch et Eligh, auteurs respectifs avec "Sound Advice" et "Poltergeist" des deux meilleurs albums sortis par les Living Legends en 2003. Mais voilà, on ne fait pas mouche à tous les coups. Avec son rap mou du genou pas toujours folichon et ses samples épars de chants féminins, No More Greener Grasses est un ton au-dessous des deux disques cités. Cette fois, pas de bourrasque free jazz, aucune suite de hits phénoménaux. Il faudra prendre sa pelle, sa pioche et écarter les titres encombrants pour trouver quelques gemmes. Parmi celles-ci, quelques passages plutôt sympas comme "Road to Road", "Emotion", "No More Greener Grasses" (en compagnie de Pigeon John, un gars dont il faudra reparler ici), le beau refrain chanté par Tiombe sur "Atlantis", un remarquable "Can't Catch Me" et le splendide bijou final "Lake Release". Le reste est plus dispensable, les beats surtout sont moins mémorables. Mais les deux rappeurs, par exemple quand ils écrivent une lettre ouverte au président bien plus intelligente que 99,99 % des morceaux anti-Bush ("Mr. President"), prouvent chaque fois qu'ils occupent l'élite de leur profession.

BICASSO - For RentBICASSO - For Rent
(Access Hip Hop)

Il faudra fouiller bien plus longtemps ce nouveau Bicasso pour y trouver de quoi se mettre sous la dent. Voici un nouvel exemple de rap produit par un Living Legend qui ne parlera qu'aux rappeurs. Beaucoup l'auront compris dès la pochette flashy où le MC exhibe ses belles quenottes (au dos du disque, nous le voyons inspecter le fameux appartement à louer). Mais trève de commentaire, passons plutôt au titre qu'il faut retenir sur cet album. Outre le passage sympa qu'est "4 Rent", cette plage légèrement au-dessus des autres est la bien nommée "Self Song", un titre introspectif comme il se doit où Bicasso estime qu'il est peut-être temps pour lui de se ranger. Voilà, et c'est tout pour cette fois. Album suivant.

VOICE WATSON - Voice YoursVOICE WATSON - Voice Yours
(Access Hip Hop)

Voice Watson n'est pas membre des Legends. Mais deux d'entre eux (Luckyiam.PSC et Scarub) lui prêtent renfort sur cet album, ainsi que d'autres californiens en vue parmi lesquels l'impeccable 2Mex. Il y a pire parrainage. Pourtant, l'auteur rate son affaire. Rien n'y fait. Ni ces invités, ni la pochette certifiée Photoshop pour les nuls, ni les interludes scratchés de DJ Drez, ni les démonstrations de flow rapide à la californienne ("Keep it Rockin"), ni les rap double time ("Do What We Do"), ni les refrains r'n b et les instrus bouncy ("Listen 2 Voice") ne parviennent à sauver cet album. Les beats traînent, ils roulent, ils tournent, mais ne décollent jamais. Et Voice Watson lui-même s'avère le emcee le plus transparent de son propre disque. Ce qui, tout de même, a quelque chose de gênant.

INDEPTH - The Expansion PackINDEPTH - The Expansion Pack
(Access Hip Hop)

L'une des gloires des Living Legends, c'est d'avoir étendu leur assise à l'international, au point d'être plus connu au Japon (oui, je sais, qui ne l'est pas) ou en Scandinavie que dans leur Californie d'origine. Leur collaboration avec InDepth est une preuve supplémentaire de cette aura, car voici maintenant un groupe en provenance des Pays-Bas. InDepth est un duo (le DJ Syah et le MC (N)obody) et The Expansion Pack leur second album, si l'on excepte des cassettes et autres CD-R ici ou là (où les Legends apparaissaient déjà). En elle-même, la présence d'Arata, Eligh et Bicasso sur ce disque européen est fort intrigante. Mais la n'est pas le point le plus notable. Le plus notable ici, c'est la musique, ce sont les beats, ce sont des sons spéciaux, très personnels. Dès l'intro, (N)obody marque le coup avec un instrumental aux cuivres fatigués. Ce morceau se prolonge, il s'étire, se dote d'un vocoder, de scratches, semble s'achever quand, au moment le moins prévisible, surgissent des rappeurs, dont le japonais Arata. Le reste est à l'avenant. Les saxos de "Bedroom Wall", le beatboxing de "Bulk Cargo", le simili Mike Ladd de "Quiet Night", la musique sous-marine de "Thoughts About The Many Things", le troublant turntablism de "Super Like You", tout ou presque vaut le détour sur The Expansion Pack. Certes, le disque peine à séduire sur la longueur, nous ne sommes jamais certains d'accrocher, d'adhérer pleinement. Mais une chose est sûre : sans donner pour autant dans l'expérimentation à tous crins, InDepth a une sacrée personnalité.

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