Hip Hop en Bref - Danger Mouse, Nobody, Styles of Beyond, Old Joseph, Factor

21/04/2004, par | Albums en bref |
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HIP HOP EN BREF 12 - par Sylvain

DANGER MOUSE - The Grey AlbumDANGER MOUSE - The Grey Album
(DJ Danger Mouse)

Le bon coup rap de ces derniers mois, c'est Danger Mouse qui l'a signé. Le producteur, auteur l'an dernier d'un album avec le rappeur Jemini (Ghetto Pop Life, la moins captivante des sorties Lex Records), a trouvé la bonne idée, celle qui lui a permis de se faire une pub monstre, d'être passé en revue dans la presse à grands tirages (de Rolling Stones au New York Times), de se faire taper dessus par EMI et de voir l'un de ses disques s'échanger à plus de 100 000 exemplaires sur Internet. L'astuce était la suivante : mélanger les lyrics du Black Album de Jay-Z aux sons du White Album des Beatles pour aboutir à un troisième disque, le Grey Album naturellement. Le tintamarre qui a suivi tout cela est, à vrai dire, assez justifié. Cet exercice de bastard pop s'avère au final tout à fait séduisant. Danger Mouse a fignolé son ouvrage, les voix sont bien calées, les samples arrivent au bon moment et le résultat est parfois, dans ses meilleurs moments, d'une évidence sidérante. Ceci dit, doit-on l'essentiel de ces quelques réussites à l'instigateur du projet ? Evidemment non. Danger Mouse démontre son opportunisme et son professionnalisme, mais son apport ne va pas des années-lumières au-delà. Le disque prouve surtout que Jay-Z, quoi qu'on en pense, est un redoutable rappeur, et que les sons des Beatles sont bons. Ce qui n'est pas, loin s'en faut, une bien grande découverte.

NOBODY - Pacific DriftNOBODY - Pacific Drift
(Ubiquity Records)

Plus subtil est le mélange entre pop et hip hop opéré par Nobody sur Pacific Drift. En digne successeur de l'indispensable Soulmates, ce dernier disque est fait d'une suite de plages sans parole (majoritaires) et d'autres (moins nombreuses) où s'exprime tel ou tel invité. Mais cette fois, ce ne sont plus 2Mex, Abstract Rude et la Freestyle Fellowship qui sont de corvée. Le beatmaker est allé chercher de nouveaux collaborateurs au-delà du hip hop West Coast Underground, son milieu naturel. Il a convié Jimmy Tamborello (Dntel et The Postal Service), Ikey Owens (Mars Volta), Dave Scher et Chris Gunst (Beachwood Sparks) et Languis et Paul Larson (Athalia et Dntel). Ce recrutement pop/rock indé ne s'est évidemment pas fait sans raison. Avec Pacific Drift, l'auteur a voulu nous livrer sa lecture de la pop psychédélique des 60's, reprises des Zombies, des Monkees, de Pearls Before Swine et du West Coast Pop Art Experimental Band à l'appui. Tout cela aurait pu aboutir à un crossover abscons, à un téléscopage brutal. Mais comme c'est du Nobody, c'est très bien fait, avec naturel, autant sur les purs instrumentaux ("After the Summer Hits", "What Fall Brings") que sur les reprises chantées (celle très chouette de "This will be our Year").

STYLES OF BEYOND - MegadefSTYLES OF BEYOND - Megadef
(Spytech Records)

Pour leur dernier album, sorti il y a plus d'un an, les Styles of Beyond ont imaginé un titre et une pochette heavy metal du meilleur goût. Rien de sensationnel, d'autres rappeurs nous ont déjà fait le coup, par exemple Themselves en 2000, ou Existereo l'an dernier. Mais cette fois, l'emballage n'est pas qu'une parodie : le contenu est vraiment fait de grosses guitares, par moments tout du moins ("Megadef", "Live Enough", "Superstars" ou un "Be your Dog" qui sample très idiotement "I Wanna be your Dog"). D'autres fois, c'est du reggae sans inspiration ("Mr. Brown"), de la dance music retro ("Eurobiks") ou un beat grand public ("Pay Me") que Takbir, Ryu et le DJ Cheapshot nous proposent. Ca varie donc, mais ça n'est jamais brillant. Nous sommes loin des petits moments de plaisir de l'album précédent, "2000 Fold". Ici, le son est épouvantablement grossier. Les flows, datés d'il y a 5 ans, ont horriblement mal vieilli, sauf peut-être quand les rappeurs se lancent dans un essai de double time ("Pay Me"). Vers la fin, quelques titres sauvent la mise ("Bleach" par exemple), mais dans l'ensemble les Styles of Beyond n'avaient vraiment pas besoin de se reformer pour ça.

JOE DUB - The WalkJOE DUB - The Walk
(Asita Recordings)

Old Joseph, c'est Joe Dub, ou Young Joseph, Joseph Bell de son vrai nom, l'un des innombrables personnages secondaires de la nébuleuse West Coast Underground. Sorti en vinyle uniquement, The Walk est son dernier album. Il fait suite au double LP Summer Fling, à une ribambelle de cassettes et à de multiples featurings chez Deeskee, Liferexall et Subtitle, pour n'en citer que certains. Ce dernier album contient onze plages sur lesquelles le MC et producteur, épaulé sur certains morceaux par Deeskee et Alex 75, nous livre un rap sans prétention, pas folichon, pas essentiel, juste sympa. The Walk n'est jamais percutant, mais certains titres se retiennent : "What's Really" avec sa fanfare et son petit cuivre free, le très dance "Sink or Swim", un "My Folks and You" très "les copains d'abord", la guitare cool et jouée (pas samplée) de "Negro y Azul", les grosses trompettes de "Speakeasy", "Fraudulent" et sa musique de dessin animé des 80's. Mais comme il faut bien se distinguer des autres rappeurs, Old Joseph travaille un signe particulier pas vraiment nécessaire. Cette petite touche, c'est sa voix, qui très régulièrement s'étrangle, se châtre, au milieu d'une rime. Ce pourrait être bien, mais c'est plus souvent irritant (écouter "Back Burner" et se choper une migraine) qu'autre chose.

FACTOR - ThreeFACTOR - Three
(Side Road Records)

Le facteur sonne toujours deux fois. Celui-là de Factor en est même à la troisième. Après un premier album très pâle (Time Invested) malgré la présence remarquée des Living Legends, et un deuxième passé à côté de nos oreilles (Con-Soul Confessions), ce producteur canadien nous revient avec un troisième essai sobrement intitulé Three (un album "mastered by Mcenroe", comme d'hab...). Factor n'est pas, il n'a jamais été, il ne sera jamais un beatmaker de premier plan. D'autres au Canada et même dans sa bonne ville de Saskatoon (Saskatchewan) ont déjà pris la place. Three a d'ailleurs tout le profil du disque rap sans personnalité, avec idoles samplées en première plage, MCs rasoir de seconde zone, scratches là où tout le monde s'y attend, etc. Pourtant, il dépasse Time Invested. Cette fois, les pires morceaux sont presque supportables, d'autres sont agréables, et les meilleurs sont carrément séduisants : "St. 666" et son violoncelle, "Sweatshop Union", "Relashe" et bien sûr un "Try" où Awol One, l'invité le plus prestigieux (le seul connu aussi, hormis Muneshine de Lightheaded et le voisin Epic), transfigure de sa voix enrouée les sons qui lui sont proposés, comme toujours. De fait, ce troisième album pèche surtout sur la fin, où s'agrègent les passages les plus moches, "So Fly" par exemple, et son rappeur qui se la joue virtuose avec double time et tout le tointoin sur une instru mollasse qui ne suit pas. Mais sur la première moitié, c'est une bonne pioche. Pour Factor, la troisième fois était la bonne.

 

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