Hip Hop en Bref - Robust, PBS, Automato, Jehst

01/09/2004, par Sylvain Bertot | Albums en bref |
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HIP HOP EN BREF 15 - par Sylvain

ROBUST - Potholes in our MoleculesROBUST - Potholes in our Molecules
(Galapagos 4)

Au fil du temps, Galapagos4 est devenu le label phare et archétypal du hip hop du Mid West. Et à force, il n'étonne plus. Le Potholes in our Molecules du rappeur Robust est le dernier élément d'une longue suite de sorties décevantes, la énième déclinaison d'un rap post-Atmosphere académique et délavé, d'un emceeing entre battle et introspection mille fois ressassé dans ce coin d'Amérique. Produit essentiellement par Meaty Ogre et Prolyphic, il est le long album sans grande saveur ni personnalité annoncé par le maxi Flibbertigibbit, un disque où même les moments les plus audacieux ont quelque chose de suranné et d'attendu. Ah, si ! Il y a tout de même un coup de génie sur cet album. Une tuerie absolue que vous seriez bien avisés d'aller écouter. Elle se situe en plage 8, s'intitule "Shoot The Bullfighter" et même pour ceux qui se fichent des paroles conscious de Robust, il y a de quoi retenir longtemps ce petit son d'harmonica et cette instru d'anthologie.

PBS - War of ArtPBS - War of Art
(Sunset Leagues)

Le jugement est à peu près le même pour le dernier PBS. Les gens à l'origine de ce disque n'ont certes jamais donné dans un hip hop ébouriffé et novateur. Néanmoins, ils nous ont déjà proposé mieux. A quelques mois de l'affaire de l'année - le départ ou non de l'hôte actuel de la Maison Blanche - le duo formé de Lazerus Jackson et de Mercury a décidé d'apporter sa contribution au grand combat. L'Amérique va mal, l'inégalité et l'injustice sévissent, le pays est entre les mains des riches et W, c'est entendu, a sa part là-dedans. Rien n'est à reprocher à ces paroles dénonciatrices mais suffisamment étayées pour ne pas sombrer dans le ridicule. Rien à redire non plus aux boucles, tout aussi claires et nuancées. L'écoute est agréable, l'album s'installe confortablement dans nos oreilles, "Absentee Vote" (en compagnie de Z-Man et de Dublin), "Tammany Hall", "The Wuickening" et l'instrumental latino "Breather II" sont de bons morceaux. L'ensemble est sans faille. Or, justement, pour un manifeste politique voici un disque qui ne fait pas beaucoup de vagues.

AUTOMATO - AutomatoAUTOMATO - Automato
(Capitol)

Personne ne sait d'où ils sont sortis, ni comment. Mais ils sont là. Automato a débarqué en début d'année et s'est frayé assez facilement un chemin bordé de roses et de compliments dans la presse musicale, façon "yeah, New York does it again !", avec pour argument principal la présence de DFA (The Rapture) à la production. Tu parles Charles... Leur album fait certes illusion avec son début accrocheur bien comme il faut, avec sa fin haletante en forme d'apothéose, avec son "The Single" entraînant, et, bien sûr, avec quelques moments plutôt chouettes ("Gold of Desert Kings", "How to Read a Person Like a Book"). Tout cela est pas mal pour un disque de rap. Tout cela vaut déjà le détour et l'écoute. Mais ne va pas beaucoup au-delà. Dans l'ensemble, Automato et sa mixture sentent à plein nez l'énième feu de paille crossover. Voici un cas typique de musique funky bouge-popotin et bon enfant faussement créative, faussement hype, faussement cool, faussement sympa, faussement crédible, faussement neuve. Et franchement pas mémorable.

JEHST - Falling DownJEHST - Falling Down
(Low Life Records)

Le hip hop anglais est une longue histoire d'espoirs déçus et de fausses couches. Il naît, il meurt, il ressuscite régulièrement. Et entre deux, il vivote. D'un côté, les copieurs laborieux des grands frères américains, des gens qui sont parfois allés jusqu'à perdre leur accent, des artistes rarement inoubliables (c'était il y a seulement quelques années, mais qui se souvient des Creators, des Nextmen, de Mark B & Blade ?). De l'autre, les adeptes d'un hip hop métissé bubble gum de branleurs, du big beat aux Freestylers et à Dizzee Rascal. Porté par une rumeur favorable et le parrainage de Lewis Parker, Jehst appartient sans hésitation à la première école, celle des orthodoxes, celle des traditionalistes, même si l'Angleterre apparaît clairement en arrière-plan de ses paroles et que l'accent est tout de suite reconnaissable. Son premier album est un gros bloc homogène de hip hop classique, downtempo et rempli de basses, il est marqué par une certaine habileté verbale et parle de la vie du point de vue du petit, du laissé-pour-compte, sans sombrer pour autant dans le cliché grossier. Et pour le coup, il devient hasardeux de commenter Falling Down sur un site pop, tant ce disque est substantiellement rap, tant il risque peu de toucher d'autres publics que les inconditionnels du genre. Un bon album, sans doute, pour ceux qui n'écoutent que cette musique. Une longue épreuve pour les autres. A moins de se contenter du titre le plus saillant, un "ESP" consacré aux tortures de l'amour.


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