Hip Hop en Bref - Josh Martinez, Sixtoo Vs. Simahlak, Tha Blue Herb, Meaty Ogre

01/10/2003, par Sylvain Bertot | Singles en bref |
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HIP HOP EN BREF 4 - par Sylvain

Josh Martinez - The Good Life EPJOSH MARTINEZ - The Good Life EP
(Congregation Records)

Un petit rappel pour les retardataires : Josh Martinez, rappeur canadien aux allures passablement loufoques, est l'un des artistes clés de la foisonnante scène rap d'Halifax, celle d'où sont issus Buck 65, Sixtoo, Kunga219 et d'autres plus obscurs. Sorti début 2003, The Good Life, son nouvel EP, est un bijou, une petite merveille. Quatre titres seulement, mais il n'en fallait pas davantage : tous sont parfaits. Cela commence ainsi, "This is the kind of song you need", et je ne suis même pas certain que Martinez se rend compte à quel point il a raison, à quel point il tape juste avec la petite joyeuseté flûtée qu'est 'Another Day Another Dollar' (déjà présent sous une forme distincte sur son album Buck up Princess), le titre rap le plus plaisamment hédoniste depuis le 'Springfever' d'Elation. Le rythme et l'intonation changent passé ce premier coup de maître, à plusieurs reprises, avec le nonchalant 'Bermuda Shorts', puis encore avec l'amour déçu raconté sur 'Blaze of Grey' (aussi présent sur Buck up Princess), puis toujours avec la description comique d'un hobo sur la dernière plage. Mais le niveau, lui, reste inchangé. The Good Life EP, c'est quatre chansons rap réussies, complètes, abouties, accrocheuses, et pour tout dire pop, éminemment pop. Si, en gardien du temple, vous vous demandez ce qu'ont ces irréductibles popeux de POPnews à ouvrir leurs webpages au rap, jetez donc une oreille sur cet EP concocté par ce bon vieux Josh. Tout s'éclaircira.

SIXTOO & SIMAHLAK - All Star Battle!!SIXTOO & SIMAHLAK - All Star Battle!!
(Bully Disques)

Un hiphoper, c'est joueur, c'est inventif, surtout quand il s'agit d'un DJ. Sixtoo et le label Bully nous le prouvent avec ce double 45 tours confidentiel pressé à 1000 exemplaires avec pochettes faites main. Voilà donc à quoi s'est amusé (entre autres) le Sebutone pendant son séjour montréalais en compagnie de Simahlak, un DJ du cru quasi inconnu (mais que vous retrouvez ces jours-ci sur le mix Rugged Radio Saturday de DJ Craze disponible en France). Les deux beatmakers ont eu deux jours à leur disposition pour concevoir deux instrumentaux à partir de la même pile de disques. Le moins que l'on puisse dire, c'est que Sixtoo n'a pas franchement profité de l'occasion pour changer de registre. Le voilà reparti pour deux de ces instrus sombres et alanguies, pas très rigolotes en somme, qu'il affectionne. On a vu mieux pourtant. Rien de sensationnel sur ces deux productions attendues et paresseuses. Simahlak, de son côté, relève le défi. Le montréalais s'engage sur le terrain de son adversaire et propose (pourquoi pas lui hein ?), le même hip hop d'ambiance qui fout les boules, avec des voix soul ou je-ne-sais-quoi ralenties en début d'intervention histoire de donner le change. Et apparemment, l'audace paie, son premier morceau étant sans doute le meilleur de ce disque. Allez hop, balle au centre et léger avantage Simahlak sur ce disque passable et très anecdoctique.

THA BLUE HERB - The Future is in our HandsTHA BLUE HERB - The Future is in our Hands
(Tha Blue Herb Recordings)

Tha Blue Herb est le meilleur groupe de rap japonais. Ce n'est pas nous qui le disons, c'est DJ Krush, qui a d'ailleurs joint le geste à la flatterie en invitant le duo de Sapporo sur deux de ses albums. Bien sûr, ce propos du maître du hip hop instrumental est difficile à vérifier. Le rap japonais, à part Krush lui-même, DJ Honda et Arata des Living Legends, on n'y connait pas grand chose ici bas. Mais bon, une chose est sûre : meilleur ou pas que ses congénères nippons, Tha Blue Herb est bon. Boss (le MC) et Ono (le DJ) l'ont montré sur leur récent deuxième album (Sell our Soul) et sur des maxis comme Front Act, ils le confirment sur cet excellent The Future is in your Hands. Sur une instru plus électronica qu'autre chose (il fallait s'y attendre et c'est peut-être ce qui convient le mieux à la langue japonaise) mais très ténue et retenue, Boss (dont les paroles sont traduites en anglais dans le livret) nous décrit admirablement l'asthénie qui l'envahit quand il voit le temps se consumer sans apporter autre chose que les vicissitudes de la vie quotidienne, asthénie qu'il s'efforce de combattre en se répétant, peu convaincu, que, oui, le futur lui appartient. Brillant.

MEATY OGRE - FlibbertigibbitMEATY OGRE - Flibbertigibbit
(Galapagos 4)

Flibbertigibbit est le maxi récent de Meaty Ogre, producteur de Chicago et collaborateur des MCs Qwel (Typical Cats) et Offwhyte (mentionnons aussi son travail avec Sage Francis pour ceux qui, perdus, n'écoutent du hip hop que le 34 de chaque mois). Et ce n'est sûrement pas ce disque qui va changer radicalement l'image de Galapagos4, label de Chicago adepte d'un rap traditionnel mais de bonne facture. Car sur les deux titres du maxi, un 'Flibbertigibbit' sautillant interprété par Robust et un 'Long Dirty Word' plus violent rappé par Rift Napalm (Nacrobats), il y a tout ce qu'attend le puriste rap. Ca scratche, ça tape et ça boom-bape pile où il faut et quand il faut, ça rappe dans un style battle avec un phrasé carré, avec des gens qui aiment bien dire "yo", et qui nous déblatèrent des délires façon "I'm not your hero, I'm just a fucking weirdo" ou des rimes en "emasculate / procrastinate". Ne croyez rien à l'humble pseudo de ce producteur ("Meaty Ogre" n'est pas qu'un mangeur d'enfant viandu, c'est aussi un homonyme de "Mediocre" si vous prononcez bien l'anglais) : Meaty Ogre, c'est bien, c'est présentable, ça n'est pas désagréable. Mais il nous faudra tout un meilleur apéritif que ce rap attendu pour nous jeter à corps perdus et tremblants d'impatience sur Leo Vs. Pisces, son prochain album.


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