Hommages à Vic Chesnutt (1964-2009)

26/12/2009, par Julian Flacelière | Autre chose |
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"Oh death/Clearly i'm not ready", chantait Vic dans l'un des plus beaux et touchants titres de sa discographie, "Flirted With You All My life". Dans une interview à Popmatters en octobre dernier, il déclarait que cette chanson était l'histoire d'un homme rompant avec la mort, décidant d'aller de l'avant, de dire adieu à ses idées suicidaires. Criblé de dettes suite à ses nombreuses opérations chirurgicales, et pourtant heureux comme un gamin lorsqu'il évoquait sa collaboration avec Constellation Records, Vic s'est éteint le 25 décembre à 14h59, dans sa maison d'Athens, Géorgie. C'est évidemment une perte immense pour ceux qui, comme nous, le suivent, l'écoutent, l'aiment depuis plus d'une dizaine d'années. Pourtant, nous ne le connaissions pas. Nos pensées, en ce jour de deuil, vont à ses amis, sa famille, sa femme Tina, soutien de tous les instants. Nous ne ferons pas de grands discours. Nous laisserons plutôt ceux qui l'ont connu de près le raconter.


Kristin Hersh : "Ce dont cet homme était capable était surhumain. Vic était brillant, hilarant et nécessaire ; ses chansons envoient des messages de l'éther, sans censure. Il a développé un style de guitare qui lui permettait de jouer la basse, le rythme et le lead dans la même chanson - ceci avec seulement deux doigts. Son timing, fluide, était inimitable, sa poésie n'était pas entachée d'influences. Il était mon meilleur ami. Je n'ai jamais remarqué le fauteuil roulant - il était invisible pour moi - mais lui le voyait. Lorsque notre loge n'était accessible qu'en montant quelques marches, il disait généralement qu'il me verrait au bar. Lorsque nous avons tous deux contracté la même maladie, je lui ai confié que je n'avais jamais eu mal à ce point. "Je ne sens pas la douleur", m'a-t-il répondu. Bien sûr. J'oublierais. Quand je lui proposais de faire un bout de chemin avec moi, la pluie giclant sur les trottoirs, il me disait que ses mains allaient être trempées. Assis sur scène en sa compagnie, je demandais telle chanson et il se retournait vers moi, ce qui signifiait que "ce doigt ne marcherait pas aujourd'hui." Je le voyais indéboulonnable - immense et merveilleux, mais je crois que Vic voyait Vic petit, brisé. Et triste. Je ne sais pas si je serais de nouveau capable d'écouter sa musique, mais je sais à quel point il est vital que les autres le puissent. Lorsque j'ai reçu le coup de téléphone que je redoutais depuis ces quinze dernières années, j'ai perdu mon équilibre. Mon corps entier s'est affalé sur ma gauche. Je ne pouvais pas me lever, j'avais froid. Je ne pense pas aimer cette planète sans Vic ; j'ai juré que je ne vivrais jamais ici sans lui. Mais ce qu'il a laissé ici est le son d'une vie qui a lutté contre ses contraintes. C'est le son d'un être en feu. Cela rend meilleure cette planète. Et si je suis honnête avec moi-même, j'admets que je le sens toujours près de moi, mais libre de ses contraintes. Peut-être maintenant est-il vraiment immense. Intact. Et heureux."


Patti Smith : ""I flew around a little room once." Une ligne tirée de "Supernatural". Voilà ce qu'il était. Il possédait une énergie supernaturelle et était humaniste. Il était entièrement présent et entièrement ailleurs. un ailleurs mystique. Un enfant et un vieil homme, comme il s'appelait lui-même. Il disait qu'avant d'avoir fait un album, il n'était qu'un glandeur. Il vole désormais, vagabondant dans la petite pièce. Avec sa voix d'ange." Jeff Mangum (Neutral Milk Hotel) : "En 1991, j'ai déménagé à Athens, Géorgie, à la recherche de Dieu, mais ce que j'ai découvert à la place fut Vic Chesnutt. Entendre sa musique a complètement transformé ma manière de penser l'écriture de chansons, et j'aurais toujours une dette envers lui."


De Mark McElhattan (conservateur, membre du New York Film Festival) : "Il y a des annnées, "West of Rome" m'a consolé alors que je traversais un sale moment. Vic était un être unique, avait un esprit et une voix uniques. Personne ne parlait ou ne faisait de musique comme cela, avec ce timbre, ce vocabulaire, cette perception particulières. Sauvage et direct ou en lévitation, fantasque ou ornemental, il était toujours proche de la vérité. Et donc, de l'âme. C'est dommage. Une tragédie nationale, lorsque vous pensez aux questions auxquelles cela nous confronte." Michael Stipe (REM, premier producteur de Vic) : "Nous avons perdu l'un de nos très grands." P.S. : Une page a été créée pour venir en aide à la famille de Vic, qui doit rembourser près de 50 000 dollars de frais médicaux, entre autres. Si vous désirez offrir votre contribution, rendez-vous ici.

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