Howe - The Listener

album de la semaine du 09/04/2003, par Monsieur Morel | Albums |
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HOWE - The Listener
(Thrill Jockey / Discograph)

HOWE - The ListenerA l'heure où Calexico est porté aux nues, il serait justifié qu'Howe Gelb sorte un peu de l'ombre, que celui qui a servi de mentor au duo Convertino/Burns récupère un peu de cette aura actuelle. Rien ne serait plus justifié à l'écoute de ce "The Listener", un album dès à présent à placer très près des précédents chefs d'œuvre du Gelb, les impérissables "OP8" et "Chore On Enchantement".
Jamais notre homme n'est allé aussi loin dans l'exploration de ses passions musicales que sur ce nouvel album: jazz, country, folk ancestral des honkytonk men, musiques latines, rock'n'roll préhistorique... Gelb a pourtant son grain de sel à placer dans ces exercices de styles pour enrayer la machine à hommages. Comme à l'accoutumée ce grain de sel se révèle un judicieux mélange de langueur, de flânerie, de déviation mélodique et de dissonances jubilatoires : une formule secrète qui confère à cet album une magie, un éclectisme et une fraîcheur inespérés. Son jazz mélodique sait ainsi se métamorphoser en orchestre de music-hall emmené par des arrangements somptueux à vous donner la chaire de poule, comme échappés d'une répétition de Bacharach ("Glisten"). Ses ambiances de piano bar peuvent se muer en confessions intimes ("wish i was Duke Ellington" susurre-t-il sur "Felonious") comme si les musiciens cessaient d'être policés et se livraient enfin après avoir rendu honneur à quelques bouteilles et/ou avoir beaucoup écouté Tom Waits. Quand Gelb se donne des airs de Lee Hazelwood ("Cowboy Boots") c'est tout bonnement somptueux comme si l'auteur de "These boots are made for walking" s'était fait hippie dans le désert d'Arizona, une caravane comme villa, bien trop indigent pour se payer le luxe d'un studio. Shivaree, qui possède sensiblement la même passion que Gelb pour les musiques américaines, ne devrait pas s'approcher trop près de ce disque, au risque de rendre les armes, de voir une Ambrosia Parsley indéfiniment jalouse de ces duos entre Howe Gelb et quelques invités féminines (dont Rennie Sparks de Handsome Family), comme autant de rencontres entre quelques doublures de Betty Boop et d'un Lou Reed sous perfusion de Woody Guthrie ("Lying There"), des Everly Brothers ("Moons Of Impulse") ou de tango argentin ("Torque").
Le plus important reste encore les digressions de Gelb, celles qu'on entend pas d'emblée. De pincées "bruitistes" en tortion des instruments, il manie ici une sorte de folie douce avec un art du détail exemplaire. Son utilisation de la scie musicale l'atteste : instrument pompeux par excellence, il est ici dirigé à contre-emploi comme une sorte de son tordu en dissonance de la mélodie. Gelb passionne ainsi en gorgeant ses mélodies de contre-pieds tel que celui-ci pour finalement trouver cet exact équilibre entre ligne claire mélodique et dérive foutraque, entre le référencé et l'inédit, entre l'exercice de style et le mélange des genres. Le docteur Jekyll et mister Hyde de l'Arizona est sous contrôle. Il n'en est que plus ensorcelant.

monsieur Morel

Glisten
Felonious
Jason's List
Cowboy Boots
Torque (Tango De La Tongue)
Piango
Lying There
B 4 U (Do Do Do)
The Nashville Sound
Blood Orange
Moons Of Impulse
Now I Lay Me Down
Lemmy N Emmy

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