Huit artistes à voir à la Route du rock 2018

10/08/2018, par | Festivals |
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Lemon Twigs

En proposant une brochette de grands noms cette année (Etienne Daho, Charlotte Gainsbourg, Patti Smith, Phoenix), la Route du rock (du 16 au 19 août à Saint-Malo) quitte sa citadelle indé pour se frotter au mainstream classe, quitte à programmer des artistes qu’on verra un peu partout cet été (les deux premiers). Si l’on se réjouit d’avance d’entendre résonner “Tombé pour la France”, “Because the Night”, “Charlotte Forever” ou “1901” entre les murs du Fort de Saint-Père, on prêtera également l’oreille à des invités un peu moins prestigieux mais à la musique tout aussi excitante, qui se produiront notamment sur la plage ou sur la scène des Remparts. Petite liste pas du tout exhaustive.

 

Ezra Furman

Ceux qui ont la possibilité d’arriver dès le jeudi auront droit à d’excitants préliminaires à la Nouvelle Vague, la salle de musiques actuelles en périphérie de la Cité corsaire, avec The KVB, Ezra Furman et Marlon Williams. La conception du glamour du second est un peu différente de celle des deux autres : hésitant quant à son identité sexuelle, l’Américain aime poser en robe, bas et collier de perles. Juif, queer, très remonté contre le gouvernement de son pays (on le comprend), Furman est aussi et surtout un songwriter de talent, dans un genre brut de décoffrage, et un performer enflammé. Attendez-vous à un grand moment.

Chevalrex

Cela fait quelque temps qu’on suit la carrière du discret Rémy Poncet alias Chevalrex, depuis son groupe Les Frères Nubuck (avec son frère justement, qui se produit aujourd’hui sous le nom de Gontard) du côté de Valence. Aujourd’hui installé à Paris, celui qui est également graphiste pratique une chanson pop de haute volée, de plus en plus ambitieuse et aboutie au fil des albums. Le dernier, “Antislogan”, le voit franchir encore un nouveau palier tant au niveaux des mélodies que des textes et des arrangements. Sur scène, qu’il se produise seul avec ses machines bricolées ou en groupe (avec notamment le grand Mocke à la guitare), il séduit par sa fraîcheur et son ingénuité. Autant dire que pour la plage, ce sera parfait.

Shame

D’après l’équipe de la Maroquinerie, à Paris, le concert qu’y a donné Shame il y a quelques mois fut l’un des plus intenses que la salle ait connu. On y était, et on confirme. Ces jeunes Anglais aux visages encore acnéiques jouent un rock tendu et urgent, héritier du post-punk, qui se révèle carrément ravageur sur scène. Si vous vous êtes pris une baffe avec Idles l’an dernier (ou avec Compulsion en 1994 !), tendez sans honte l’autre joue.

Le Villejuif Underground

Comme son nom l’indique, Le Villejuif Underground est un groupe originaire de la banlieue sud de Paris, mais mené par un chanteur australien, Nathan Roche. Vu que leur bio fustige les journalistes paresseux qui les comparent à d’autres groupes, on s’abstiendra de le faire. De toute façon, leur nom, là aussi, vend la mèche… Avec leurs dégaines improbables, leurs vidéos low cost (avec notamment des images tirées d’une tournée… en Chine) et leur approche pour le moins spontanée du rock, les quat’z’amis signés sur la bonne maison Born Bad représentent une délicieuse anomalie dans un univers musical de plus en plus formaté. Et surtout, ils ont de bonnes chansons.

Jonathan Bree

Ayant dû annuler sa venue suite au décès tragique de son frère Joseph, qui l’accompagnait sur scène, John Maus est replacé quasi au pied levé par Jonathan Bree. Un curieux personnage qui n’avait pas vraiment affolé jusqu’ici nos radars, même si on l’avait déjà entendu il y a sept ans dans un petit (You)tube, “The Cigarette Duet” où il chantait en duo avec Princess Chelsea. Et aussi, quelques années plus tôt, avec son groupe The Brunettes, sur un tribute à The Cure chroniqué ici même.
Jonathan est en fait un quasi-vétéran de la scène indie néo-zélandaise (il a la quarantaine), qui va peut-être enfin connaître son heure de gloire. La pop orchestrée aux accents sixties, suave mais teintée d’étrangeté (renforcée par les clips aux musiciens sans visage), de son album “Sleepwalking” est franchement addictive. On pense un peu aux derniers travaux d’Alex Turner, avec les Arctic Monkeys et les Last Shadow Puppets. Il n’est pas trop tard pour rêver au même succès.

Lemon Twigs

Le 24 août, soit quelques jours après leur passage à la Route du rock, paraîtra le deuxième album des Lemon Twigs (photo du haut), “Go to School”. Toujours aussi ambitieux, les frangins Brian et Michael D'Addario livrent un disque concept, limite opéra rock, d’une quinzaine de titres racontant (on cite) « l’histoire de Shane, un chimpanzé élevé comme un petit garçon et rencontrant les obstacles de la vie parmi les humains ». En guests sur ces chansons qui feraient passer les Sparks pour des mélodistes besogneux, leurs propres parents (leur père est lui-même musicien), Todd Rundgren, Jody Stephens (ex-batteur de Big Star) et… les parents de Shane (euh ?). On ne sait pas si les Lemon Twigs viendront accompagnés d’une ménagerie, mais on peut en tout cas s’attendre à un sacré show, ces deux freluquets n’ayant vraiment peur de rien.

Protomartyr

Les programmateurs de la Route du rock ont tendance à faire revenir les groupes auxquels ils sont particulièrement attachés. Dans le cas de Protomartyr, on ne s’en plaindra pas : leur concert de 2014, qui nous les avait fait découvrir, nous avait particulièrement impressionné. On écrivait alors : « Contrairement à d’autres, le groupe ne donne pas dans la surenchère sonore : chaque instrument est clairement audible et identifiable, comme la voix de baryton du chanteur Joe Casey. Derrière ses lunettes noires, celui-ci fait penser à un Matt Berninger prolo ; on doute quand même qu’avec une musique aussi sèche et désespérée, Protomartyr remplisse un jour les salles comme The National. » Ce n’est toujours pas le cas en effet, mais la formation de Detroit a confirmé, sur disque et sur scène, que sa musique comme arrachée aux ténèbres était l’une des plus vitales de l’époque.

Superorganism

On pourrait avoir quelques raisons de faire la fine bouche devant Superorganism, son côté “United Colors of Benetton” à l’heure des réseaux sociaux, sa coolitude un peu appuyée, son pot-pourri de pop culture parfaitement digérée… On aurait pourtant tort de n’y voir qu’une opération marketing : ces huit jeunes gens basés dans une maison-studio de l’Est londonien mais venus d’un peu partout semblent avant tout vouloir s’amuser, sans pour autant oublier d’écrire des chansons qui restent dans la tête. Feu de paille ou futurs grands ? Leur concert promet en tout cas d’être un moment léger et joyeux.

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