Iggy Pop - Entretien avec Iggy Pop - Une histoire personnelle et déjantée du Rock américain

08/08/2006, par David Dufeu | DVD |
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IGGY POP - Entretien Avec IGGY POP - Une Histoire Personnelle Et Déjantée Du Rock Américain
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IGGY POP - Entretien Avec IGGY POP - Une Histoire Personnelle Et Déjantée Du Rock AméricainL'objet dont il est question ici est double : une interview de l' Iguane en DVD, et un livre, traversant sa carrière en groupe et en solo, en une "évocation", signée Evelyne Pieiller, qui mêle la petite histoire et la grande, de la fin des années 60 à nos jours. Vu sous cet angle, on dirait du Philip Roth dernière période, version rock'n'roll. Le livre multimédia est d'ailleurs sous-titré "Une histoire personnelle et déjantée du rock américain". Joli programme. Malheureusement, le livre en question n'est pas un roman d'auteur, mais une simple succession de clichés mêlant politique extérieure américaine dans ses très grandes lignes, sociologie de supermarché ("La guerre du Vietnam porte la mort et la déraison. La jeunesse rêve d'amour universel", page 20), et musicologie de comptoir (page 48, à propos des musiques actuelles : "il n'y a plus d'étiquettes, il n'y a plus de cloisons, le rock'n'roll est filth and fury (...), le rock'n'roll est dévastateur (...) et il est bruyant comme une apocalypse, une crise de nerfs, une émeute. C'est, toujours, une renaissance. C'est Iggy."). Gasp. Pour couronner le tout, le format du livre, sa typographie énorme, et changeante - qui ferait passer "Picsou Magazine" pour austère -, et sa couverture faussement arty - qui montre Iggy affichant un gros doigt d'honneur - me confortent dans l'idée que ce petit objet carré est directement destiné à de jeunes adolescents en quête de mythologies libertaires.
Passons donc au DVD. On y retrouve, à travers la voix d'Iggy, cette subjectivité assumée, qui ne nous apprend pas grand chose par ailleurs, dans une interview de 104 longues minutes de plan presque fixe. Le chanteur s'y montre volontiers affable, et franchement loquace, évoquant tour à tour les Stooges, son enfance, la drogue, le sexe, le rock'n'roll. Cheveux longs, marcel sous la veste de costard, veines saillantes, Iggy, tantôt rigolard, tantôt sérieux, y va de quelques anecdotes et répond avec application aux questions de Gérard Guignot. Bref, une interview bien rôdée d'un vétéran du rock, plutôt plaisante ; mais on se demande pourquoi l'interview n'a pas bénéficié d'un montage digne de ce nom - il semblerait en fait que la longueur de cette version "uncut", même pas rognée aux entournures, soit considérée par le réalisateur comme un gage d'exhaustivité.
Ce n'est pas un chroniqueur qui pestera contre la multiplication du discours, et contre une certaine sacralisation des idoles - le rock s'en est toujours nourri, et en vit encore grassement. Mais on a ici clairement affaire à une nostalgie complaisante de mauvais aloi qui exploite béatement des mythes établis, à la façon d'Oliver Stone. Très dispensable donc. Pour ceux qu'une compréhension profonde, intime et nuancée des années 60 et 70 intéresse, on renverra plutôt à "Raw Power" pour les oreilles, ou à "Pastorale Américaine" pour les yeux - tous deux bien plus pertinents, et bien plus percutants.

David Dufeu


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