Industrie Joy Division : le livre de Morley enfin traduit !

31/10/2009, par Julian Flacelière | Edito |
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Au moment de la sortie en DVD de "Control", en avril 2008, Chris Roberts écrivait sur le site anglosaxon The Quietus un article sur la bien-nommée "industrie Joy Division" : "Il y a eu d'innombrables compilations, coffrets, sessions radios, documentaires télévisés, livres et biographies, sans compter les albums "Live at ULU", "Live at Factory Manchester", et "Live at High Wycombe". En fait, 20 albums au total. Depuis trente ans, Joy Division n'a jamais été aussi omniprésent. Bien intentionnée à l'origine, la canonisation de Curtis - et Tony Wilson - est devenue un boom industriel plutôt qu'un culte. [...] La pochette originale de Peter Saville pour Unknown Pleasures réussissait à évoquer l'étranger, l'existentiel lisant un peu de Camus ou de Kafka et se sentant mal assorti à la société. Elle rejoignait sublimement l'angoisse de Curtis. De nos jours, ce n'est qu'un logo, qu'une marque, qu'un tag de gang de plus." Quid de la bande à Curtis en 2009 ? De même que son acolyte britannique, l'industrie française de Joy Division semble avoir recraché le moindre petit os à rogner, se contentant de capitaliser sur l'immense catalogue de produits en rapport direct avec le groupe, ce qui, avouons-le, est économiquement largement confortable pour assurer de belles rentes aux légataires. Si sur le plan discographique, nous n'avons rien à envier aux anglo-saxons - le coffret "Heart & Soul" ayant par ailleurs été réédité pour les dernières fêtes de Noël - notre bibliographie en la matière manquait jusqu'au mois dernier sérieusement de panache. Tout juste avions-nous jusque-là droit à une traduction bancale de "Touching From a Distance", livre-confession de Deborah Curtis, à un superficiel "Lumière et ténèbres" signé Fabien Ralon et à une édition quelque peu racoleuse mais relativement instructive du "Torn Apart : The Life of Ian Curtis" de Mike Middles. Heureusement, l'inégal éditeur Le camion blanc s'est plutôt bien rattrapé en ayant publié début septembre dernier la traduction française de l'ouvrage référence sur le groupe : "Piece By Piece : Writing About Joy Division 1977-2007". Ecrit par Paul Morley, chroniqueur au NME de 1976 à 1983, cet ouvrage massif, sorti en Angleterre en 2007, peut se targuer d'être le meilleur livre sur le sujet, merveilleusement bien documenté et largement plus critique - ou lucide, selon - que ses concurrents. Surtout, Morley a un style qui lui est particulier, élégant, vivant, une passion pour le groupe suintant par tous ses pores, comme on a pu le remarquer dans son superbe texte imprimé dans le livret de "Heart & Soul". "Personne ne doute qu'il était là dès le début, et, surtout, que ce qu'il a vu dans les quatre garçons post-punk, géniaux presque par accident, a servi de modèle pour ce que tout le monde a vu en eux depuis" ajoutait Roberts. L'image se nourrit de l'industrie, l'industrie de l'image, Joy Division de l'image, l'image de Joy Division, Joy Division de l'industrie, l'industrie de Joy Division. Le cercle se referme enfin - même en France.


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