Interview Neil Halstead - Festival Assis ! Debout ! Couché !

11/04/2013, par Matthieu Chauveau | Interviews |
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C'est au lieu unique, dans le cadre du festival Assis ! Debout ! Couché !, que j'avais rendez-vous en février dernier pour m'entretenir avec Neil Halstead, ex-membre du groupe shoegaze culte Slowdive puis de sa variation americana Mojave 3 qui en est maintenant à son troisième album solo, sur lequel plane irrémédiablement l'ombre du grand Nick Drake.

Impossible de louper Neil Halstead dès son entrée dans le bar du LU. Look ultra-décontract' : belle barbe blonde bien fournie, petit bonnet rouge sur la tête (exactement comme sur les photos qu'on trouve ici ou là sur le net). Comme un croisement improbable du Beach Boys maudit Dennis Wilson (surfer et barbu comme Neil) et de l'impayable Steve Zissou, le commandant Cousteau cheap interprété par Bill Murray dans le fameux film de Wes Anderson, "The Life Aquatic" (pour le bonnet et la moue gentiment tristounette). Peu loquace sur la musique qu'il compose, Neil Halstead s'avère beaucoup plus bavard pour évoquer celle des autres.

Neil Halstead

Ton dernier album sonne assez intemporel. Il aurait pu être enregistré dans les années 70. C'est quelque chose que tu souhaitais ?

C'est possible. On voulait simplement enregistrer les chansons de manière à ce qu'elles sonnent au mieux. On a plus ou moins enregistré en live. Ça a été fait plutôt vite, en deux jours. Il n'y a pas beaucoup d'instruments sur ce disque : un peu de violon, de piano, de contrebasse. Pas beaucoup d'arrangements non plus. C'était assez intentionnel. Je voulais vraiment que ça sonne live, assez chaud, vraiment organique.

C'est vrai que ça a été enregistré dans une école primaire ?

Oui. Les enfants de Nick Holton, l’ami à moi qui a produit le disque, allaient dans cette école donc c'était pratique. On ne trouvait pas de studio qui nous plaisait dans les environs, on a donc choisi une pièce dans cette école. C'était assez facile d'enregistrer là parce qu'on n’avait pas besoin de beaucoup d'équipement : juste des micros et un magnéto à bandes. Oui, ça a été enregistré sur bandes... (sourire)

Quel genre de musique écoutes-tu ?

J'écoute vraiment tous les genres. J'aime beaucoup la folk music évidemment (hésitations). Mais je ne pourrais pas vraiment te dire ce que j'écoute en ce moment...

Les artistes qui t'inspirent ?

Sufjan Stevens, Wilco, Will Oldham, des gens comme ça... J'écoute aussi beaucoup de choses des sixties : Bert Jansch, Nick Drake, Anne Briggs. J'aime beaucoup cette période, je trouve qu'elle était très intéressante.

Neil Halstead

Dans les années 90, tu jouais avec Slowdive. Les shoegazers étaient souvent considérés comme n'étant pas des musiciens virtuoses... maintenant tu joues de la guitare, en solo, comme Nick Drake ou Bert Jansch. Comment s'est faite cette évolution ?

Euh, je ne suis toujours pas un très bon musicien... Rien n'a changé en fait ! (rire) Après Slowdive, je voulais faire quelque chose de plus organique. Dans les disques de Slowdive, il y avait pas mal de boucles, de samples. C'était de la musique assez déconstruite. Après ça, j'ai donc voulu faire quelque chose de plus axé sur les chansons, sur le songwriting. Mojave 3 était déjà pas mal influencé par la musique country.

Et quand tu jouais avec Slowdive, tu aimais déjà la country, le folk, ou pas du tout ?

J'aimais déjà Neil Young et des choses comme Hank Williams. Mais je ne connaissais pas si bien que ça en fait. Après, en vieillissant, on s'ouvre à des musiques différentes. Les influences de Slowdive étaient des groupes comme The Jesus And Mary Chain, Sonic Youth, Cocteau Twins, A.R. Kaine et My Bloody Valentine. Beaucoup de groupes à guitare. Même si j'écoutais déjà du folk, la musique qu'on jouait n'avait pas vraiment de rapport avec celle de Neil Young ou Hank Williams ! Manifestement... (sourire).

Mais Slowdive, ça n'a jamais été vraiment rock en fait. C'était déjà quelque chose d'assez contemplatif, dreamy, comparé à The Jesus and Mary Chain, par exemple.

C'est vrai. Pas aussi rock que The Jesus and Mary Chain mais pas non plus aussi dreamy que les Cocteau Twins. Peut-être quelque part au milieu.

J'ai lu quelque part que tu as commencé à joué du folk après avoir entendu "Famous Blue Raincoat" de Leonard Cohen. C'est vrai ?

La première fois que j'ai écouté le premier album de Cohen, je devais avoir 23 ans ou quelque chose comme ça. Je ne connaissais que de nom avant. Ecouter ce premier album a donc été une vraie révélation pour moi. C'était vraiment des chansons et rien d'autre. Juste du songwriting. J'ai trouvé ça très intéressant et inspirant. Donc oui, c'est vraiment un disque très important pour moi.

Et le fait que ça ne soit pas du tout produit, c'est un peu l'opposé de la musique de Slowdive.

Oui. Slowdive, c'était surtout de la production. Des atmosphères.

Neil Halstead

Tu réalises qu'actuellement, de plus en plus de groupes sont inspirés par Slowdive et citent le groupe en référence ?

C'est vrai qu'il y a toujours beaucoup de gens qui aiment cette musique et c'est vraiment cool. Mais pour être honnête, je ne suis pas vraiment la nouvelle scène shoegaze (sourire)...

Beaucoup de groupes séparés font leur comeback, même seulement pour des concerts, par exemple pour jouer un album en entier. On vous l'a déjà demandé ?

Non. On n'est plus ensemble donc... on ne nous l'a toujours pas demandé !

Mais ça te plairait ?

Je ne suis pas opposé à l'idée. Nous n'en avons jamais parlé en tant que groupe. Nous n'avons jamais évoqué sérieusement l'idée de rejouer ensemble mais on est toujours amis et on se parle toujours. Je ne sais pas, j'ai un peu l'impression que c'est une industrie de l'héritage. Juste se retrouver pour faire de l'argent... Mais en même temps, ça m'a beaucoup plu que les Stones Roses se reforment parce que j'aime beaucoup ce groupe. Et peut-être qu'ils referont un album. Mais même si les groupes se reforment d'abord pour une question de nostalgie, ou pour de l'argent, ça peut aussi mener à quelque chose de plus créatif, ce qui est vraiment bien. My Bloody Valentine vient de sortir son album. Et je suis sûr que le fait qu'ils se reforment pour des concerts a beaucoup joué.

Tu as écouté l'album ?

Oui. Je l'aime vraiment bien. C'est un très bon disque. Pour moi, c'est leur troisième meilleur album (sourire) - (ndlr. La discographie de My Bloody Valentine compte trois albums). Je pense que c'est un excellent disque mais évidemment, rien de comparable avec les deux premiers... Mais il y a vraiment quelques titres qui n'en sont pas loin. Leur premier album, "Isn't Anything", est de loin celui que je préfère. Je n'avais que 17 ans quand le disque est sorti. Il a vraiment eu une influence décisive sur moi. Et aussi "You Made Me Realise", l'EP qui était sorti juste avant. C'était aussi un disque impressionnant, dans lequel ils ont fait évoluer leur son. Auparavant, ils sonnaient un peu jungle pop. Puis ils sont allés vers quelque chose de beaucoup plus influencé par Sonic Youth, avec des guitares en cascade. Et je pense toujours qu'au niveau créatif, "Isn't Anything" est un disque beaucoup plus intéressant que le second (ndlr. le classique "Loveless").

Pourrais-tu me citer cinq albums qui ont compté pour toi, toutes périodes confondues ?

"69" d'A.R. Kane.
"Laughing Stock" de Talk Talk.
Un Beatles des débuts : "Please Please Me" que j'écoute beaucoup en ce moment comme c'est l'anniversaire du disque.
"Either/Or" d’Elliott Smith.
"Blonde on Blonde" de Bob Dylan. Avec la dernière chanson de 20 minutes (ndlr : "Sad-Eyed Lady of The Lowlands").

 

Photos : Matthieu Chauveau

Merci à Christelle du LU.

Et à Denise pour l’inspiration.

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