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WILLARD
GRANT CONSPIRACY
Paul
Austin
(guitariste)
Le noyau de WGC est formé autour de Robert Fisher et de Paul Austin. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Comment les autres membres ont-ils rejoint le groupe ?
Je vivais dans le Maine, où j'ai grandi. Robert est arrivé après avoir quitté Los Angeles en suivant son instinct de conservation : il voulait, disait-il, " s'éloigner le plus possible géographiquement de cette ville " tout en restant aux Etats-Unis. Et c'est dans ce trou perdu froid et boisé qu'est le Maine qu'il a atterri.
Le nom de votre groupe fait référence à une conspiration et les noms des membres ne figurent pas sur les deux premiers albums. Avez-vous prévu dès le départ que WGC serait un noyau (Robert Fisher, Paul Austin) avec beaucoup de connaissances gravitant autour ?
Je ne pense pas que nous ayons eu de plan en tête. Nous nous retrouvions juste pour écrire des chansons. Après avoir fait de la musique forte et bruyante, dans la lignée de groupes que nous aimions, comme Pere Ubu, nous voulions essayer une palette de sons plus doux. Donc nous avons sorti des guitares acoustiques, nous nous sommes juste assis et nous avons joué et chanté en buvant du café. Quand quelqu'un nous proposait de faire un concert, nous demandions à des amis de venir nous aider. Et quand nous avons décidé d'enregistrer cette première fournée de chansons en un week-end chez un ami, on a également fait appel à eux.
Dans quels groupes avez-vous joué avant de former WGC ? Quelles étaient les influences de ces groupes ?
Eh bien, Robert Fisher et James Apt avaient un groupe dans lequel Robert jouait de la batterie et chantait, et James était bassiste. A vrai dire, c'étaient tous les deux des débutants, qui apprenaient à jouer pour pouvoir écrire des chansons, et non pour rejouer ce qu'ils entendaient à la radio. C'était l'éthique punk. Bref du bricolage. Je les ai vus en concert, nous sommes devenus amis, et nous avons commencé à jouer ensemble. James est parti en fac d'arts plastiques, mais plusieurs années après, nous nous sommes tous retrouvés à Boston, à vivre ensemble dans une vieille maison sur Myrtle St. et nous avons recommencé à jouer ensemble.
Aviez-vous l'intention de jouer ce genre de musique dès le début ? Que pensez-vous de l'évolution du groupe après trois albums ?
Personnellement, je n'avais absolument aucune idée en ce qui concerne le style. Il y avait juste des chansons qui sortaient, c'était amusant et excitant, et on sentait que quelque chose de spécial était en train de se mettre en place. Je pense que
"3 am" a une chaleur et une intimité qui viennent du fait qu'on l'a enregistré en une seule fois, dans une petite cave sombre. Pour
"Flying Low", nous commencions à sortir du nid, et je pense que certaines de nos meilleures chansons sont sur cet album. Pour
"Mojave", nous avions une idée de ce que nous voulions faire et de la manière dont nous voulions le faire. On entend bien que nous y faisons passer nos idées avec plus de confiance, je crois. Du moins, j'espère qu'on l'entend.
En France, avant l'arrivée d'artistes comme Will Oldham et Vic Chesnutt, la folk-country américaine était souvent perçue de façon négative. Est-ce également le cas aux Etats-Unis ? Cette "scène", qui semble très active actuellement, a-t-elle toujours existé ?
Elle a toujours existé mais elle n'était pas apparente. Il y a toujours eu des songwriters qui n'avaient pas un son moderne et lisse, des paroles intelligentes et super cool. Pensez à John Prine, Townes Van Zandt. Mais juste après l'apogée et le déclin de Uncle Tupelo, beaucoup de groupes plus jeunes sont comme sortis de leur trou avec un style de musique beaucoup plus roots, du rock-pas-moderne éhonté. Et je suppose que comme on ne les a pas renvoyés chez eux en les punissant, en les frappant ou en leur riant au nez, encore plus de groupes sont arrivés et ont dit : "mec, j'adore cette musique brute, mais avant, personne ne voulait l'écouter". Du moins dans les villes, où les gens pensent toujours qu'ils sont très sophistiqués.
Tu vois, on peut faire un petit machin artistique à partir d'un peu de bois, d'une touche de peinture ou de tout ce que tu veux. Quand c'est dans une petite ville au milieu de nulle part, c'est juste quelque chose que tu as fabriqué, et si ça te plaît tu peux l'accrocher quelque part pour que les gens le voient. Tu te fous ce savoir ce que "c'est" : ça existe et c'est tout. Ca suffit. Mais dans les milieux branchés, ils ne font pas confiance à ce manque de classification. Alors ils appellent ça du "folk art" et ils se sentent plus à l'aise, parce que c'est brut, mais brut parce que c'est symbolique, et que c'est une réflexion sur la société. Mais on parle tout le temps du même objet, tu vois ?
Vous êtes influencés à la fois par la folk-country et par des groupes plus urbains, comme le Velvet Underground ; comment parvenez-vous à réconcilier les deux styles de musique ?
Ce qui est réel, c'est la musique honnête, avec des émotions brutes. Peu importe que ce soit une section de cordes ou un bruit atonal de guitare de New York ou juste deux banjos. Si l'émotion est là, la musique peut reposer sur n'importe quelle plate-forme.
De même, le groupe est composé de membres plutôt orientés folk (Paul Austin), de membres plus "électriques" (James Apt) et de caractères plus expérimentaux (David Michael Curry). Comment combinez-vous ces différentes personnalités ?
C'est l'alchimie qui fait que ça devient quelque chose de spécial. J'aime bien quand les gens disent que nous avons vraiment notre propre son, qu'ils l'aiment ou qu'ils le détestent. C'est quelque chose qui émerge de ce groupes de personnes, nous ne pourrions pas avoir un son aussi direct s'il était différent. L'alchimie est tellement importante.
Sur chaque album, on trouve des digressions : bruits de feux d'artifice pendant 15 minutes à la fin
du premier album, personnes parlant et sons de radio sur "Flying Low" ainsi que des enregistrements de violon entre les chansons sur "Mojave". Vous amusez-vous à créer ces changements de "rythme", qui ont tendance à déstabiliser les auditeurs ?
Eh bien, étant donné la noirceur de beaucoup de nos
chansons, je me dis qu'un grand nombre des personnes qui aiment vraiment WGC doivent déjà être bien déstabilisés...
Les paroles de Robert sont souvent maussades et désillusionnées. Comment sont-elles perçues par les autres membres du groupe ?
C'est absolument, et de loin, l'élément le plus important de nos chansons et de notre son. Si nous ne créons pas une toile de fond musicale avec des accents et un mouvement dynamique qui soutiennent les paroles sans détourner l'attention, alors nous avons fait faux bond à Robert. C'est comme ça que je le ressens.
Après avoir assisté à plusieurs concerts de WGC avec des formations différentes et en écoutant l'album live ("Weevils In The Captain's Biscuit"), on a l'impression que vos chansons gagnent de l'ampleur sur scène. Avez-vous la même impression ? Aimez-vous jouer vos chansons devant un public ?
J'adore jouer pour des gens, j'aime beaucoup cette relation directe. Mais ma façon préférée d'écouter de la musique, c'est seul, dans le noir, au casque, avec la porte fermée à clef. Alors, je peux me perdre dans les chansons. Et j'aime bien me dire qu'il y a des gens quelque part qui écoutent WGC de la même façon.
Après plusieurs tournées en Europe, quelle est votre vision du Vieux Continent ? Sentez-vous une différence dans la perception de votre musique selon les pays ?
Dans certains pays, les gens ont vraiment l'air d'être déterminés à connaître toutes les paroles et à poser des questions dessus. Une véritable approche intellectuelle. Ailleurs, les gens se laissent simplement emporter par leurs sentiments. A d'autres endroits encore, ils sont juste là, les bras croisés, à nous regarder comme s'ils ne voyaient absolument pas pourquoi nous faisons ça, et à se dire que nous devons avoir de sérieux problèmes. Bien sûr, ils ont peut-être raison... :-)
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