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WILLARD GRANT CONSPIRACY

 

Robert Fisher (chanteur)

 

Le noyau de WGC est formé autour de Robert Fisher et de Paul Austin. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Comment les autres membres ont-ils rejoint le groupe ?

Paul et moi nous sommes rencontrés après qu'il a écrit, dans un fanzine dont il s'occupait, une critique d'un concert que James et moi avions fait. Plus tard, il m'a demandé de faire une séance d'essais à la batterie pour un groupe dans lequel il jouait, Blue Section. Depuis, à part quelques petites interruptions, nous jouons ensemble. Tout le monde rejoint le groupe et le quitte à sa manière. Les gens qui jouent et qui ont joué avec le groupe sont tous des musiciens que nous admirions avant tout en tant qu'artistes et amis.


Le nom de votre groupe fait référence à une conspiration et les noms des membres ne figurent pas sur les deux premiers albums. Avez-vous prévu dès le départ que WGC serait un noyau (Robert Fisher, Paul Austin) avec beaucoup de connaissances gravitant autour ?

WGC n'a jamais vraiment été un projet. Le fait de s'être rencontrés et de pouvoir continuer à jouer ensemble est un heureux hasard. La raison pour laquelle il n'y a pas de crédits sur les deux premiers albums, est que nous voulions que les auditeurs s'intéressent à la musique, et non au pedigree des musiciens.


Dans quels groupes avez-vous joué avant de former WGC ? Quelles étaient les influences de ces groupes ?

Les seuls groupes dans lesquels j'ai joué avant étaient inconnus en dehors de Boston. Je ne connais pas les influences de tous les membres de ces groupes. Je ne peux répondre que pour mes propres influences. En ce qui concerne les influences musicales, c'était tout ce que j'ai suffisamment écouté pour avoir une opinion dessus, qu'elle soit positive ou négative. Une bonne partie de la création consiste à savoir ce qu'on ne veut pas faire.

 

Aviez-vous l'intention de jouer ce genre de musique dès le début ? Que pensez-vous de l'évolution du groupe après trois albums ?

Quand nous avons commencé à jouer, nous n'avions pas de programme précis. Nous n'avons pas défini un style musical et commencé à écrire en nous y conformant. Nous avons juste écrit des chansons que nous aimions et nous avons choisi celles qui valaient la peine d'être conservées. Nous laissons les chansons nous dire quel type d'approche adopter.

 

En France, avant l'arrivée d'artistes comme Will Oldham et Vic Chesnutt, la folk-country américaine était souvent perçue de façon négative. Est-ce également le cas aux Etats-Unis ? Cette "scène", qui semble très active actuellement, a-t-elle toujours existé ?

Je serais curieux de savoir quelle musique était perçue de manière négative.
Je ne vois pas vraiment de preuve qu'il existe une scène. Il y a toujours eu des groupes qui explorent les racines musicales. C'est un cycle qui va et vient. Les années soixante étaient aussi une période où le rock se tournait vers la musique traditionnelle pour s'en inspirer. Les musiciens contemporains, dans le folk, la country, le blues et le jazz se sont toujours appuyés sur l'héritage musical collectif. En tant que petit dernier, le rock continue à se référer à ses aînés autant qu'à lui-même.

 

En France, le terme de "musique country" était assez péjoratif. Cette musique ne fait pas partie de notre culture (tout comme la pop)... et les chansons que nous entendions à la radio avant Vic Chesnutt et Will Oldham étaient généralement de la musique de western ou de rednecks.

Il y a beaucoup de groupes réunis sous le terme de musique country. Je crois que c'est surtout ce qui est débité en série par Nashville et par les majors dans un but commercial, exactement comme la production rock en dessous de la moyenne qui est créée par les majors pour qu'elles puissent l'exploiter et se faire de l'argent sur le concept de culture jeune fabriqué par MTV. La country est comme toutes les autres formes de musique qui font l'objet d'un commerce : sous le mercantilisme, il y a, bien cachées, les racines qui forment le genre légitime.

 

Vous êtes influencés à la fois par la folk-country et par des groupes plus urbains, comme le Velvet Underground ; comment parvenez-vous à réconcilier les deux styles de musique ?

Je n'ai jamais à les concilier. Nous jouons juste la musique que nous aimons.

 

Je sais, et c'est une des raisons pour lesquelles j'aime le son de WGC. La question est peut-être aussi comment concilier (par exemple) un son de mandoline avec une guitare électrique...

Ma première réponse tient toujours. Nous utilisons les instruments dont nous disposons et qui sonnent bien ensemble. Il est plus intéressant d'utiliser la grande variété de sons qui est à notre disposition pour donner de la couleur et de l'émotion à la musique que d'être limité au format traditionnel guitare-basse-batterie que le rock préfère généralement.

 

De même, le groupe est composé de membres plutôt orientés folk (Paul Austin), de membres plus "électriques" (James Apt) et de caractères plus expérimentaux (David Michael Curry). Comment combinez-vous ces différentes personnalités ?

Je dois dire que je ne pense pas que Paul soit orienté folk, que James soit orienté électrique, ou que Dave soit expérimental. Je pense que ces catégories sont bien trop restrictives et souvent inexactes. WGC est composé d'un certain nombre de personnes, qui ont toutes des idées précises sur la musique et sur leurs propres instruments. C'est en partie parce que notre jeu repose sur la collaboration qu'il a cette personnalité musicale unique. Cela permet aussi d'avoir un son toujours nouveau, pour les membres du groupe comme pour le public.

 

Sur chaque album, on trouve des digressions : bruits de feux d'artifice pendant 15 minutes à la fin du premier album, personnes parlant et sons de radio sur "Flying Low" ainsi que des enregistrements de violon entre les chansons sur "Mojave". Vous amusez-vous à créer ces changements de "rythme", qui ont tendance à déstabiliser les auditeurs ?

Les sons entre les chansons ne sont pas faits pour déstabiliser l'auditeur, mais si c'est l'effet qu'ils ont, cela ne me dérange pas. La musique est trop souvent stable. La vie n'est pas stable, et il devrait y avoir de la place pour une musique qui reflète les éléments instables. Quand on écoute de la musique dans la vraie vie, on l'entend très rarement dans un vide de silence. On l'écoute toujours à travers une variété de sons extérieurs. En introduisant certains de ces éléments dans nos enregistrements, nous pouvons apporter nos propres sons extérieurs à ceux qui existent dans l'environnement de chaque auditeur. J'espère qu'ils sont amusants.

 

Robert, pendant le dernier concert de WGC à Paris, tu as dit que tes trois passions étaient l'alcool, le sexe et la religion. En effet, tes paroles évoquent souvent ces trois sujets. Comment parviens-tu (enfin, si tu y parviens) à combiner ces éléments, qui semblent contradictoires ?

Ce commentaire était une blague. Cela m'apprendra à faire de l'humour sur scène.

 

Ce n'est pas seulement ce que tu as dit pendant le concert. Dans tes influences, tu parles de l'Eglise baptiste et de Charles Bukowski. J'aurais voulu que tu en parles.

Eh bien, je suppose que je suis toujours intéressé par les gens et les idées qui expriment un code éthique fort ou une certitude morale. Le fait d'avoir été élevé dans un environnement baptiste a laissé des traces sur mon caractère, comme le ferait toute éducation religieuse sur n'importe qui. Je ne crois pas personnellement à une église physique ou à un dogme traditionnel, mais je crois en une nature spirituelle. Les conflits et les contradictions qui se présentent au cours d'une vie et la façon dont les gens choisissent de résoudre les différentes situations sont toujours fascinantes et révélatrices.

 

Les paroles de Robert sont souvent maussades et désillusionnées. Comment sont-elles perçues par les autres membres du groupe ?

Je pense que mes paroles sont réalistes, observatrices, et même pleines d'espoir. Il y a même de l'humour, si on cherche bien.

 

Après avoir assisté à plusieurs concerts de WGC avec des formations différentes et en écoutant l'album live ("Weevils In The Captain's Biscuit"), on a l'impression que vos chansons gagnent de l'ampleur sur scène. Avez-vous la même impression ? Aimez-vous jouer vos chansons devant un public ?

Je voudrais que les chansons soient aussi puissantes en studio qu'en concert. J'aime beaucoup jouer. En tant que chanteur, j'essaie toujours d'habiter complètement les chansons chaque soir où nous les jouons. La musique devrait être une expérience sentimentale et émotionnelle pour les musiciens et pour le public.

 

Après plusieurs tournées en Europe, quelle est votre vision du Vieux Continent ? Sentez-vous une différence dans la perception de votre musique selon les pays ?

Nous avons beaucoup de chance de voyager autant que nous le faisons, de sympathiser avec tant de gens intéressants et d'avoir une idée de la façon dont notre musique se rapporte aux autres personnes. Je suis toujours content de la réaction que nous avons dans tous les endroits où nous jouons. J'espère que nous aurons la chance de continuer à faire des disques et des concerts pendant un bon moment.

 

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