Jack the Ripper - Interview

19/07/2006, par Frédéric Antona | Interviews |
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Vous avez tout de même un microcosme assez cohérent, entre le nom, les pochettes d'album, le storytelling.

Oui, c'est un peu l'univers du rêve, du film, des bandes originales.

On entend Ennio Morricone derrière certaines chansons.
Oui c'est vrai que Ennio Morricone est plus ou moins présent. Ça nous flatte beaucoup toutes ces références, et on ne renie absolument pas ça. Maintenant, forcément ça nous influence, mais entre ce qui est conscient et inconscient, ça n'est pas facile de faire la part des choses.

Vos trois pochettes d'album sont signées du même peintre, Juarez Machado. Comment ça s'est passé ?
Ça, par contre, c'est très précis. On rentrait d'une séance de mixage pour le premier album, "The Book of Lies", et on se disait, dans la voiture, il faudrait trouver une pochette, un univers, qui corresponde à la musique - on pensait surtout à la chanson "Prayer in a Tango", et une amie m'avait fait découvrir ce peintre, comme ça sur un livre. J'en parle à Arnaud, disant que j'ai découvert un peintre brésilien que j'aime bien, et ça a fait l'unanimité dans le groupe. On a dû aller voir son agent, on lui a demandé l'autorisation - il a été extrêmement généreux, sympa, ils ont dit pas de problème, et on a fait les trois albums avec lui, une sorte de trilogie en l'occurrence. Le prochain, s'il y en a un, ce qu'on espère, ça risque de changer.

Ce sont des tableaux qu'il a peints pour vous ?
Non non, pas du tout - ce sont des tableaux qui se vendent très cher... (rires). Mais bon, il est très sympathique, il a 60-65 ans, et vit entre Sao Paulo et Paris. Nous, on s'est reconnu dans cet univers-là, et les choses étant ce qu'elles sont, et les disques se vendant de moins en moins, à cause d'Internet, des mp3, il nous semble important de présenter un objet qui soit beau, agréable, bien ficelé, et pas juste un bout de plastique.

Il ya une idée de collectif, comme chez certains groupes canadiens, par exemple ?
Non, au début on était cinq ou six, et puis le trompettiste et le violoniste sont arrivés au moment du premier album, pour faire des prises, on s'est bien entendus, mais il n'y a pas du tout d'esprit collectif, politique, militant, à la Godspeed ou A Silver Mount Zion, ça reste musical, et un brin littéraire - on est assez individualiste en fait. On fait peu de rencontres, ou d'échanges, avec d'autres groupes, ou d'autres artistes, quoique ça commence à se préciser ; par exemple on va aller jouer à Brest, où on a rencontré Fred Vidalenc, le bassiste de Noir Désir, et on a eu des demandes de composition pour les textes.

Vous vous reconnaissez un peu dans certains artistes français ?
Honnêtement, je n'en écoute pas beaucoup. Moi, je ne suis pas insensible à Brel, Ferré, Barbara, et j'ai adoré "Veuillez Rendre l'Ame" de Noir Désir - les paroles sont absolument magnifiques - mais je ne pourrais même pas te citer d'artistes actuels qui chantent en français, là, comme ça...

Murat peut-être ?
J'ai bien aimé "le Moujik et sa Femme", mais je n'ai pas suivi depuis.

Vous êtes tous basés à Paris ?
Oui - on se connaît tous depuis pas mal de temps. Arnaud et moi sommes frères, Hervé, le guitariste, est un cousin, et l'autre guitariste est un ami d'enfance. C'est marrant, parce qu'on est allé à Bourges, il y a quelques années - on avait obtenu un "Talent Scènes" en 2002 - et on discutait avec un membre d'un groupe qui jouait avant nous, et qui nous dit : "Mais votre groupe, c'est complètement marketé de toute façon, c'est connu", je le regarde en rigolant : "c'est n'importe quoi, lui c'est mon frère, là mon cousin, lui on le connaît depuis quinze ans, vingt ans..." Il prenait ça pour un truc de maison de disques, un peu à la Garbage - un truc de producteur, avec une chanteuse, et des connections... Alors que ça fait dix ans qu'on joue, on a autoproduit notre premier album parce qu'on n'avait trouvé personne pour nous signer... Mais il y a aussi des rumeurs comme quoi on avait été pistonné pour être "Talent Scène"...

Vous vous définissez davantage comme un groupe de scène ou de studio ? Le plan Iggy Pop, très live, ou plutôt Brian Wilson, quatre mois en studio sans sortir... ?
Déjà, on n'a jamais fait quatre mois, parce qu'on ne fait pas que ça, on ne vit pas de la musique, on bosse à côté... Mais on préfère la scène, de loin, parce qu'on a commencé par ça... Après, le studio, c'est très douloureux, parce qu'on ne sait jamais si c'est le point final c'est la bonne prise, si on peut arrêter... Il y a une question de temps, de fatigue, de nervosité. Après, pour le dernier album, ça s'est mieux passé, car on l'a enregistré en Belgique, hors de chez nous, on rentrait pas chez nous le soir, comme c'était le cas pour les deux premiers albums. Il y avait quelque chose d'intéressant et de plus participatif à la création du disque. En plus on a eu un ingénieur du son, Stéphane Kramer, basé en Belgique, qui a bien compris le truc, et a beaucoup apporté au niveau des arrangements, de la production.

Comment se passe l'enregistrement des morceaux, prise par prise ?
Non, sur le dernier, "Ladies First", on a fait des prises basse-guitare-batterie, éventuellement claviers ensemble, et puis après, le reste.

Quel est votre objectif, à long terme ?
Le but du jeu, c'est de continuer à faire de la musique, faire des disques, faire de la scène, et d'être contents de ce qu'on fait. On a malgré tout un regard assez critique, et il est difficile de réécouter des disques après les avoir fait. Mais la scène, c'est ce qu'il y a de plus jouissif. C'est intéressant d'écouter un morceau qu'on vient d'enregistrer, mais comme il est passé par une phase d'enregistrement, une phase de mixage, où on a réécouté 15 000 fois le morceau... C'est pas de la lassitude, pas de l'écœurement non plus, mais au bout d'un moment, c'est difficile d'écouter le morceau, parce qu'on se demande si la décision prise a été la bonne, il faut vachement de recul, ou bien ne plus écouter le morceau pendant un mois, et puis le remettre pour voir ce que ça fait. Tandis que la scène, ça se passe sur une heure, une heure et demie, c'est sympa de se retrouver, en plus, il y a une bonne ambiance dans le groupe... Il y a des moments d'attente, la balance, bien sûr, c'est assez fatigant (enfin, fatigant... on ne va pas se plaindre), mais le moment qui précède la montée sur scène, ça, c'est terrible...

Et la réaction du public est bonne ?
Elle est excellente (rires).

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