Jack the Ripper - Interview

19/07/2006, par Frédéric Antona | Interviews |
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Qui compose le public ?

C'est assez hétéroclite, en fait. Il y a toutes les tranches d'âge. Après, le public en tant que tel, c'est davantage pop-rock que rap ou techno, évidemment.

Est-ce que vous vous sentez proches d'un groupe comme les Dresden Dolls ?
En fait, je les ai vus il y a assez longtemps, lorsqu'ils étaient passés au Réservoir, à Paris, j'avais trouvé ça très audacieux, très bien... Après, sur disque, j'ai acheté leur dernier album, je n'écouterai pas ça tous les jours, car comme ils ne sont que deux, le chant est très ampoulé (ce qui est normal, il faut remplir l'espace), donc... Ceci dit, j'aime vraiment beaucoup leur univers, je trouve qu'ils font vraiment quelque chose de chouette.

Et concernant votre propre univers, est ce que vous allez, à l'avenir, rester dans cette veine-là, ou bien va-t-il y avoir de gros changements ?
Je ne pense pas qu'il y aura un changement radical. Après, ce qui se pose, c'est de partir davantage dans l'électrique, on peut le voir, d'une certaine manière, avec des morceaux comme "Going Down". Lorsqu'on répète en ce moment, et qu'on se lâche, ce sont des morceaux plutôt speed, assez électriques. A côté, on se dit que ce serait bien de faire un album très acoustique, ou un set acoustique, ou encore de faire des reprises, parce que c'est vachement enrichissant...


Vous jouez beaucoup de reprises ?
Non, on en fait une de Léonard Cohen, "Manhattan", qu'on a électrifiée, on faisait des reprises de James, ce groupe anglais qui malheureusement n'existe plus, on a aussi essayé "Porque Te Vas", qui était assez marrante à faire, mais on a laissé tomber, car on n'arrivait pas à trouver une véritable identité sur ce morceau.
Et puis, c'est pas facile, il y a toujours des questions d'ego, et je pense que si nous étions suffisamment matures, on pourrait bosser sur certains morceaux à quatre, cinq musiciens. Mais c'est toujours problématique, parce ceux qui n'y participent pas vont se sentir lésés, ce qui est normal... Mais je pense qu'on aurait beaucoup à gagner, sur un album prochain, de se séparer sur certains morceaux, et de se dire: "Cette chanson restera acoustique". A titre d'exemple, un morceau comme "Hungerstrike at the Supermarket" était censé être un instrumental, contrebasse, violon et guitare acoustique, éventuellement un peu de batterie. On la joue, et après quelques heures, une idée de chant est apparue, puis la trompette, le piano... et à la fin, tu avais le groupe (rires).

Est-ce que la démarche du groupe était, dès 95, de donner cette dimension assez arrangée de sa musique, cette esthétique ?
Oui, au départ, c'était même plus gothique. Lorsqu'on a débuté dans des salles parisiennes comme la Péniche, il y avait pas mal de gothiques qui venaient nous voir. Arnaud avait une voix beaucoup plus ampoulée, sans non plus tomber dans les extrêmes. L'arrivée d'Adrien, le violoniste nous a également éclairés sur d'autres univers, et nous a permis de nous brancher sur d'autres styles de musique, de sortir du rock. Des chansons comme "Tango" ou "Martha" sont nées à cette époque. C'est ce qui donne cette ambiance genre Kurt Weill, cabaret berlinois, et c'est vachement bien... Maintenant, ce n'est pas non plus quelque chose qui nous colle à la peau et qui nous collera à la peau tout le temps, même si ça marche bien en concert, qu'on aime bien les jouer. A présent, on peut penser à tout, à des machines, sans non plus tomber dans le truc électro-rock, mais plus de loops, de samples...

Dans le genre, il y a un morceau intrigant sur le dernier album, "Aleister"...
En fait, c'est un très vieux morceau, qui s'appelait "Breathless", et qui devait figurer sur le deuxième album. La maison de disques ne l'a pas aimé du tout, mais en même temps, c'était un morceau qui nous plaisait. Et, un jour, on l'a complètement revisité en répétition, et c'est parti dans ce style-là, avec une ligne basse-batterie, un peu à la Can, pas besoin de beaucoup de voix, des sons, des guitares, un violon, pas soliste, mais en nappes sur lequel on met des effets... Et il y avait un côté un peu "pied de nez" à la maison de disques, qui disait : "Tiens, ça nous dit quelque chose" (rires)... C'est vrai que le morceau est complètement différent de la version initiale, mais la structure, la base harmonique est la même. Et c'est un morceau que j'aime vraiment bien.

L'interview se termine par quelques mots sur les difficultés du groupe dans le déroulement de la tournée (dû à des problèmes de santé). L'excitation qui précède l'entrée en scène, l'attente... Le côté rock du show reste important à leurs yeux : "On préfère jouer dans des salles, plus rock, comme celle-là (Le Grand Mix, ndr), parce que le public est debout, plus réactif. C'est l'inconvénient lorsque tu joues dans des théâtres, des salles de ce type... On a joué au Trianon, qui est une salle magnifique, mais bon, avoir un public assis, c'est parfois dur, surtout pour Arnaud, qui aime bien être très proche du public, de faire passer l'intensité".

Nous nous quittons une heure environ avant le début du concert. Ce soir-là, la salle fut comble, réceptive... Des musiciens lettrés et originaux, c'est assez rare pour que l'on fasse le déplacement, non ?

Propos recueillis par David Dufeu et Frédéric Antona

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