James Chance - Rééditions : Buy, Off White, Paris 1980, live aux Bains Douches, Flaming Demonics, Sax Education

18/08/2004, par | Albums en bref |
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JAMES CHANCE & THE CONTORTIONS - Buy
JAMES WHITE AND THE BLACKS - Off White
JAMES CHANCE & THE CONTORTIONS - Paris 1980, live aux Bains Douches

JAMES WHITE - Flaming Demonics
(Ze/Pias)
JAMES CHANCE - Sax Education
(Tiger Style)

JAMES CHANCE & THE CONTORTIONS - BuyAccompagné de ses Contortions reformés, James Chance a donné, en mai dernier à Barcelone, l'un des concerts les plus explosifs de l'excellent festival Primavera
Ce retour scénique d'une légende du mouvement no wave, après une traversée du désert de près de vingt ans, coïncide avec la réédition de l'essentiel de sa discographie. Faisant suite à un coffret quasi exhaustif mais distribué au compte-gouttes ("Irresistible Impulse", chez Tiger Style Records), sont reparus cet été sur Ze Records, mythique label new-yorkais que son cofondateur, le Français Michel Esteban, a récemment réactivé, trois albums studio (accompagnés de précieux bonus) et un live, en luxueux digipacks.

Les deux premiers, "Buy" par James Chance & the Contortions et "Off White" par James White and the Blacks, datent de la même année, 1979. Deux disques mal embouchés, voire franchement nihilistes, grinçants et obsessivement sexuels ("Stained Sheets", "Bedroom athlete"), bref, typiquement new-yorkais. Ils marquent toutefois une évolution par rapport à la pure agression sonore de la no wave : rien ici n'est sifflable sous la douche, certes, mais des rythmiques presque funky soutiennent les stridences atonales du hipster en costard fifties et de ses complices. L'homme joue du saxo comme il chante : avec une totale absence de considération pour le beau et le bon goût. Une attitude punk dans l'âme, qui cohabite pourtant avec une authentique sensibilité musicale héritée du jazz (surtout free, mais pas seulement) et lorgnant vers le funk. James Chance sort du conservatoire, et, du regretté Robert Quine à Joe Bowie de Defunkt, la crème du New York underground se presse à ses sessions d'enregistrement.
Si "Buy" est le disque idéal pour se fâcher avec ses voisins, "Off White", enregistré avec un groupe sensiblement remanié, est en partie plus abordable. Sur la première face, l'omniprésence de percussions exotiques et d'une voix féminine (vraisemblablement celle d'Anya Philips, sa compagne de l'époque, morte d'un cancer en 1981) apporte une certaine légèreté, pas très loin parfois d'un Captain Beefheart ludique ("(Tropical) Heat Wave", d'après un standard d'Irving Berlin). La radicalité sonore reprend ses droits dans la seconde moitié du disque, une sorte de suite instrumentale plutôt éprouvante, mais assez remarquable dans sa maîtrise de la dissonance et de la saturation. On notera que d'un disque l'autre, figurent pas moins de trois versions du petit classique "Contort Yourself". La meilleure reste le remix/réécriture par August Darnell (alias Kid Creole) sur "Off White", bombe disco-punk dont les soirées parisiennes branchées ne peuvent faire l'économie. Les deux disques sont enrichis de prises live décapantes : morceaux originaux, parfois absents des albums studio, et covers décalées comme "Jailhouse Rock" (l'occasion pour James Chance de traiter son public, avec lequel il aimait se battre à l'occasion, d'idiots passéistes) ou "Don't Stop til You Get Enough" de Michael Jackson…
Morceau souvent joué sur scène et qui ouvre d'ailleurs le "Live aux Bains Douches", enregistré le 13 mai 1980 et paru la même année sur le label Invisible : l'un des nombreux albums en public de James Chance, et pas le plus mal enregistré. On y retrouve notamment deux reprises de James Brown (sans doute l'une de ses plus grandes influences), "I Got You (I Feel Good)" et "King Heroin", au milieu de morceaux aux titres évocateurs : "I Danced with a Zombie", "Put Me Back in My Cage"… Dernière des rééditions Ze, "James White's Flaming Demonics" (1983) le montre (un peu) assagi, se permettant même de revisiter le très rebattu "Caravan" de Duke Ellington. Plus clairement jazzy dans le son (beaucoup de cuivres) et la structure des morceaux, ce disque étonnant reste néanmoins plus proche de Jon Spencer que des frères Marsalis. Il vaut aussi pour ses trois brillants extra tracks, qui montrent que Chance peut être plus accessible (on pourrait presque parler de chansons ici) sans rien perdre de son tranchant.

Signalons enfin une très bonne compilation parue sur le label Tiger Style sous le titre "Sax Education", rassemblant douze titres sélectionnés par l'auteur (dont quelques extraits de "Sax Maniac", sorti en 1982 sur le label Animal et donc absent de cette salve de rééditions), ainsi qu'un concert inédit de 1981 enregistré par une radio néerlandaise, bénéficiant d'une qualité sonore remarquable. L'introduction idéale à une œuvre pas franchement grand public, un peu inégale et répétitive, mais extrêmement influente et, dans ses meilleurs moments, d'une puissance rarement atteinte.

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