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JASON EDWARDS

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Qui est "Oghulum" ?
Oghulum, c'est un fétiche un peu menaçant. Quand j'étais petit, dans mon lit, j'avais parfois du mal à m'endormir parce que j'avais l'impression qu'il y avait quelqu'un derrière la porte. Quand j'écris une chanson, les paroles et la musique m'évoquent fréquemment des états seconds.

Le nom fait penser à Gollum du Seigneur des Anneaux.
Ou aussi au Golem. Beaucoup de mes textes viennent du subconscient, je laisse aller les choses. J'ai un rapport à l'écriture pas du tout structuré, ni cartésien. Pour moi, le son des mots et l'énergie d'une phrase passent par autre chose que le sens des mots en eux-mêmes. Je suis très sensible à ça.

Tu passes beaucoup de temps sur une chanson ?
Non, c'est très rare que je mette plus d'une heure à en écrire une. De temps en temps, j'ai une partie du morceau et je me dis, il manque un truc, j'y colle alors une autre partie. Mais généralement, ça vient d'un jet.


Tes arrangements sont très beaux et surprenants avec tous ces cuivres...
J'adore le jazz. J'écoute régulièrement certains musiciens comme Charlie Mingus ou Sun Ra qui traitait aussi beaucoup des mondes parallèles, de l'espace en l'occurrence. Moi, je ne suis pas très attiré par l'espace, plus par le rêve. En fait, les arrangements ne sont pas très calculés, c'est beaucoup d'improvisation. Par exemple, les deuxièmes guitares, c'était une prise et je ne savais pas trop à l'avance ce que j'allais jouer, mais je le jouais au moment où j'écoutais la base. En fait, j'aime bien ce côté barbouillé, brouillon.

Tu as les mêmes musiciens depuis longtemps ?
On joue ensemble depuis 4 ou 5 ans. Ce sont de très bons musiciens jazz. Quoiqu'il arrive, en concert, ils retombent toujours sur leurs pattes. J'aime bien m'entourer de musiciens qui forment un contraste avec moi. C'est toujours un peu tendu, les concerts. Quand on fait la balance, la salle est vide et vu qu'on joue en acoustique, on ne sait jamais ce que ça va donner une fois le public dedans.

"Boozer" fait penser à une fanfare…
C'est un ami à moi qui avait la base des accords et à une soirée un peu arrosée, on l'a improvisé autour de l'état second que crée l'ivresse en y ajoutant les résonances de cette langue anglaise de bar, très cockney. On s'est bien marré à l'enregistrer comme ça brutalement juste le piano et plusieurs voix. Plus tard - ce morceau me hantait un peu - j'y ai collé des mélodies de saxophone. On le joue sur scène, mais pas à chaque fois.

Ce sont les états seconds qui t'intéressent ?
Oui, il y a toujours quelque chose que j'essaie de fuir. La première chanson que j'ai écrite, c'est l'histoire de quelqu'un qui fait l'autruche et plante sa tête dans le sable. La musique pour moi, c'est un refuge, une façon de tourner le dos au monde. En fait, je ne choisis pas trop cette attitude, je ne trouve pas noble de faire ça, mais il y a un désir de fuite du quotidien.

Sur ta page MySpace, tu dis aimer les musiciens avec des résonances bibliques. Lis-tu toi-même la Bible ?
Oui, à une période de ma vie, je l'ai beaucoup lue, en anglais ou en français. Je suis attiré par les mots qui brillent de quelque chose d'inexplicable et qui est plus fort que le terrestre.

Qu'est-ce que tu lis, sinon ?
Je viens juste de finir "Mangeclous" d'Albert Cohen. C'est très amusant quand il parle des petits fonctionnaires dans leur bureau. Après, c'est très burlesque, j'aime bien, je l'ai lu en plusieurs coups celui-là, un peu comme Rabelais ou des choses comme ça.

Tu lis plus d'écrivains de langue anglaise ou française ?
Cela dépend des périodes. J'ai parfois des manques d'anglais. Sinon j'aime beaucoup Barbey d'Aurevilly.

Tu as des goûts très classiques !
Très.

Cela ne te dirait pas de chanter en français ?
Pour moi, c'est difficile d'être inconscient en écrivant en français. Et j'ai besoin de cet état d'inconscience pour écrire. L'anglais me permet ça.

Tu penses en français ou en anglais ?
Je ne sais pas. Je n'ai pas l'impression de penser en mots. Je jongle beaucoup entre les deux langues.

Tu sembles avoir pas mal bourlingué…
Mes parents ont divorcé très tôt. Ma mère était quelqu'un qui ne tenait pas en place. Elle ne pouvait pas rester au même endroit plus de deux ans. Je l'ai suivi et dès que j'ai été en âge de vivre ma vie, j'avais pris l'habitude de ne pas être stable. J'ai bougé en Angleterre, en Irlande, au Canada, je vivais de petits boulots à droite à gauche. Une fois, j'ai même été déménageur, mais ça n'a pas duré longtemps parce que je n'étais pas assez baraqué. Le patron m'a viré parce que je ne portais que les lampes. Sinon, j'ai un peu volé de la nourriture aux étalages, ça dépendait de mes finances. Je me suis aussi fait éjecter de pas mal d'hôtels. En fait, en ce moment, depuis que j'ai des enfants, je suis plus stable et l'instabilité me manque. Mais je n'ai jamais arrêté de jouer de la musique. La guitare, ça a toujours été ma béquille dans la vie.

Propos recueillis par Christophe Despaux.
Photos par Julien Bourgeois.