> edito
accueil
> recherche
> daniels
fear of flying
> expérience
nous (en) sommes...
> turner cody
first light
> pollyanna
on concrete
> mgmt
oracular spectacular
> quelques...
2ème partie : the...
> deus
interview
> edwyn collins
paris, le nouveau...
> throw me the...
moonbeams
> osso exotico...
s/t
> mc homeless
trapped under an ohio...
> tahiti boy...
good children go to...
> vale poher
3 x 2
> barbara carlotti
l'idéal
> newsletter
> POPdépêches
les news fraîches
> POParchives
les autres articles
> POPinterviews
les interviews
> POPmusic
sélection de mp3
> POPshop
compilation et +
> POPoldies
les "vieilleries"
> POPscene
sélection de concerts
> POPlinks
les liens
> POPforum
discutaillons
> POPblog
blog
> POPredaction
contact & play-list
> fils RSS







> pub
maison de disque, labels, distributeurs: profitez de la publicité que peut vous apporter popnews. infos
rejoignez-nous :
myspace
last.fm
twitter
facebook
|
|
JEF
AÉROSOL
Interview un peu inhabituelle dans nos colonnes : un
peintre qui enchaîne en ce moment les expositions
en France et à l'étranger pour des pochoirs
qui sont maintenant reconnus internationalement. Le lien
avec la musique, me direz-vous ? C'est que Jean-François
Perroy, alias Jef Aérosol est, de son propre aveu,
un "enfant du rock", et que, toute son œuvre,
qu'elle soit picturale ou musicale,
porte plus ou moins directement la griffe pop. Jef Aérosol
sort un recueil de ses œuvres au pochoir, "VIP
: Very Important Pochoirs", aux éditions alternatives,
commenté par ses soins. Trois lignes et un regard
sur ses œuvres suffisent pour comprendre : l'homme
connaît ses classiques. De Donovan aux Flamin Groovies
en passant par Romy Schneider et Keith Richards, tout y
passe. Entretien à bâtons rompus par une douce
après-midi lilloise.

D'où est venue
l'idée de cette compilation de ton travail ?
Ce n'est pas
du tout une compilation en tant que telle, c'est une galerie
de portraits, et plus de la moitié ont été
faits spécialement pour le bouquin. La démarche
du livre n'a rien à voir avec un livre sur le Street
Art, ni sur ma, entre guillemets, "carrière"
; il y a assez peu de choses anciennes, et il s'agissait
de trouver une cohérence pour le bouquin et ne pas
faire un livre de plus sur les pochoirs ou le Street Art.
Étant donné que mon inspiration va chercher
dans la musique, dans le cinéma, dans la littérature,
et que je fais toujours soit des portraits en pied dans
la rue, soit souvent en gros plan sur les toiles, on a décidé,
avec Gérard Aymé des éditions Alternatives,
de faire une galerie de portraits qui parlerait à
plusieurs générations, plusieurs catégories
de gens, et qui serait un portrait des personnes qui ont
compté pour moi et pour d'autres gens. Le petit texte
en plus, c'est histoire d'indiquer que c'est un livre, dans
lequel j'écris et je peins. On aurait même
quasiment pu sortir le texte sans les images, à la
limite ! Ç'aurait peut être été
encore plus illisible que ça ne l'est déjà
(rires), comme je passe de l'anglais au français
et qu'il y a beaucoup de name-dropping. Bref, on peut dire
que c'est une sorte de journal de souvenirs que les photos
de mes peintures illustrent (ou le contraire) ! (rires !)
Est-ce que ce "journal
de souvenirs", tel que tu le qualifies, peut être
assimilé à ce que l'on nomme la "culture
rock" ?
Je n'aime pas beaucoup
le terme de "culture rock", je t'avoue très
franchement, parce que dans mon bouquin, si tu prends Moustaki,
Lino Ventura, Gandhi ou Lech Walesa, on ne peut pas les
assimiler à une "culture rock". "Culture
Pop", à la limite, si l'on s'en tient à
l'étymologie du terme "pop". Ce qui est
vrai, c'est que ma génération est née
en même temps que le rock. Je suis né en 1957,
en même temps que le rock, il est difficile de faire
l'impasse. Maintenant, il y a des personnes de ma génération
pour qui le rock ne signifie rien. Bien entendu, comme je
suis en quelque sorte un "enfant du rock", pour
citer (Philippe) Manœuvre, ça apparaît
dans le bouquin, mais il n'y a pas que ça. J'ai voulu
être le plus honnête possible. J'ai effectivement
écouté Yves Simon, Le Forestier, Dick Annegarn
et Moustaki. De la même manière, dans le cinéma,
j'aime bien les contre-cultures, mais j'aime aussi Serrault
ou Romy Schneider. J'adhère bien sûr à
des images, à des esthétiques, mais j'ai aussi
évité d'avoir trop d'œillères.
Cela fait 25 ans
que tu pratiques la peinture au pochoir, comment est venue
cette envie d'utiliser cette technique artistique ?
La première
fois que j'ai vu des pochoirs, c'était environ 5
ans avant que j'en fasse moi-même. J'ai vu le groupe
Clash en 1977, qui avait des pochoirs sur leurs blousons
et sur leurs chemises, c'était principalement des
lettres et des chiffres, des choses un peu industrielles,
il y avait aussi le fameux "I'm a prostitute".
Ce côté "lettrage industriel" m'intéressait,
il y avait aussi un petit logo anti-nucléaire, c'était
pas grand-chose, mais ça m'avait vraiment marqué,
et puis, le pochoir, c'est vieux comme le monde, on en trouve
déjà dans certaines images pop, chez Rauschenberg,
chez Jasper Jones, chez les pop artistes américains.
Il y a une artiste belge, qui est considérée
comme LA pop-artiste belge, Evelyne Axel, qui est morte
très tôt, et qui pratiquait quelque chose qui
était très proche du pochoir. Ce jeu d'opposition
blanc / noir m'intéressait déjà, on
le trouvait déjà chez Warhol, dans ses sérigraphies,
c'était présent aussi dans l'Op-Art, l'art
cinétique. C'était enfin très relayé
par les pochettes de disques, les posters, les affiches
dans les sixties. Cette idée m'intéressait,
c'est ce que j'appelais les "photo-graphismes".
Le fait que je m'y mette moi-même, ce sont les aléas
de la vie, j'ai dû quitter ma ville natale, Nantes,
où j'avais déjà fait quelques expos,
à base de bidouillages, de photocopies et de peintures.
Arrivé à Tours, je voulais continuer à
faire ce que je voulais, travailler pour des groupes de
rock, faire des maquettes de pochette de disques, des affiches.
Je voulais trouver un moyen pour me faire connaître
: comme on était au début des années
80, il fallait aller vite, je collectionnais à l'époque
des photomatons, et l'idée d'un autoportrait découpé
au pochoir et balancé sur les rues de la ville m'est
venue en une nuit, comme ça. Je n'avais pas encore
mon pseudo, je signais Jef, et des mots se succédaient,
"cliché", "image", "aérosol"
et au bout de quelques semaines, "Jef" et "Aérosol"
se sont trouvés côte à côte, et
je me suis dit, "ça y est, j'ai trouvé
mon nom".

On dit souvent que
les actions en disent plus sur les personnes que les personnes
n'en ont elles-mêmes conscience. Comment analysais-tu
ta démarche ? Un Art de la Rue, un côté
post-société industrielle ?
Pour être tout
à fait honnête, à cette époque,
je conceptualisais relativement peu sur tout ça.
On était en 1982, on était encore en pleine
effervescence post-punk. Au début des années
80, on était tous des jeunes gens modernes ! (sourire)
Tout ça a été très vite. Le
punk, c'est 76-77. 78, c'était déjà
quasi fini, naissait déjà une sorte de new
wave qui renaissait des cendres du pub-rock, un mélange
de pop, de punk, de pub-rock. Un an plus tard, on a eu cette
espèce de revival ska, avec Madness, les Specials.
Et puis en 80, on est arrivé à un moment où
il fallait absolument être moderne, futuriste, une
fuite des sixties et des seventies vers l'an 2000, il fallait
avoir l'air différent. Ça puisait vachement
dans les looks des années 60, les Stray Cats ont
déboulé, il y avait une sorte de gros mélange.
D'un seul coup, il fallait être moderne, c'était
plastique, c'était skaï et latex, les musiques
devaient être froides, les synthés commençaient
à être maîtrisés, des groupes
comme les Young Marble Giants, Kraftwerk, The Cure, qui
lançaient une imagerie un peu cold wave, le tout
donnant un caractère un peu industriel. Mais le punk
avait déjà joué avec ça. Bazooka,
qui m'a beaucoup influencé, avait déjà
utilisé les déchirures, les collages, le scotch
visible, le carton ondulé et découpé.
Dans les années 60, les affichistes psychédéliques
comme Rick Griffin, étaient, finalement, assez classiques
dans leur appréhension des choses, c'était
très coloré bien sûr, mais aussi très
influencé par l'art nouveau, l'Art Déco, Mucha,
Klimt et compagnie. Il y a eu une rupture très nette
à l'époque du punk, et l'action l'emportait
sur la réflexion.
[suite]
|