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JEF
AÉROSOL
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précédente]
Passons vers un autre
pan de ton activité artistique : la musique. Tu as
fait partie de nombreux groupes, tu restes actif au niveau
musical en participant à de nombreux projets. Comment
est née la passion et à quel moment le passage
à l'acte s'est-il opéré ?
Ça tient d'abord
au fait qu'on a été la première génération
pour laquelle il y a eu une rupture nette entre le look,
les préoccupations, la musique de nos parents. Aujourd'hui,
c'est différent, j'ai un fils de 18 ans, on écoute
en gros les mêmes musiques, je dis bien "en gros",
je ne suis pas choqué par ce qu'il écoute
et il ne refuse pas en bloc ce que j'écoute. A l'époque,
on était très loin de ça, à
l'exception d'une élite, peut être, de la génération
de mes parents, qui avaient été sensibles
aux beatniks, à Kerouac, au jazz, mais c'était
très parisien. Quand on était en province,
qu'on bossait et qu'on n'était pas culturellement
à la pointe, on ne connaissait pas du tout ça.
A la TSF, on entendait vaguement quelques trucs, mais les
parents ignoraient absolument tout de ces musiques qui venaient
d'outre-manche et d'outre-Atlantique. J'ai eu ma première
guitare à 12 ans pendant des vacances familiales
en Espagne. Un ami à moi était venu en vacances
avec nous et jouait déjà de la guitare, du
flamenco, des choses comme ça. Mes parents voulaient
absolument que je prenne des cours de guitare classique,
ce qui ne m'intéressait absolument pas, mais j'ai
bidouillé et j'ai réussi à apprendre
les trois accords pour "La poupée qui fait non"
de Polnareff, "Blowin' in the Wind" de Dylan et
"Colours" de Donovan. Avec mon premier groupe,
vers 72, on reprenait pas mal de folk, j'ai toujours bien
aimé le folk traditionnel, on faisait de la musique
cajun, un peu de bluegrass...

D'où vient
cette passion pour la musique folk traditionnelle ? Donovan,
les premiers Tyrannosaurus Rex ?
Il y avait déjà
un aspect pratique. Pour moi, c'était très
difficile d'avoir une guitare électrique, j'avais
pas l'argent, et puis ça faisait du bruit, à
la maison ç'aurait été la croix et
la bannière, donc je suis resté sur l'acoustique.
Et puis j'adorais Neil Young, j'étais complètement
fondu de son look, son allure, les harmonies de Crosby,
Stills & Nash, celles des Byrds, j'adorais ça…
Dylan, bien sûr, j'étais estomaqué par
cette voix, l'harmonica, son look, que mes parents détestaient.
Tous ces gars-là avaient un truc dont je me sentais
vraiment proche. Et puis, de là, très vite,
si on écoute un peu de folk, on écoute un
peu de country et de bluegrass, on apprend que les racines
du bluegrass viennent d'Irlande, de la musique appalachienne…
En plus, étant à Nantes, j'étais confronté
à Alan Stivell, aux racines bretonnes, tous ces sons
particuliers. J'aimais bien le banjo, la mandoline, le fiddle,
mais jamais avec de la paille dans les sabots, j'étais
entre les deux, entre les Kinks et Alan Stivell, entre les
Stooges et la musique traditionnelle irlandaise !
L'aventure Open Road
(groupe de Jef Aérosol et François Borne,
qui publia deux albums entre 1994 et 1999, "Morrigan's
Dream" et "Peregrinations", ndr) a duré
un peu plus de cinq ans, comment le groupe s'est-il formé ?
En fait, à
l'origine, je faisais partie du groupe les Windcatchers.
On a fait des démos, mais on n'a jamais sorti de
CD ou de vinyle officiel, c'était du rock avec une
dimension acoustique. On s'est séparés, comme
beaucoup de groupes le font, et je suis resté pendant
un an sans jouer avec d'autres personnes, je suis revenu
à mes racines folk, je jouais de la mandoline, du
banjo. Au cours d'une soirée de soutien à
la radio RCV, je jouais tout seul au bar des vieux trucs
de Doc Watson, de Jimmy Reed, et François Borne,
qui était sur scène une demi-heure plus tôt
avec son groupe Sister Friction- une musique du genre Nine
Inch Nails, très violente- vient me trouver, me dit
qu'il adore ce que je joue, et que lui-même a toujours
aimé le folk, qu'il joue à l'occasion du dulcimer
avec La cour des miracles. Et on a découvert que
notre disque de chevet commun était "Open Road"
de Donovan. On s'est dit alors que si un jour on devait
monter un groupe ensemble, on s'appellerait Open Road. Il
a fallu six mois, un an avant qu'il ne me passe un coup
de fil, on a commencé à répéter
le lendemain et un mois plus tard on jouait en public ensemble,
sous le nom d' Open Road.
Et avec Distant Shores,
tu es parti dans une optique encore plus puriste ?
Dans Open Road, on
était dans une sorte de pop acoustique, on appelait
ça le "patchouli pop", qui était
directement hérité de l'Incredible String
Band, de trucs comme ça. C'était un truc vraiment
pop, même s'il y avait des influences celtisantes,
on jouait sur scène avec des candélabres,
un côté un peu Tyrannosaurus Rex, Nick Drake,
Donovan. Il y avait environ 95 % de compositions personnelles.
Distant Shores, qui est né en 1998, c'est de la musique
traditionnelle irlandaise pure et dure, avec du violon,
du banjo, de la mandoline. Je ne chante pas, je ne joue
pas de guitare. Pour l'instant, le groupe est un peu en
stand-by, on est chacun très pris par d'autres projets,
moi-même je suis très pris en ce moment par
la peinture.
Tu as participé
au Tribute à Nikki Sudden ?
Ce sont des Espagnols
qui sont à l'initiative de ça, un label très
underground (Sunthunder Records, ndr), pas distribué,
mais fait par des passionnés, qui étaient
fans de Nikki, et qui ont eu l'idée de faire un hommage.
Ils m'ont contacté, et j'ai senti qu'il y avait pas
mal de musiciens dont ils n'avaient pas le contact, ou qu'ils
ne connaissaient pas. Ils ne connaissaient pas Johan Asherton,
ils connaissaient Elliott Murphy mais sans plus, ils n'avaient
pas pensé à contacter Jeremy Gluck des Barracudas.
Donc je leur ai passé quelques contacts et la liste
définitive des participants s'est faite très
rapidement. Ils m'ont demandé de faire la pochette,
que j'ai faite avec grand plaisir, et je fais également
une chanson ("Road of Broken Dreams", ndr) avec
Mike Varlet, un vieux copain.
Question beaucoup
plus personnelle pour terminer : tu as un grand nombre d'activités
artistiques, mais tu as un boulot fixe à côté,
tu as des enfants… Tu arrives à concilier tout
ça comme tu le souhaites ?
Ce n'est pas forcément comme je le veux, c'est pas
facile. Mais comme je suis assez passionné, j'ai
tendance à refuser d'abandonner les choses que j'aime
et j'ai du mal à ne les faire qu'à moitié.
Il y a un travail de gestion du temps et de l'énergie
qui n'est pas toujours facile, ce qui explique que la musique
est en ce moment un peu en arrière ; à l'époque
Open Road, elle était en avant et je peignais moins,
c'est par cycle. En ce qui concerne le boulot et la vie
de famille, je me suis longtemps posé la question
du choix entre la vie professionnelle et la vie artistique,
mais le fait d'avoir la responsabilité d'une famille,
d'acheter une maison, m'a amené à ne pas prendre
de risques débiles, en ne pensant qu'à moi.
Mais l'avantage de mon travail est qu'il me permet, à
côté, de continuer à faire ces activités
artistiques en parallèle. Mais
l'avantage de mon travail (désormais à temps
partiel) est qu'il me permet de mener de front mes activités
artistiques et un "day job". C'est assez important
d'avoir cette vie de famille et cette vie sociale pour garder
les pieds sur terre, se lever le matin, être confronté
à la vraie vie, et ne pas s'enfermer dans des sphères
artistiques et musicales qui te coupent complètement
du reste du monde...
Propos recueillis par Frédéric Antona
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Disque "Suddenly
Yours : A Tribute to Nikki Sudden" (Sunthunder
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