Jeffrey Lewis & the Junkyard - Em Are I

12/05/2009, par Jean-Charles Dufeu | Albums |
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JEFFREY LEWIS & THE JUNKYARD - Em Are I
(Rough Trade / Beggars) [site] - acheter ce disque

JEFFREY LEWIS & THE JUNKYARD - Em Are I Comme tous les gens doués, Jeffrey Lewis a un potentiel certain pour gâcher son talent. Dans la position où il s'est mis, c'est d'ailleurs un écueil bien difficile à éviter. Huit ans après le premier album des Moldy Peaches, notre troubadour new-yorkais est certainement le dernier bastion, du moins le plus populaire, de ce mouvement aux contours vagues qu'est l'anti-folk. Jouer dans un genre qui mise autant sur la spontanéité brute, préfère l'approximation au perfectionnisme et fait de l'auto-dénigrement un ressort esthétique parmi d'autres, c'est jouer constamment sur le fil du rasoir. Et risquer une chute qui coupe un peu les jambes. Pour les auditeurs, c'est alors simplement un compte à rebours : combien d'albums faudra-t-il pour que la fraîcheur initiale de la formule se mue en une petite mécanique qui tourne sur elle-même ? Pour certains, un seul suffit. D'autres éprouveront sans doute toujours le même enthousiasme au cinquantième album. Pour moi, c'est précisément ce disque-ci qui me fera basculer dans le rang des "anciens fans de" Jeffrey Lewis. Est-il moins bon pour autant que "It's the Ones Who've Cracked That the Light Shines Through", que je considérais en 2003 tout bonnement comme un petit chef-d'oeuvre ? Impossible à affirmer avec certitude. Même si la tentation est grande de rejeter toute la faute sur les chansons elles-mêmes. Certes, l'entrée en matière ici ressemble à une éructation à peine dégrossie d'un groupe de campus américain. Certes, Jeffrey Lewis, lui aussi, vieillit et on le devine moins convaincu par certains morceaux, qui sentent un peu l'usure et le réchauffé ("It's not Impossible", "Whistle Past The Graveyard"). Certes, ces charmantes petites ritournelles faussement naïves qui parsemaient avec bonheur les précédents albums se comptent ici sur le moignon d'un manchot ("Roll Bus Roll"). Certes, il est tentant d'entendre cet album avec une oreille moins tendre que les précédents : plus accessible, oui, plus facile aussi, dans les bon et mauvais sens du terme. Même si les qualités de conteur de Jeffrey sont toujours là, même si la touche de Jack (le frère) est toujours bienvenue sur le velvetien "The Upside-Down Cross", morceau aventuresque et disloqué, peut-être le plus intéressant musicalement parlant, même si... Même si le disque regorgeait réellement de mille qualités, on se surprendrait peut-être à penser qu'on a passé l'âge, qu'on est trop vieux pour ça, qu'on doit être hors saison, comme dirait Francis Cabrel. Huit ans entre le premier album des Moldy Peaches et "Em are I" aujourd'hui : huit ans, c'est un temps qui suffit à certains pour traverser d'un bout à l'autre l'adolescence. Mais quelque chose me laisse à penser que Jeffrey Lewis ne fait pas partie de ces gens.

Jean-Charles Dufeu

Slogans
Roll Bus Roll
If Life Exists (?)
Broken Broken Broken Heart
Whistle Past the Graveyard
To Be Objectified
The Upside-Down Cross
Bugs & Flowers
Good Old Pig, Gone to Avalon
It's Not Impossible
Mini-Theme: Moocher From the Futur

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