Jens Lekman - Interview

08/03/2006, par Guillaume Sautereau | Interviews |
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Comment écris-tu une chanson comme "Black Cab" par exemple ? Est-ce que tu pars du sample de Left Banke ou bien est-ce que tu l'ajoutes ensuite ?

En fait, j'ai enregistré la chanson d'abord, avec la batterie, la basse et la guitare. Ensuite, j'étais en train de la remixer quand j'ai entendu ce sample et je me suis dit que ça collerait.

Une chanson comme "Maple Leaves" m'évoque la technique de collage des Avalanches, appliquée à des chansons.
Oui, cette chanson est un pompage de "Since I Left You". J'ai utilisé un sample qu'ils avaient utilisé, "By the Time I Get to Phoenix", par je ne sais plus qui.

Cet album t'a beaucoup impressionné ?
Oui, il m'a sauvé la vie. Beaucoup de gens ne l'ont pas compris. Je pense qu'ici, en France, il se peut que les gens l'aient compris. En Suède, les gens l'ont adoré. Mais dès que je vais aux Etats-Unis et que je signale que j'aime beaucoup les Avalanches, les gens me répondent que c'est un album de comédie, un album que tu écoutes pour rire. D'une certaine façon, ça en est un, "Frontier Psychiatrist", c'est très drôle. Mais ils ont mis tellement d'âme dans ce disque. C'est comme une symphonie au paradis, ça me fait pleurer.

Est-ce qu'on peut considérer le choix des samples sur tes disques comme un hommage à des groupes qui sont tous un peu obscurs, comme Beat Happening, les Television Personalities ou the Left Banke ?
Non, pour être honnête et sur une chanson comme "Maple Leaves", il y a probablement plus d'une centaine de samples - je ne vais pas les citer sinon les gens de ma maison de disques vont faire dans leur culotte. Les samples pour lesquels on a eu l'autorisation ou qui sont évidents, ce sont ceux de groupes comme les TVP's ou Beat Happening, des groupes pour lesquels nous avons pu avoir l'autorisation d'utiliser les samples sans avoir à payer deux millions de dollars, juste en payant des royalties. Il y a beaucoup de samples pour lesquels c'est exactement le contraire... Je pense qu'il y en a un de Mariah Carey...

C'est plutôt original de sampler des voix, de prendre une phrase et de l'utiliser dans sa propre chanson.
Oui, j'écoutais cette chanson de Beat Happening, et j'entendais des accords. J'ai commencé à jouer de la guitare en l'écoutant, et je me suis dit qu'il fallait que j'en fasse quelque chose.

Ton site web a une apparence très simple...
Yeah...

Et c'est fait exprès...
Yeah...

Il y a une section dans laquelle tu publies ton journal depuis assez longtemps. Est-ce qu'il t'arrive d'en relire les vieilles entrées ?
Non, pas vraiment. Je pense que je me souviens de tout ce que j'y ai écrit.

Tu ne regrettes rien de ce que tu as écrit ?
Non, je regrette plutôt ce que j'ai fait. Par exemple, je regrette d'avoir accepté d'être sélectionné pour les Grammy Awards, parce que je pensais que je gagnerais le Grammy du meilleur parolier. Je regrette de ne pas avoir dit non, parce que je déteste les Grammies et que les gens qui en font la promotion en Suède font partie de l'organisation qui lutte contre le piratage de la musique et veulent rendre le partage de fichiers totalement illégal, pour faire revenir les choses à ce qu'elles étaient il y a dix ans, pour que les majors puissent gagner leur argent comme elles le faisaient auparavant. Ils luttent pour le copyright, contre le droit de sampler. Je n'aurais vraiment pas dû accepter. Mais je l'ai fait.

Tu mets beaucoup de MP3 de tes morceaux en ligne, tu leur dois une partie de ta popularité. Tu es un militant du partage de fichiers ?
Je n'ai pas un avis tranché sur la question. Je ne dis pas que le partage de fichiers est définitivement une bonne chose. Je pense que je n'y serai jamais totalement opposé parce que je ne serais pas ici sans cela, non seulement parce que les gens ont découvert ma musique grâce au partage de fichiers, mais aussi car je n'aurais jamais commencé à écouter réellement de la musique sans le partage de fichiers. Il y a dix ans, j'avais peut-être 20 ou 30 disques, je n'avais pas les moyens d'en acheter plus. Je ne pourrai jamais être contre le partage de fichiers musicaux. En même temps, je suis fatigué par le fait que les gens attendent d'un musicien indé comme moi qu'il joue gratuitement. "Oh, tu aimes jouer, pourquoi ne viens-tu pas jouer gratuitement pour nous ?". Je hais cette idée selon laquelle je devrais jouer gratuitement, ou ne pas gagner d'argent. Je n'ai rien contre le fait de gagner de l'argent. J'aime ça !

En offrant des morceaux en MP3, tu donnes envie aux gens d'acheter tes disques...
Oui !

Il y a beaucoup de choses relativement intimes sur ton site web. Tu y parles par exemple de ton envie d'arrêter de faire de la musique. C'est assez inhabituel...
C'est un fil rouge qui parcourt ma musique. Je ne vois pas vraiment de différence entre l'art et la vie. C'est un problème, parfois. Parfois, quand des choses m'arrivent, je me demande si je ne pourrais pas en faire une chanson. C'est un problème pour moi. D'un autre côté, c'est l'objet de ma musique. C'est aussi une des raisons pour lesquelles je fais des éditions limitées en CDR de mes disques, je veux rester en contact avec les gens qui achètent mes disques. Les quelques fois où j'ai joué dans des festivals, ça m'a fait vraiment peur, ces milliers de personnes. Quand tu es sur scène, tu ne distingues aucun visage, tu ne vois qu'une sorte d'océan, mouvant. Cela me terrifie. J'ai besoin de partager ma vie avec des gens que je connais.

Mais quand tu racontes ta vie sur ton site web, tu ne connais pas vraiment les gens qui te lisent...
Il y a des choses que je n'écris pas sur mon site web. Les choses que j'écris, j'éprouve le besoin de les partager. C'est comme un journal intime, plus qu'une simple annonce du disque suivant.

Même tes chansons parlent de vie, sur ton site, tu expliques souvent les origines des paroles... tes chansons sont un peu des extraits de ton journal intime...
Oui, effectivement. Je pense que j'en tire quelque chose... C'est important pour moi de communiquer avec les gens qui écoutent ma musique. Parfois, quand je raconte quelque chose de triste sur mon site, il arrive que je reçoive des roses.

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