Jens Lekman - Interview

08/03/2006, par Guillaume Sautereau | Interviews |
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Tu as beaucoup de fans, qui sont beaucoup plus actifs que n'importe quelle maison de disques pour faire ta promotion... 

Oui, c'est nouveau. C'est sans doute la meilleure façon de faire. Quelqu'un te dit "tu devrais écouter ça", c'est plus efficace que si tu l'avais lu dans un magazine, à côté d'une publicité pour Coca-Cola.

La musique doit avoir changé ta vie alors. Il y a cinq ans, tu enregistrais tout seul dans ta chambre, maintenant tu voyages, tu te prépares à partir au Japon, tu as partagé la scène avec des artistes que tu admirais...
Oui, je suis d'accord. J'adore voyager maintenant, alors que je n'aimais pas trop cela, avant. Je suis devenu plus sociable. Je ne suis pas très causant ces jours-ci, je suis plutôt calme, mais je suis quand même très différent de ce que j'étais avant. Si tout cela n'était pas arrivé, je vivrais sans doute la même vie qu'avant, dont j'étais très heureux d'une certaine façon, mais qui était très étouffante d'une autre.

Tu n'es pas très à l'aise avec le fait d'être célèbre ?
Non, mais je ne suis pas si célèbre. Je veux rester aussi célèbre que je le suis maintenant. Cela me ferait peur de l'être plus. J'ai vraiment cette obsession de connaître tous les gens qui achètent mes disques. Quand j'ai commencé, j'avais l'idée de vendre mes disques à partir de chez moi. Pour acheter mon disque, il aurait fallu venir frapper à ma porte : "salut, comment tu t'appelles ? Voici mon disque...".

Sur ton blog, tu démystifies pas mal l'idée d'artiste, par exemple quand tu dis que tu cherches une maison...
Oui, mais je suis vraiment à la recherche d'une maison. J'ai une maison, mais je la déteste.

Tu penses quitter la Suède ?
J'y pensais. Les seuls endroits que j'ai trouvés pour le moment, ce sont Melbourne et San Francisco, mais c'est vraiment trop loin. Je ne veux pas trop me couper de mes vieux amis à Göteborg. Bon, maintenant que j'y pense, je n'ai pas vraiment d'amis là-bas.

Tu pourrais t'installer à Paris ?
Oui, oui. Mais je ne connais pas du tout la ville.

Tu as annoncé sur ton site web que tu arrêtais la musique. Quand j'ai lu ça, j'étais très triste, j'ai pleuré. Et puis tu as changé d'avis. Qu'est-ce qui s'est passé ?
J'ai eu un travail. J'ai travaillé dans un "bingo hall" (une sorte de casino où l'on joue au bingo). J'y ai travaillé pendant deux jours. J'ai réalisé que je ne pouvais pas faire ça. Au bout du deuxième jour, je me suis enfui. La veille du jour de l'an, je me suis senti très optimiste et très inspiré, tout d'un coup. Je pense que c'est l'effet du "bingo hall" ! Il fallait que je me mette dans la situation concrète d'arrêter de faire de la musique pour que je réalise que je ne le pouvais pas. J'avais essayé de faire des pauses avant, mais il y avait toujours une sollicitation, aller jouer en Grèce, en Australie... Des propositions impossibles à refuser. Je n'avais jamais réussi à faire un vrai break. Il fallait que je me dise que j'arrêtais. Et je pensais vraiment que je le ferais, en fait.

Tu as même vendu tes instruments ?
Oui, mais c'étaient de vieux instruments. La plupart d'entre eux, je les ai vendus à des vieux collectionneurs allemands, et ça m'a procuré assez d'argent pour aller passer du temps à San Francisco.

Il semble que tu as une très grande culture musicale. Sur ton site web, tu cites tes cinq chansons préférées du moment, et ce sont souvent des chansons obscures, ou des chansons qui ont été connues mais qui ne le sont plus. Tu aimes dénicher ce genre de "pépites" ?
J'écoute aussi ce que tout le monde écoute, mais je ne vois pas l'intérêt de suggérer des choses que tout le monde connaît déjà. Donc j'essaie d'écrire à propos de chansons dont je sais qu'elles sont peu connues. Cela rejoint les raisons pour lesquelles j'ai écrit "At the Department of Forgotten Songs". J'ai peur que mes propres chansons soient oubliées et finissent dans un présentoir en soldes dans un magasin : dix disques pour un dollar ! J'aime mes chansons, elles sont comme mes enfants.

Tes chansons sont très fortes. Depuis que je les connais, j'ai écouté plein de trucs, plein de groupes à la mode qui sont sortis depuis, mais je peux toujours les écouter avec plaisir, et ce n'est pas le cas de tous les autres, loin de là. Ce sont des classiques.
J'essaie d'écrire des chansons. Pitchfork me posait des questions sur mon prochain disque dernièrement, ils me demandaient "comment sonnera-t-il ? est-ce que tu as un nouveau son ?". Je ne suis pas vraiment intéressé par le fait d'avoir un nouveau son, je suis juste intéressé par le fait d'écrire de nouvelles chansons. Et je pense que ça paie.

Il y a beaucoup de gens qui aiment tes chansons, et particulièrement des filles... (rires) Ta musique est-elle destinée aux filles ?
Il y a réellement une part féminine dans les chansons... Mais aux concerts, d'ordinaire, il y a beaucoup de garçons. Je viens juste de jouer en Angleterre. Tous les gens qui sont venus à mes concerts étaient plutôt du genre grand mec, footballeur, (prend une grosse voix grave) "Oui, j'aime vraiment beaucoup tes chansons, Jens...". Mais il y a pas mal de filles qui aiment mes chansons. J'aime ça (rires).

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