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JENS LEKMAN
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précédente]
Comment écris-tu une chanson comme "Black Cab" par
exemple ? Est-ce que tu pars
du sample de Left Banke ou bien
est-ce que tu l'ajoutes
ensuite ?
En fait, j'ai enregistré la chanson d'abord, avec la
batterie, la basse et la guitare. Ensuite, j'étais en
train de la remixer quand j'ai entendu ce sample et je me suis
dit que ça collerait. Une
chanson comme "Maple Leaves" m'évoque
la technique de collage des Avalanches, appliquée à des
chansons.
Oui, cette chanson est un pompage
de "Since I Left You". J'ai utilisé un sample
qu'ils avaient utilisé, "By the Time I Get to Phoenix",
par je ne sais plus qui.
Cet
album t'a beaucoup impressionné ?
Oui, il m'a sauvé la vie. Beaucoup de gens ne l'ont
pas compris. Je pense qu'ici, en France, il se peut que les
gens
l'aient compris. En Suède, les gens l'ont adoré.
Mais dès que je vais aux Etats-Unis et que je signale
que j'aime beaucoup les Avalanches,
les gens me répondent
que c'est un album de comédie, un album que tu écoutes
pour rire. D'une certaine façon, ça en est un, "Frontier
Psychiatrist", c'est très drôle. Mais ils
ont mis tellement d'âme dans ce disque. C'est comme une
symphonie au paradis, ça me fait pleurer.
Est-ce
qu'on peut considérer le choix des samples sur
tes disques comme un hommage à des groupes qui sont tous
un peu obscurs, comme Beat
Happening, les Television Personalities
ou the Left Banke ?
Non, pour être honnête et sur une chanson comme "Maple
Leaves", il y a probablement plus d'une centaine de samples
- je ne vais pas les citer
sinon les gens de ma maison
de disques vont faire dans
leur culotte. Les samples pour
lesquels on a eu l'autorisation
ou qui sont évidents,
ce sont ceux de groupes comme
les TVP's ou Beat Happening,
des groupes pour lesquels nous
avons pu avoir l'autorisation
d'utiliser les samples sans
avoir à payer deux millions
de dollars, juste en payant
des royalties. Il y a beaucoup
de samples pour lesquels c'est
exactement le contraire...
Je pense qu'il y en a un de
Mariah Carey...
C'est
plutôt
original de sampler des voix,
de prendre une phrase et
de l'utiliser dans sa propre chanson.
Oui, j'écoutais cette chanson de Beat Happening, et j'entendais
des accords. J'ai commencé à jouer de la guitare
en l'écoutant, et je me suis dit qu'il fallait que j'en
fasse quelque chose.
Ton
site web a une apparence
très simple...
Yeah...
Et
c'est fait exprès...
Yeah...
Il
y a une section dans laquelle
tu publies ton journal depuis assez
longtemps. Est-ce qu'il t'arrive
d'en relire les vieilles
entrées ?
Non, pas vraiment. Je pense
que je me souviens de tout
ce que j'y ai écrit.
Tu
ne regrettes rien de ce que
tu as écrit ?
Non, je regrette plutôt ce que j'ai fait. Par exemple,
je regrette d'avoir accepté d'être sélectionné pour
les Grammy Awards, parce que je pensais que je gagnerais le
Grammy du meilleur parolier. Je regrette de ne pas avoir dit
non, parce que je déteste les Grammies et que les gens
qui en font la promotion en Suède font partie de l'organisation
qui lutte contre le piratage de la musique et veulent rendre
le partage de fichiers totalement illégal, pour faire
revenir les choses à ce qu'elles étaient il y
a dix ans, pour que les majors puissent gagner leur argent comme
elles le faisaient auparavant. Ils luttent pour le copyright,
contre le droit de sampler. Je n'aurais vraiment pas dû accepter.
Mais je l'ai fait.
Tu
mets beaucoup de MP3 de tes
morceaux en ligne, tu leur dois une
partie de ta popularité. Tu es un militant du partage
de fichiers ?
Je n'ai pas un avis tranché sur la question. Je ne dis
pas que le partage de fichiers
est définitivement une
bonne chose. Je pense que je
n'y serai jamais totalement
opposé parce
que je ne serais pas ici sans
cela, non seulement parce que
les gens ont découvert
ma musique grâce au partage
de fichiers, mais aussi car
je n'aurais jamais commencé à écouter
réellement de la musique sans le partage de fichiers.
Il y a dix ans, j'avais peut-être 20 ou 30 disques, je
n'avais pas les moyens d'en
acheter plus. Je ne pourrai
jamais être
contre le partage de fichiers
musicaux. En même temps,
je suis fatigué par le fait que les gens attendent d'un
musicien indé comme moi qu'il joue gratuitement. "Oh,
tu aimes jouer, pourquoi ne
viens-tu pas jouer gratuitement
pour nous ?". Je hais cette
idée selon laquelle
je devrais jouer gratuitement,
ou ne pas gagner d'argent.
Je n'ai rien contre le fait
de gagner de l'argent. J'aime ça
!
En offrant des morceaux en MP3, tu donnes envie aux gens d'acheter
tes disques...
Oui !
Il
y a beaucoup de choses relativement
intimes sur ton site web. Tu y parles
par exemple de ton envie
d'arrêter de
faire de la musique. C'est
assez inhabituel...
C'est un fil rouge qui parcourt
ma musique. Je ne vois pas
vraiment de différence entre
l'art et la vie. C'est un problème, parfois. Parfois,
quand des choses m'arrivent,
je me demande si je ne pourrais
pas en faire une chanson. C'est un problème pour moi.
D'un autre côté, c'est l'objet de ma musique. C'est
aussi une des raisons pour
lesquelles je fais des éditions
limitées en CDR de mes disques, je veux rester en contact
avec les gens qui achètent mes disques. Les quelques
fois où j'ai joué dans des festivals, ça
m'a fait vraiment peur, ces
milliers de personnes. Quand
tu es sur scène, tu ne distingues
aucun visage, tu ne vois qu'une
sorte d'océan, mouvant.
Cela me terrifie. J'ai besoin
de partager ma vie avec des gens que je connais.
Mais quand tu racontes ta vie sur ton site web, tu ne connais
pas vraiment les gens qui te lisent...
Il y a des choses que je n'écris pas sur mon site web.
Les choses que j'écris, j'éprouve le besoin de
les partager. C'est comme un
journal intime, plus qu'une
simple annonce du disque suivant.
Même
tes chansons parlent de vie,
sur ton site, tu expliques
souvent les origines des paroles... tes chansons sont un
peu
des extraits de ton journal
intime...
Oui, effectivement. Je pense
que j'en tire quelque chose...
C'est important pour moi de
communiquer avec les gens qui écoutent ma musique. Parfois, quand
je raconte quelque chose de triste sur mon site, il arrive que
je reçoive des roses.
[suite]
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