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JENS LEKMAN
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Tu as beaucoup de fans, qui sont beaucoup plus actifs que n'importe
quelle maison de disques pour faire ta promotion...
Oui, c'est nouveau. C'est sans
doute la meilleure façon de faire. Quelqu'un te dit "tu
devrais écouter ça", c'est plus efficace
que si tu l'avais lu dans un
magazine, à côté d'une
publicité pour Coca-Cola.
La
musique doit avoir changé ta vie alors. Il y a cinq
ans, tu enregistrais tout seul dans ta chambre, maintenant tu
voyages, tu te prépares à partir au Japon, tu
as partagé la scène avec des artistes que tu admirais...
Oui, je suis d'accord. J'adore
voyager maintenant, alors que
je n'aimais pas trop cela, avant. Je suis devenu plus sociable.
Je ne suis pas très causant
ces jours-ci, je suis plutôt calme, mais je suis quand
même très différent de ce que j'étais
avant. Si tout cela n'était pas arrivé, je vivrais
sans doute la même vie qu'avant, dont j'étais très
heureux d'une certaine façon, mais qui était très étouffante
d'une autre.
Tu
n'es pas très à l'aise avec le fait d'être
célèbre ?
Non, mais je ne suis pas si
célèbre. Je veux rester aussi célèbre
que je le suis maintenant. Cela me ferait peur de l'être
plus. J'ai vraiment cette obsession de connaître tous
les gens qui achètent mes disques. Quand j'ai commencé,
j'avais l'idée de vendre mes disques à partir
de chez moi. Pour acheter mon disque, il aurait fallu venir
frapper à ma porte : "salut, comment tu t'appelles
? Voici mon disque...".
Sur
ton blog, tu démystifies pas mal l'idée d'artiste,
par exemple quand tu dis que
tu cherches une maison...
Oui, mais je suis vraiment à la recherche d'une maison.
J'ai une maison, mais je la déteste.
Tu
penses quitter la Suède ?
J'y pensais. Les seuls endroits
que j'ai trouvés pour le moment, ce sont Melbourne
et San Francisco, mais c'est
vraiment trop loin. Je ne
veux pas trop me couper de
mes vieux amis à Göteborg.
Bon, maintenant que j'y pense,
je n'ai pas vraiment d'amis
là-bas.
Tu
pourrais t'installer à Paris ?
Oui, oui. Mais je ne connais
pas du tout la ville.
Tu
as annoncé sur ton site web que tu arrêtais
la musique. Quand j'ai lu ça, j'étais très
triste, j'ai pleuré. Et puis tu as changé d'avis.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
J'ai eu un travail. J'ai travaillé dans un "bingo
hall" (une sorte de casino où l'on joue au bingo).
J'y ai travaillé pendant deux jours. J'ai réalisé que
je ne pouvais pas faire ça. Au bout du deuxième
jour, je me suis enfui. La veille du jour de l'an, je me suis
senti très optimiste et très inspiré, tout
d'un coup. Je pense que c'est l'effet du "bingo hall" !
Il fallait que je me mette dans la situation concrète
d'arrêter de faire de la musique pour que je réalise
que je ne le pouvais pas. J'avais essayé de faire des
pauses avant, mais il y avait toujours une sollicitation, aller
jouer en Grèce, en Australie... Des propositions impossibles à refuser.
Je n'avais jamais réussi à faire un vrai break.
Il fallait que je me dise que j'arrêtais. Et je pensais
vraiment que je le ferais,
en fait.
Tu
as même
vendu tes instruments ?
Oui, mais c'étaient de vieux instruments. La plupart
d'entre eux, je les ai vendus à des vieux collectionneurs
allemands, et ça m'a procuré assez d'argent pour
aller passer du temps à San Francisco.
Il
semble que tu as une très grande culture musicale.
Sur ton site web, tu cites tes cinq chansons préférées
du moment, et ce sont souvent des chansons obscures, ou des
chansons qui ont été connues mais qui ne le sont
plus. Tu aimes dénicher ce genre de "pépites" ?
J'écoute aussi ce que tout le monde écoute, mais
je ne vois pas l'intérêt de suggérer des
choses que tout le monde connaît déjà. Donc
j'essaie d'écrire à propos de chansons dont je
sais qu'elles sont peu connues. Cela rejoint les raisons pour
lesquelles j'ai écrit "At the Department of Forgotten Songs".
J'ai peur que mes propres chansons soient oubliées et
finissent dans un présentoir en soldes dans un magasin
: dix disques pour un dollar
! J'aime mes chansons, elles sont comme mes enfants.
Tes
chansons sont très fortes. Depuis que je les connais,
j'ai écouté plein de trucs, plein de groupes à la
mode qui sont sortis depuis, mais je peux toujours les écouter
avec plaisir, et ce n'est pas le cas de tous les autres, loin
de là. Ce sont des classiques.
J'essaie d'écrire des chansons. Pitchfork me posait des
questions sur mon prochain disque dernièrement, ils me
demandaient "comment sonnera-t-il ? est-ce que tu as un
nouveau son ?". Je ne suis pas vraiment intéressé par
le fait d'avoir un nouveau son, je suis juste intéressé par
le fait d'écrire de nouvelles chansons. Et je pense que ça
paie.
Il
y a beaucoup de gens qui aiment tes chansons, et particulièrement
des filles... (rires) Ta musique est-elle destinée aux
filles ?
Il y a réellement une part féminine dans les chansons...
Mais aux concerts, d'ordinaire, il y a beaucoup de garçons.
Je viens juste de jouer en Angleterre. Tous les gens qui sont
venus à mes concerts étaient plutôt du genre
grand mec, footballeur, (prend une grosse voix grave) "Oui,
j'aime vraiment beaucoup tes chansons, Jens...". Mais il
y a pas mal de filles qui aiment mes chansons. J'aime ça
(rires).
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