Jérôme de Missolz - Interview

07/05/2010, par Julien Bourgeois et Luc Taramini | Interviews |
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JÉRÔME DE MISSOLZ

Un soir de janvier 2010, le documentaire "You'll Never Walk Alone" est diffusé dans le ciné club de mon quartier en présence du réalisateur et avec galette des rois à la clé. Belle occasion de mettre un visage sur le nom de l'auteur de ce film culte qui met en scène Liverpool et ses héros pop. Plus tard, de retour à la maison, l'idée de consacrer une interview à Jérôme de Missolz germe. Facebook fait des miracles. La suite se passe dans un bar parisien et ci-dessous. Portrait d'un cinéaste globe trotter, éclectique et passionné de musique.

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Avez-vous d'abord une culture cinématographique ou musicale ?
Je n'aime pas le mot culture alors disons que je suis d'abord un type immergé dans la musique. Depuis l'âge de 10 ans, j'ai été dans ce qu'on a appelé le rock, dans un premier temps, puis dans toutes les musiques. En fait, je raconte ça dans un film que j'ai terminé il y a un an qui va sortir cet été qui s'appelle "Wild Thing". Je raconte à la première personne, mon addiction à la musique rock qui ne m'a jamais quittée depuis mon premier 45 t des Stones "Time Is On My Side". J'ai toujours autant de plaisir à découvrir des nouveaux petits groupes anglais ou américains. Ce film est en tout cas le constat de quelque chose qui disparaît au fil des années mais jamais complètement. Quelque chose qui renaît sans cesse aussi, d'ailleurs c'est ce que je raconte dans mon film sur Liverpool ("You'll Never Walk Alone"), avec la génération des Pale Fountains et des Echo & the Bunnymen qui avait succédé à celle des Beatles. Donc au départ, il y a la musique, ensuite le cinéma que je découvre vers 14 ou 15 ans. C'est lié à l'éveil de la libido. Je rêve aux mondes libres que je découvre et, tout de suite, j'ai un attrait pour des trucs transgressifs ou en marge. Entre 14 et 18 ans, je découvre tout le cinéma des années 60, Fellini, Bergman, Godard et les réalisateurs underground américains.

Vous devenez boulimique...
Complètement, au point d'ailleurs de monter un club pop au lycée et en parallèle un cinéclub dans la maison de la culture du coin. C'est là que je chope ma première caméra. Je ne sais pas comment vous dire, il y a une alchimie qui a pris, musique et images en même temps. Le cinéma qui m'intéresse, c'est un cinéma qui a cette musicalité dans les plans. Quand je parle d'un montage, je dis "composer".

Comment vous définissez-vous, comme un réalisateur, un vidéaste, un documentariste ?
J'aime bien le mot cinéaste, je le trouve noble et désuet à la fois. Disons cinéaste de recherche.

Et à quel moment vous vous définissez comme tel ?
Mon parcours est un peu bizarre. Très empirique. Je commence par filmer mes copines en super 8 et puis, un jour, j'aboutis à un 26 minutes qui met en scène un chassé croisé entre une fille et un saxophoniste free en ville. Ensuite j'arrive à Paris et je découvre des gens qui sont intéressés par le cinéma de recherche, avec qui je fonde la coopérative des cinéastes qui s'est ensuite appelée "cinéma différent". Donc tout de suite je me cogne à des formes de cinémas non narratives. De Kenneth Anger à Stan Brakhage en passant par tous les copains qui étaient plutôt en recherche d'une plasticité et de nouveaux codes de narration.

Comment avez-vous été introduit dans ce milieu expérimental ?
C'est bizarre, je fais un premier court métrage qui m'amène dans un festival à La Rochelle qui s'appelle "cinémarge". Et là, je découvre des mecs de mon âge qui tripent sur mon cinéma, qui me proposent de devenir opérateur sur leurs films et puis, très vite, on forme une famille.

A quel moment l'activité de cinéaste devient-elle sérieuse pour vous ?
Un peu avant le film sur Liverpool, je réalise un documentaire sur le photographe tchèque Jan Saudek. J'ai énormément de chance sur ce film car il rafle des prix partout et donc ça m'expose. Passé ce film, La Sept, avant Arte, remet de l'argent sur le projet Liverpool et hop, ça part. Voilà, c'est là, au début des années 90 entre "Saudek" et "Liverpool", j'ai senti un truc qui s'inscrivait dans la durée et aussi un besoin de me rapprocher de gens qui faisaient du cinéma en amenant mon approche plutôt documentaire. Ma voie, c'est clairement pas la fiction. Je pense qu'il y a une quête dans le réel qui dépasse l'imaginaire. Cela engendre chez moi un appétit de terrain et de rencontres. A vingt ans, je rêvais de rentrer à l'Idhec (aujourd'hui la Fémis), d'avoir l'avance sur recette et en même temps, je sentais que l'écriture ce n'était pas pour moi. J'ai trop envie d'être dans l'énergie de la vie, dans l'électricité des rencontres et de faire mon cadre là-dedans comme un globe trotter. Aujourd'hui, je tente de provoquer des situations pour essayer de construire des récits plutôt que juste capter le réel avec une pseudo objectivité. Très vite, les cinéastes qui m'ont intéressé, ce sont des gens comme Cassavetes. On sait très bien que tout est écrit chez lui mais il y a une forme super libre. Quand je découvre "Punishment Park" de Peter Watkins, c'est aussi un choc énorme, cette espèce de faux documentaire qui avait la force d'un discours politique. Et donc très vite, j'ai eu cette attirance pour une forme qui est la combinaison du cinéma expérimental, du documentaire et de la musique. Je pense que c'est ce qui me résume.

Dans l'action de filmer, qu'est-ce qui vous intéresse d'un point de vue technique ?
J'ai commencé comme opérateur. Le cadre, pour moi, c'est l'endroit de la jouissance extrême. Il s'agit de trouver la bonne distance qui déclenche un déclic émotionnel. C'est donc quelque chose d'irrationnel. Je travaille avec des directeurs de la photo, mais je ne donne jamais le cadre. La lumière ça s'apprend, le cadre c'est irrationnel, c'est de l'ordre d'une présence immédiate au monde. Après, il s'agit d'imprimer sa subjectivité sur l'autre. Il y a des moments où ça marche, d'autres pas. Je ne sais pas ce que je cherche avec ça, c'est juste un endroit de plaisir pour moi.

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