Jérôme de Missolz - Interview

07/05/2010, par Julien Bourgeois et Luc Taramini | Interviews |
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Et vous avez gardé des contacts avec Michael Head ?
Oui, bien sûr. J'y suis retourné ces dernières années et j'ai continué à le filmer. J'ai des images des jams de la reformation des Pale Fountains au milieu de la nuit quand ils reprennent Love, les Stones ou Syd Barrett.

Comment prépare-t-on ce genre de documentaire ?
Comme je le disais tout à l'heure, on écrit un pseudo scénario et puis après, on fait un casting. Concrètement, pendant quinze jours, on commence par aller boire des coups avec les gens (rires).

Quand pourra-t-on voir votre film "Wild Thing" ?
Il sera diffusé cet été sur Arte. Pour ce film, j'ai été boulimique car j'ai voulu mettre tous les gens qui m'ont fait triper : les Stones, Led Zeppelin, Patti Smith, Richard Hell. Il y a des archives rares et des images incontournables comme celles de Pennebaker sur Dylan etc. A partir de 1980, en revanche, ce sont mes propres images. Ce qui m'excite, c'est la forme, c'est-à-dire, par le biais de la musique, de construire un récit et de proposer une vision du monde subjective.

Jerome de Missolz

Votre expérience, l'avez-vous déjà transmise, enseignée, partagée ?
Non, je crois que les gens ne savent pas par quel bout me prendre. Je n'ai pas un parcours linéaire, je suis trop éclectique : fiction, documentaire, expérimental, musique, portraits d'artistes. A chaque fois que j'ai un projet de film, il faut que je retrouve un enjeu formel que je n'ai pas exploré. Quelques fois, celui-ci va extrêmement loin par rapport à ce que les gens attendent. Mais après il y a cette constante du mariage entre l'image, le cadre, la musique et l'expérimental.

Votre travail a-t-il exploré le champ de l'art contemporain ?
Non, mais j'ai déjà fait des films sur des photographes. "Jan Saudek" dont je parlais tout à l'heure, "Le corps sublimé". Là je fais un long métrage avec David Bailey le grand photographe des années 60. C'est encore par le biais de la musique. Il dit qu'il aimerait faire de la photo pour les mêmes raisons que les bluesmen chantent. Et l'année dernière, avec le groupe d'artistes contemporains ULTRALAB, j'ai réalisé un film qui s'appelle "1999, Psychopathologie de la vie quotidienne dans le monde des arts" (ou l'affaire des cartons piégés).

"Le corps sublimé", on le trouve en DVD ?
Oui, il vient de sortir sur le site de la Huit. Dans les films que j'ai faits, les portraits de Liverpool ou de Witkin sont les plus proches de moi et, pour le coup, pas dans des formes compliquées. J'ai accompagné Witkin dans les bordels de São Paulo, il y avait des coups de feu dans la rue. Ce sont des souvenirs incroyables, je voulais être dans la vibration de sa quête. Et pour Woodman, j'ai pris trente photos avec lesquelles j'ai réécrit un scénario et je les ai remises en scène avec une seule comédienne, la géniale Florence Denou. Il y a dans cette œuvre quelque chose de troublant sur le refus de la représentation, l'adolescence, l'innocence, la mort.

Vous menez plusieurs projets de front, comment faites-vous pour ne pas vous perdre ?
Ce n'est pas facile, il y a des moments de manque de confiance. Mais à chaque fois, il y a l'envie, l'excitation. C'est un combat permanent contre le monde, contre le social, contre les gens qui veulent me réduire à de la "bien pensance". J'ai mis beaucoup de temps avant de pouvoir prononcer le mot de cinéaste. Et depuis quelques années, je suis bien avec ça. Je ne suis plus dans la création douloureuse pourtant j'ai toujours autant de mal à faire aboutir mes projets. Par exemple, ça fait quatre ans que je suis sur un long-métrage en Sibérie ou sur un documentaire sur Bailey que j'ai entamé en 2005. Au début, c'était une petite commande sur un vingt-six minutes et puis j'ai senti qu'on pouvait aller plus loin, qu'il y avait matière à faire un vrai film. Donc, à chaque fois ce sont des pulsions d'amour pour les gens. Ça me branche vraiment d'être en empathie le temps du film car il peut y avoir des moments de grâce qui font vivre le film. Donc, non, je ne suis pas en guerre contre moi-même. Et j'ai une vie vachement équilibrée.


 

Filmographie sélective du cinéaste :

"Entrées de secours", film expérimental, 1982

"Jan Saudek", Prague printemps, documentaire, 1990

"You'll Never Walk Alone", documentaire co-réalisé avec Evelyne Ragot, 1992

"Joel Peter Witkin, l'image indélébile", documentaire, ,1994

"Yves Saint Laurent, tout terriblement", documentaire, 1994

"Fascisme, le retour", documentaire, 1996

"Sur les rives de l'Etang de Berre",documentaire co-écrit avec Pierre Hodgson, 1998

"La Mécanique des femmes", long-métrage co-écrit avec Pierre Hodgson, 2000

"Zone reptile", téléfilm, 2001,

"Sans titre", LM expérimental, 2006, sorti dans un programme "Le Corps sublimé", 4 films sur la photographie,
disponible sur la Huit http://www.lahuit.com/article/fra/le-corps-sublim

"La Cigogne et l'éprouvette", 2007, documentaire co-écrit avec Floréal Klein

"Wild Thing", la folle histoire du rock, 2OO9, diffusion prochaine sur Arte

En finition : "Des jeunes gens modernes", (titre provisoire) LM, co-écrit avec JF Sanz

Photos de Julien Bourgeois
Un grand merci à Jérôme de Missolz pour sa disponibilité.

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