Jérôme Minière - Chez Herri Kopter

05/07/2005, par Frédéric Antona | Albums |
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JÉRÔME MINIÈRE - Chez Herri Kopter
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JÉRÔME MINIÈRE - Chez Herri CopterN'avez vous jamais eu le sentiment, en regardant vos piles de disques accumulés au cours des années, que tout cela comblait un manque, et que la vraie justification de votre frénésie d'achat ne faisait que masquer le vide ("The Void") de votre existence ? Pour ma part, ça m'arrive de temps en temps, et c'est pour cela que le nouvel album de Jérôme Minière me touche.
Rendre glamour l'anti-glamour n'est pas chose aisée. Un concept album sur l'art du marketing et de la grande distribution... voilà un truc qui semble a priori aussi passionnant qu'un reportage à une heure du matin sur le recyclage de la sciure en Patagonie du Sud Ouest. Mais Jérôme Minière s'en sort avec les honneurs sur son nouvel opus, "Chez Herri Kopter".
L'album s'ouvre sur une voix monocorde et synthétique, nous informant que l'accord parental est recommandé... Et c'est parti pour un voyage en 13 étapes dans le monde merveilleux de la vente... Sauf qu'ici, on parle de bien autre chose, de la commercialisation de l'art et des sentiments, ce qui revient au même, lorsque c'est fait avec amour. Ce genre d'atmosphère me rappelle parfois Bertrand Burgalat (peut être à cause du nom de son label Tricatel), par son aspect décalé et rétro-futuriste. Il y a toujours, dans la description de ces structures monolithiques et aseptisées, une mélancolie latente, une tristesse voilée que l'on retrouve dans les albums magiques de Brian Eno "Music for Airports" ou "Another Green World". A ce titre, le morceau "Un magasin qui n'existe pas" dégage une mélancolie incroyable. Jérôme minière est d'ailleurs assez proche d'Eno dans sa volonté de créer des atmosphères musicales adaptées à certains lieux, dans la lignée de certains Canadiens comme Vincent Bergeron. Minière est un familier des arts transdisciplinaires, et ça se sent tout au long de ce disque.
Bizarrement, tandis que le disque tourne, j'ai en tête le "Lost in the Supermarket" du Clash... l'ennui masqué sous une folie de l'achat ("Cet objet qui nous reflète/et très vite on le rejette/il n'était qu'un gadget/ trop vite consommé, trop vite consumé")
C'est une musique désincarnée... Le dernier titre, "les chiffres du jour", est déchirant, puisqu'il évoque l'évolution des sentiments en données chiffrées... ce qui aurait pu tourner au gimmick résonne ici comme un constat terriblement réaliste. Sur ce, je vous laisse, je vais m'acheter quelques disques, histoire d'oublier que ma vie est terne.

Frédéric Antona

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