Jesu - Silver

04/07/2006, par PAM | Albums |
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JESU - Silver
(Hydra Head) [site] - acheter ce disque

JESU - SilverL'anglophone dira "genre-spawning", et on le croira, tant on sait que les anglophones ont souvent raison.
Le très culte Justin K. Broadrick (Napalm Death, Godflesh, God, Techno Animal, Fall of Because, Final, Ice, plus une liste de collaborations longues comme le bras d'un gibbon) revient après le premier album éponyme de Jesu (en 2005), crash idéal shoegazing-métal-indus-ambient (oui, il est d'usage de multiplier les épithètes dès qu'on en vient à Justin). Ce LP fut en son temps encensé par la critique et occupe aujourd'hui une place à part dans la foisonnante généalogie de la création musicale : il y serait l'unique individu d'une espèce sans descendance, riche, magnifique et - pour l'heure - stérile. Car après tout, dans un registre bien différent - et moins magnifique -, n'en était-il pas de même lorsqu'en 1987, à l'époque du premier album "Scum", Broadrick, encore adolescent, donnait naissance - en compagnie de quelques amis, futures figures du métal - au sous-genre le plus extrême du punk (et du métal), le grindcore, au sein du groupe à géométrie mouvante Napalm Death ? Le grind n'a guère enfanté que le grind, et n'a pas vocation à autre chose (vous remarquerez que le grind n'était donc pas stérile, mais que les unions furent consanguines).
Aujourd'hui signé sur l'éclectique label du leader d'Isis (LE groupe de métal que l'Indie popeux se doit de découvrir, via "Oceanic" et "Panopticon", chef-d'œuvre aux confluents du hardore prog, du post-rock et de l'ambient), Aaron Turner - musicien et graphiste exceptionnel -, Jesu sort un EP de transition vers son prochain album, à venir pour la fin de l'année.
De plus en plus éthéré, de plus en plus pop, Jesu a laissé de côté une bonne partie de la lourdeur crasseuse et industrielle qui constituait le son Godflesh : l'Anglais chante aujourd'hui systématiquement en voix claire, plaçant son timbre angélique et détaché sur un empilement ahurissant, guitares, nappes de claviers et perturbations électroniques traitées, en réminiscences sublimes des travaux de My Bloody Valentine, Slowdive, et des expérimentations menées à bien par l'Autrichien Fennesz (d'ailleurs collaborateur occasionnel de Jim O'Rourke et Isis) sur le génial "Endless Summer". Mais la singularité de Jesu persiste, malgré une plus grande accessibilité pour les réfractaires et non-initiés aux musiques dites "heavy" : Broadrick arrive à créer, dépassant l'entendement du simple mortel, un alliage inédit de lourdeur écrasante et d'atmosphères éthérées, au sein de compositions dont les structures progressives (pas le prog de Yes, qu'on se le dise) renvoient immanquablement aux derniers travaux d'Isis, encore eux, eh oui.

PAM

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