Jean-Jacques Perrey - Prélude au sommeil - Jean-Jacques Perrey et la musique électronique

26/03/2010, par Rémi Mistry | DVD |
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JEAN-JACQUES PERREY - Prélude au sommeil - Jean-Jacques Perrey et la musique électronique
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JEAN-JACQUES PERREY - Prélude Au Sommeil - Jean-Jacques Perrey Et La Musique électroniqueSaint-Hilaire du Touvet, Isère, 2008. Travelling sur un funiculaire qui trace sa route sereinement vers les hauteurs. A son bord, Jean-Jacques Perrey contemple le paysage verdoyant qui défile, tandis qu'une voix off - la sienne - se remémore les prémices de l'histoire. L'histoire, c'est celle de cet homme né en 1929 qui fut l'un des premiers olibrius à croire au potentiel populaire du son électronique. Un pionnier, un vrai.

A l'instar de Pierre Henry ou un peu plus tard de François de Roubaix, Perrey peut être considéré comme l'un des principaux parrains de la French Touch qui secoua la planète pop au milieu des années 90 (les membres de Air l'invitèrent d'ailleurs à participer à leur premier safari lunaire en 1998). Les saisons passant inéluctablement, il était temps qu'un hommage appuyé lui soit rendu de son vivant. Saluons donc ici l'initiative de Gilles Weinzaepflen qui, à travers ce documentaire contemplatif et printanier, dresse d'une fort jolie manière le portait de ce magicien du son qui n'a jamais vraiment été reconnu à sa juste valeur.

De ses débuts à Paris comme démonstrateur d'Ondioline, à son labo new-yorkais où, dès 1965, il s'amusa avec son complice Gershon Kingsley à triturer les bandes magnétiques, en passant par le pont d'un bateau filant droit sur Lausanne vers la résidence de sa fille-manageuse ou les charmantes ruelles d'Evian où l'artiste a aujourd'hui établi ses quartiers, la caméra de Weinzaepflen suit les traces de ce personnage attachant, fantaisiste et bouillonnant de créativité.

Perrey s'inspire non pas des réminiscences de la musique des autres, mais des éléments de son environnement quotidien pour capturer sans cesse de nouvelles boucles sonores, de nouvelles mélodies. Les néophytes découvriront ce maître incontesté du synthétiseur Moog, compositeur du fameux "E.V.A" (1970), tant samplé par les rappeurs et électroniciens du monde entier (Fatboy Slim, Ice-T...). Les autres un peu plus au fait seront étonnés d'apprendre qu'il fut aussi responsable de célèbres indicatifs publicitaires (Coca-Cola, Esso), de génériques de dessins animés ("Captain Kangaroo") ou d'hymnes pour les grandes parades électriques des parcs Disney.

Emaillé d'éclairages chronologiques de Jean-Emmanuel Deluxe et de témoignages d'invités prestigieux (Michel Gondry, Gershon Kingsley, Angelo Badalamenti), le documentaire tente de mettre en images les sons ludiques et futuristes qu'imaginaient Perrey à l'époque. Des sons qui, comme le fait remarquer judicieusement Nicolas Godin de Air, ont accompagné et marqué l'enfance de toute une génération, au point de façonner ses goûts futurs.

En marge de ses odyssées spatiales miniatures, le Français, qui avait entrepris des études de médecine bien avant de se lancer dans la musique, consacra une partie de son temps à des recherches portant sur la musique thérapeutique, particulièrement sur ses vertus relaxantes. Il composa à cet effet "Prélude au sommeil" en 1958, pièce instrumentale destinée aux victimes d'insomnies. Car Perrey est un musicien homéopathe, un utopiste attaché à l'humain et à la nature rejetant en bloc le pessimisme et le cynisme de notre époque. "Je veux rendre les gens heureux avec ma musique", dit-il. Cette sempiternelle rengaine démagogique entendue maintes fois dans la bouche d'artistes de tous bords nous a toujours agacés, mais prononcée ici par Jean-Jacques Perrey, 80 ans, l'intention paraît pour une fois belle et bien sincère.

Rémi Mistry

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