JP Nataf - Interview

12/03/2010, par Luc Taramini | Interviews |
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JP NATAF

Ces dernières années, on l'a souvent croisé sur scène et sur les disques des autres, JP Nataf. Plutôt du genre à cultiver l'amitié que ses projets personnels. En sortant "Clair" , son deuxième album solo, l'ex "Inno" se recentre sur lui-même avec bonheur. Visiblement, le garçon s'amuse encore beaucoup...

Comment as-tu vécu le passage d'un succès populaire (avec les Innocents) à un succès critique plus confidentiel ?
Je ne parle pas au passé parce que l'idée c'est de faire coïncider la photo un jour (sourire entendu). J'ai jamais voulu l'un ou l'autre. Je m'en fous. Je suis assez verni d'avoir eu ce succès avec les Innocents qui n'était pas gagné d'avance. Mais pour te répondre, il faut que je pose un postulat de départ. A l'âge de 10 ans, quand j'ai switché du foot vers la pop, mon fantasme, c'était d'avoir un juke-box rempli des singles qui me rendaient dingue. Je veux parler du glitter, de Led Zeppelin, de la Motown, des Beatles et des Stones bien sûr. Ensuite le punk est arrivé avec toujours cette obsession des singles. Tout mon fric passait dans les disques des Buzzcocks, des Jam, des Undertones ou de The Fall. Dans le punk notamment, il y a eu pas mal de groupes dispensables qui n'ont fait qu'un single intéressant. Chez Motown ou chez Stax c'est pareil, les albums étaient souvent du remplissage autour de trois chansons. Donc mon format de départ, c'est ça, quel que soit le style. Par exemple, pour moi, "The Modern Dance" de Pere Ubu, c'est un single. Pendant très longtemps, pour moi, l'aboutissement de l'écriture musicale c'était le single et pas l'album. Et par single, j'entends un truc susceptible de passer à la radio et de plaire à tout le monde. C'est aussi lié à une histoire des médias beaucoup plus ouverts. Aujourd'hui ce dont je parle n'est plus possible. Moi, je suis complètement formaté par cette culture du single. Quand je prends une guitare, je ne me dis pas que je vais écrire une chanson d'album. Je travaille chaque embryon de chanson jusqu'à ce qu'il y ait une évidence, un truc catchy qui pourrait en faire un 45 t. Donc l'état d'esprit des Innocents découle de cette culture du single. Je suis dans le fantasme d'un âge d'or de la radio. Les Innocents ont connu la fin de ça, on a croisé des gens qui avaient cette culture et qui pensaient emmener la qualité vers le populaire. Je pense notamment à Monique Lemarcy, la programmatrice musicale de RTL de l'époque. Elle était capable de programmer dans la même playlist Silvain Vanot et Frédéric François parce que pour elle c'était deux bonnes chansons.

Avec le succès, a-t-on essayé de vous orienter artistiquement dans une direction ?
Non, on a toujours fait exactement ce qu'on voulait faire. Peut-être qu'on a une bonne étoile ou qu'on a bénéficié d'un malentendu. On n'est jamais allé chercher les radios et on n'a jamais sacrifié aux conseils artistiques de gens bien "intentionnés". Mais on n'a jamais non plus abandonné une chanson sans avoir exploré tout son potentiel. L'album dont on est le moins fier, "Fous à lier", est celui qui a le plus marché. Le premier avait été un four complet, mais comme on l'a beaucoup défendu sur les routes, le bouche à oreille a marché. L'époque a changé, avant avec peu de ventes, tu faisais 120 dates, pour "Plus de sucre", 20 ans après, j'en ai fait 15. Ce ne sont pas les artistes qui vont mal, c'est autour d'eux que ça va mal.

D'où vient votre insatisfaction autour de "Fous à lier" ?
Après ce deuxième disque, le directeur artistique ne voyait pas l'intérêt que l'on fasse un nouvel album. Il ne nous trouvait pas assez ambitieux. Finalement l'album s'est fait, mais il a fallu renoncer à notre obsession de "complete control" que j'avais héritée du punk. On n'a pas fait notre pochette, on n'a pas eu assez de budget pour finir les arrangements. Ce disque a rencontré son public, tant mieux. Dans l'écriture, on était raccord avec notre éthique. Après, à titre personnel, je n'ai jamais aimé la prod. Au départ, on voulait faire un truc très classique, intemporel, à la Simon & Garfunkel... En gros, c'est un disque qui n'est pas fini. C'est le brouillon du beau disque que l'on voulait faire. Bref, son succès est un malentendu heureux. Je trouve toujours incroyable le succès d'un titre comme "L'autre Finistère" qui est une chanson remplie de mots et avec deux changements de tons... Dans la maison de disques, personne ne misait un centime sur elle. Il y a une part de mystère qui ne s'explique pas.

Tu parlais de punk tout à l'heure, tu as toujours chanté en français ?
Oui, sauf les reprises. C'était un peu se tirer une balle dans le pied, mais avec le recul je me rends compte que c'est pas si mal.

Après la fin de ton groupe, tu as mis du temps à sortir un premier album solo, multipliant les collaborations, comment a germé cette envie de t'exprimer à nouveau ?
Avec le départ de Jean-Chri en 1999, je me suis trouvé tout seul du jour au lendemain. On m'a proposé de continuer le groupe mais je ne voyais pas l'intérêt. Il y avait sans doute de la coquetterie dans ma décision car j'étais encore dans mon rapport de fan à plein de groupes punk qui avaient mal fini (The Clash, The Stranglers...). Le dernier disque avait eu une bonne reconnaissance critique même s'il avait été un échec commercial. Moi ça me suffisait. Et puis, j'avais 38 ans. Ça faisait 20 ans que tous les jours j'étais le chanteur d'un groupe de pop. Ça avait mangé toute ma jeunesse, toute mon énergie et toutes mes envies de construire autre chose. J'avais deux petits garçons aussi. Bref, il était temps de tourner la page. Le cadet de mes soucis était de faire un disque en solo.

 

 

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