JP NATAF
Tu as fait quoi, alors ?
J'ai fait l'album de Jil Caplan et puis j'ai passé beaucoup de temps seul avec mon instrument à essayer d'accepter cette nouvelle condition. Pour la première fois, je faisais de la musique pour le plaisir et pas dans un but précis. Et puis c'est revenu petit à petit. Ce sont les autres qui sont venus me chercher. C'est grâce à Dominique Ledudal que je m'y suis remis. Il avait comme fantasme de me faire faire un disque de chanteur. Du coup, je me suis retrouvé dans son studio avec six musiciens prêts à jouer gratos pour moi dont Albin de la Simone et Kim Fahy des Mabuses, tu vois le pedigree... Bref, j'avais des supers conditions et j'étais le patron alors il a fallu s'y remettre sans se poser de questions.

Tu dis t'être laissé porter par la volonté des autres sur "Plus de sucre". Qu'en est-il de ce deuxième album solo "Clair" ? Avais-tu une envie particulière ?
Ben là, c'est pareil, c'est Vincent de Tôt ou Tard qui m'a dit qu'il était temps de penser au prochain. En gros, il me faut toujours un starter. Après, je n'avais pas une idée précise en tête. Enfin si, au début on voulait aller l'enregistrer aux Etats-Unis comme Murat, mais on a vite abandonné l'idée face aux coûts que ça allait engendrer. Pour "Plus de sucre", j'écrivais les chansons en studio, c'était work in progress. Là, il fallait que j'arrive avec des choses terminées à l'avance. Je suis donc parti trois semaines à la campagne où j'ai écrit huit chansons que j'ai déposées sur le bureau de Vincent. Verdict, il a surtout aimé la prod (que je bidouillais sur mon ordinateur portable). Il y avait un truc groovy qui nous plaisait bien. Là, j'ai pris conscience que, pendant toutes ces années, j'avais alimenté mon amour pour la pop, les mélodies, les harmonies vocales, mais pas mon amour pour la musique noire qui est au moins équivalent. Donc le défi a été d'aller vers un disque plus groove et plus dansant.
C'est un disque très axé sur la guitare. Tu as particulièrement bossé l'instrument ?
Non, pas plus que ça, mais de toute façon je joue beaucoup. Et puis je ne veux pas dépendre d'un autre musicien pour jouer ce que j'ai envie d'enregistrer. Donc je le fais moi-même. Et puis j'ai commencé à faire des concerts solo. La moitié des chansons de l'album a été rodée au Chili en première partie d'Holden. J'ai développé un jeu de guitare qui fait que je peux jouer tout seul. C'est un jeu assez plein, sur lesquels les autres peuvent avoir du mal à se greffer parfois.
Tu parles de jeu de guitare plein. Cet "effet de plein", c'est un peu la caractéristique de tout le disque jusque dans les textes, non ?
C'est sûr que je ne fais pas du Bill Callahan. Ce n'est pas l'art du silence. Au niveau de la méthode, j'ai écrit à 80% très très vite. La vraie nouveauté, c'est que j'écris limite derrière le micro, je me mets vite à chanter des bouts de textes et je me débrouille pour leur faire dire quelque chose. En fait, ça joue dans les deux sens, les textes luttent avec moi et je lutte avec eux mais j'ai pas envie d'être prisonnier d'une méthode. C'est une écriture plus rock'n roll. Je me sens totalement détaché de la chanson française même si je chante en français. J'ai retrouvé cette liberté que j'appréciais chez Dylan ou Costello. On écrit pour du rock, pas pour faire de la prose. Pour "Seul Alone", je me suis inspiré d'un morceau de Dr Feelgood dont le principe était le même, c'est-à-dire des couplets pas dits par la même personne et des refrains qui rassemblent. J'écris au rythme de la musique. Si la musique n'est pas cloisonnée, le texte bouge. A la limite, c'est quand j'ai fini une musique, et qu'il faut que je l'enregistre, que je me mets à l'écriture du texte. Bref, c'est la mélodie qui préside. Sur "A Mandoline" par exemple, j'avais le titre et la mélodie, le reste a découlé. Je bosse à l'inverse d'un Vincent Delerm qui cherche souvent des thèmes de chansons, moi je cherche des riffs de guitare.
Qu'est-ce qui alimente encore ton plaisir de jouer de la musique à bientôt 50 ans ?
Le plaisir justement. Progressivement, je me débarrasse de tout ce qui m'a empêché d'en avoir encore plus. J'ai jamais autant aimé faire ce métier, jouer de la musique, être sur scène, même si le contexte est catastrophique. Je sais la chance que j'ai de faire ce métier l'ayant rêvé à l'âge de douze ans. Le reste, les bonnes critiques, passer à la radio, c'est du bonus. La seule récompense que j'ai l'impression d'avoir méritée, c'est d'avoir été suffisamment obstiné pour écarter tout ce qui aurait pu me décourager. Aujourd'hui, j'ai la satisfaction de faire partie d'une petite famille où il y a Bertrand Belin, Mathieu Boogaerts, Holden ou Kim, ça me va très bien. Je n'aurais pas pu rêver mieux...
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