Juana Molina - Tres Cosas

02/12/2004, par | Albums |
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JUANA MOLINA - Tres Cosas
(Domino/PIAS) - [site]

JUANA MOLINA - Tres CosasC'est difficile à croire à l'écoute de ses disques, et pourtant Juana Molina a été une vedette comique à la télévision argentine, où elle avait sa propre émission. Que ceux qui ont été traumatisés à vie par les tentatives discographiques de Patrick Sébastien, Jean-Pascal ou Félicien se rassurent : si on ne sait rien des talents d'actrice ou d'animatrice de la demoiselle, on peut en revanche assurer qu'elle est une chanteuse et une musicienne de premier ordre. Ici, nul marionnettiste ne tire les ficelles : "Tres Cosas", troisième album comme son titre l'indique un peu, et deuxième à sortir en Europe sur la bonne maison Domino (quelques mois seulement après le précédent, le bien nommé "Segundo", pourtant paru en Argentine en 2000), a été écrit, mixé et produit par elle-même, et c'est peu dire que le résultat enchante. On pourrait décrire Juana Molina comme une Stina Nordenstam de l'hémisphère Sud : voix fluette (moins enfantine, toutefois), mélodies évidentes, atmosphères intimistes, tempos lents, goût prononcé pour les bidouillages sonores jamais gratuits. Mais si la Suédoise aime exposer ses fêlures plus ou moins bien guéries à longueur de disques, Juana, elle, semble plutôt chanter pour les enfants, le soleil et les fleurs - de toute façon, je ne comprends pas l'espagnol -, sans aucune mièvrerie mais avec beaucoup de légèreté. Elle raconte que sa famille, durant les étés de son enfance, partageait une maison avec Vinicius de Moraes et Chico Buarque ; à l'évidence, elle a recueilli une partie de leur paisible génie. Si les morceaux sont tous dans une tonalité proche (de l'electro-pop-folk évanescent, pour aller vite), les arrangements sont suffisamment variés et inventifs pour que cet album de près d'une heure déjoue, malgré une légère baisse de tension sur la fin, tout risque de monotonie. Aux arpèges folk délicats du magnifique "Isabel" succèdent ainsi les accords plaqués de "Lamba Corta" ; l'extrême dépouillement de "Curame" contraste avec les effets de "Filter Tags", entre Björk et Cocteau Twins ; le morceau-titre présente des rythmiques plus soutenues et un chant plus franc sans pour autant jurer avec le reste. Sur la dernière chanson, "Insensible", l'Argentine abandonne l'espagnol pour le français presque sans accent (elle a apparemment passé quelques années chez nous), et c'est aussi charmant que chez Julie Doiron ou les Brésiliens d'Os Mutantes quand ils reprenaient "Le Premier Bonheur du jour" de Françoise Hardy. Avec ses petits moyens (guitare, piano, boucles, échos...) et ses grands effets, Juana Molina évoque un peu des Young Marble Giants qui auraient appris à laisser flotter les sons chez Robert Wyatt, des Sundays qui n'auraient jamais écouté les Smiths, un Stereolab débarrassé de son attirail rétrofuturiste, et beaucoup l'album "Saudade" des Ibériques de Le Mans, merveille acoustique hispanophone. De quoi donner envie de mettre le cap au sud.

Vincent

No es tan cierto
El cristal
Salvese quien gueda
Uh !
Tres cosas
Yo se que
Isabel
Lamba corta
Solo su voz
Curame
Filter Tags
El progreso
Insensible

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