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JULIEN BAER
[précédente]
Tes voyages ont-ils une grande influence sur les sonorités que tu utilises, africaines notamment ?
En fait, je voyage très peu. Il y a longtemps, j'ai sillonné l'Europe en voiture et en moto pour des guides touristiques, mais c'est tout. L'Afrique, je n'y ai jamais mis les pieds. Les photos du livret ne sont pas de moi.
Comment t'es-tu retrouvé sur Universal Jazz ?
En fait, mon ancien label appartenait à Universal et je m'entendais bien avec les directeurs artistiques de la branche jazz. C'est vrai que cette signature peut paraître assez curieuse car ce que je fais n'a pas grand rapport avec cette musique, mais ils sont plutôt ouverts, ils ont des artistes comme Salif Keita... Et puis, dans le milieu du disque, on rencontre beaucoup de gens peu aimables, au sens premier du terme, donc autant travailler avec des personnes qu'on n'a pas envie d'étrangler au bout de deux minutes !

Etre sur un label spécialisé au sein d'une major, cela te permet d'être moins exposé ?
Mais je n'ai rien contre
le fait d'être exposé, au contraire ! Si tu veux dire par là avoir moins de pression et de comptes à rendre, oui, sans doute. Ils travaillent davantage dans la durée, c'est sûr.
Comment est-ce que tu te situes par rapport à la "nouvelle scène française" ?
C'est drôle, depuis que je fais ce métier, j'entends parler d'une "nouvelle scène française" ! (rires) A l'époque où j'ai commencé, c'était plutôt des gens comme Dominique A. Ceux qui marchent aujourd'hui n'avaient pas encore sorti de disques. Evidemment, je vais te dire que par rapport à ces artistes, je me sens très différent ; tout le monde t'affirmerait la même chose ! (rires) Vincent Delerm est d'ailleurs très différent de Bénabar, par exemple, c'est donc difficile de porter un jugement d'ensemble. Et quelqu'un comme Delerm, au-delà de la chanson, est presque un comédien. J'ai vu un concert à la télé et même si je ne suis pas très fan de ce qu'il chante, ça m'a impressionné,
c'est un vrai personnage. Mais je crois que je me situe
plus dans une recherche musicale, et moins dans une tradition
de chanson.
Tu n'es pas vraiment un chanteur à voix. Est-ce que cela te gêne ?
Non, pas trop. Sur
le dernier album,
j'ai fait des efforts pour qu'on m'entende mieux, j'ai monté les tessitures. Je chante plus haut, ce qui se prête bien à des musiques plus rythmées et aux arrangements que je souhaitais. Après, c'est sûr
que je ne suis pas Pavarotti...
Sur la pochette du nouvel album, tu regardes l'objectif, contrairement aux deux précédents, où tu baissais la tête. C'est un Julien Baer nouveau ?
Tiens, je n'avais
même pas remarqué ! (rires) Je vais répéter ma phrase de tout à l'heure : ce n'est pas à moi de le dire. C'est ton rôle d'exégète. Idem pour le titre de l'album, "Notre Dame des limites", qui est laissé à l'interprétation de chacun. La pochette du premier (paru en 1997, ndlr), c'est drôle, c'est un photomaton que j'avais fait pour ma carte d'identité. (Il regarde le livret) Putain, j'ai vieilli, quand même. Je les regarde jamais, ces choses-là.
La chanson "En boucle", piano-voix, se détache du reste de l'album, plus orchestré. Comment l'as-tu enregistrée ? Et pourquoi est-il indiqué "Piano : Mozart" dans le livret ?
C'est une boutade.
C'est moi qui joue,
et j'avais tellement honte de mon jeu que j'ai crédité Mozart par dérision. D'ailleurs, au départ, je ne voulais pas mettre ce morceau sur le disque, mais chez Universal ils m'ont dit : "C'est pas possible" (rires). Je voulais un album rythmique et ça ressemblait trop à mes anciens trucs. En fait, c'est une chanson que j'ai trouvée assez vite, mais que je n'arrivais pas à jouer. J'ai dû aller m'enfermer dans une maison à la campagne pendant deux semaines, en avril, avec un petit ordinateur, pour trouver une façon satisfaisante de l'interpréter. J'avais une mélodie, mais après je me suis beaucoup pris la tête ! Je suis finalement allé dans un studio, je l'ai jouée au piano. Au début, je la trouvais pas bien du tout, et puis en la réécoutant, je me suis dit : "En fait, c'est super". Je suis très content du texte. Mais j'aurais beaucoup de mal à la réécouter aujourd'hui ! Et je ne saurais pas comment la jouer sur scène.
Justement, sur scène, comment ça se passe ? Tu joues d'anciens morceaux ?
Presque pas, juste "Juillet 66" et "Le monde s'écroule" (tirées du premier album, ndlr). Je crois que j'ai trouvé quelque chose qui me va sur scène et les gens y sont très réceptifs, ce qui fait vraiment plaisir. C'est un grand bonheur. A la Boule noire, il y avait une très belle ambiance. Finalement, je découvre la scène à un âge avancé ! Le courant passe très bien avec mes musiciens, je pense qu'on propose quelque chose d'assez original, de très rythmique, ce n'est pas la formule piano-voix ou guitare-voix de beaucoup de chanteurs français. Je ne voulais pas faire ça, en général ça m'ennuie. Là, j'ai envie de tourner beaucoup. De toute façon, pour vendre un disque, aujourd'hui, on est obligé. Pour les deux précédents, je n'ai pas fait d'efforts. J'ai fait huit dates après le premier, aucune après le second... Y a un moment dans la vie où il faut prendre un tournant, j'espère que je suis en train de le prendre. Déjà, je ne dis plus aux gens de parler à ma salade !
(rires)
Propos recueillis par Vincent Arquillière.
Photos Elisa Haberer.
Merci à Coup Franc !
Julien Baer est en concert le 28 juin au Triptyque, à Paris.
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