Jull

31/05/2013, par Luc Taramini | Track by track |
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Après un long silence, la formation grenobloise Jull emmenée par Julien Brotel livre un nouvel album délicat qui marie prose poétique et grammaire rock. Julien jette des mots sur le papier tandis que ses frères d'âme les enveloppent d'un écrin sonore sensible. On flâne dans ce "Mouvement Diurne" (soutenu par le bouillonnant label L'Amicale Underground) comme dans un paysage intimiste, s'attardant sur la contemplation de choses infimes, renouant avec un vieil ami perdu de vue. L'âge avance et la sagesse a pris le pas sur la jeunesse, constat serein et sans amertume... Conquis par ses nouvelles chansons, on a demandé à Julien, la voix de Jull, de nous faire la visite guidée de son disque.

 Jull portrait

"Bleu"
Ça part d'une promenade au lac Pavin, à Besse (Auvergne), et d'une "invitation" de ma chérie à écrire sur les arbres et notamment les charmes (!) de la forêt... C'est aussi un premier pan de ce qu'on peut relier à "De la neige et des océans", le disque précédent, dans le côté paysages sonores. Même si Guillaume (Beauron, "l'architecte" de nos morceaux basés sur des sons enregistrés dans la nature) n'était pas avec nous sur ce disque, et que c'était un postulat de départ, aller vers quelque chose de très différent, il y a cette envie de continuer à être au sein du paysage, même si c'est textuellement du coup que ça s'opère...

 

"Les ruines"

On est toujours là-dedans, le côté "impressions et paysages"... C'est un texte qui date d'un petit moment et qu'on avait utilisé sous différentes formes, mais toujours avec cette atmosphère un peu "Rêveries du promeneur solitaire"... On l'avait un peu oublié et c'est Jean-Marc (Junca, le bassiste) et David (Litavicki, un des deux guitaristes) qui lui ont donné cette forme valse un peu flonflon qui colle bien. On a cherché en studio à garder ce côté valse tout en allant vers quelque chose de plus "contemporain" dans les arrangements, voire d'un peu hors du temps pour rejoindre le fond du morceau...

 

"Charivari"

C'est un titre qui a une histoire particulière, le texte a été écrit dans l'urgence à la demande d'un proche pour un enterrement... Je voulais évidemment pas rajouter à la tristesse, d'où le parti pris des rimes en "I" et "RI".
Du coup il y a un côté comme ça, chargé émotionnellement d'un point de vue perso, et d'un autre côté c'est Le morceau léger et "tubesque", c'est le morceau radio (rires) !

Et il a la petite magie de l'impro sur une instru à la guitare de Jean-Marc, au tout début, quand on s'est recollés à jouer ensemble, et ça s'entend pas trop au final mais c'est vraiment un des titres qui a orienté les autres compos...

 

"Comme un rayon"
On voulait essayer de faire en sorte qu'il porte bien son nom et lui tailler un écrin minimaliste et beau, précieux. ça fait partie des chansons sur lesquelles on a vraiment bossé au départ avec Nadj (Nadège Morel) et Olivier (Depardon, l'autre guitariste - et un des piliers du projet et de son "recommencement"). Au final on a gardé plutôt le côté masculin, et on a perdu un peu de magie en route mais ça reste un de mes titres fétiches, pour ce qu'il dit, malgré le résultat en deçà de ce qu'on espérait...

jull - pochette mouvement diurne


"Le Brouillard"

Celui-là c'est un peu un résumé du côté "magique" d'Olivier, on part de sa boucle, et il y a déjà dedans toute la narration du morceau et l'adéquation avec les visions "blizzards" du texte... Après il n'y a plus qu'à "broder" autour. On a une image commune liée à cette chanson, celle de la maison d'un pote qui se termine par un ponton sur un lac (Encore ! D'où le côté Monet, Lamartine, nénuphars !) qui est souvent dans la brume, alors pour jouer ce morceau on ferme les yeux, on pense à l'endroit et on y est, dans le brouillard...

 

"Chavirés"
Là encore c'est Oliv' qui avait cet air sous les doigts quand on a commencé à jouer avec Pierre (Thouzery, le batteur - avec qui Olivier joue également sur scène pour son projet perso (Un soleil dans la pluie, 2012). Ils faisaient tourner ça...Pour moi, ce sont des dons ces trucs-là, ce genre de mélodies, euh Oliv' tu nous la files celle-là, on peut s'en servir pour nous ?

 

"Les rois du monde"

Là aussi c'est un don, un sacré don !
Un week-end où on joue un peu pour chercher du neuf et où Nadj s'approche après s'être isolée un instant avec le texte en disant : "Tiens, j'ai trouvé des accords, assieds-toi et essaye de chanter ça comme ça...". Ça me touche d'autant plus qu'à mes oreilles c'est un des plus beaux titres qu'elle ait composé tous projets confondus, et qui a encore plus que Charivari orienté tout le reste. Aussi rapport à l'envie de ne pas faire que parler, mais de chanter un peu... Enregistré live, tous les deux dans la pièce.

 

"Ok Happy"

Le morceau farces et attrapes du disque, clin d'oeil géant au Bashung années 80, le mec (avec Thiéfaine et Higelin dans une moindre mesure à ce moment-là et beaucoup d'autres après...) qui m'a donné envie de "chanter" en français... Y a un côté "hommage" (à notre petit niveau hein attention) à Boris Bergman et à cette période-là, jeux de mots laids et ambiances psychés psycho rock. Il y a un clip je sais plus si c'est "Reviens va-t'en" ou un truc dans le genre où ils sont dans une espèce d'aquarium avec des costards à paillettes et des incrustations de poissons...
C'est ça ce morceau pour moi, pas du tout le côté "on est les rois de l'underground !" (rires) qui peut transparaître aussi...

 
"Dédicace"

Au-delà du sens du texte (écrit à la base pour un projet parallèle en trio avec Nadj et Olivier -Navire Argo- sur la (les) résistance (s) dans le Vercors et ailleurs), là encore un clin d'oeil à Bashung (et pour boucler la boucle, dans l'aspect - et toujours modestement - "L'Imprudence" mais minimaliste et presque façon haïku...).
Un texte écrit au moment où il a cassé sa pipe et où j'avais l'impression qu'il volait au-dessus de chez moi pour se réincarner et me filer un coup de main !!!
Et une ode au vin de Bourgogne et à l'improvisation musicale !!! (rires).

 
"Un petit arbre"

Celui-là on le voulait un peu "space odyssey", genre Pink Floyd période "Atom heart mother/ Meddle" !!! (rires).
Non, là encore une envie de paysage textuel et sonore, et les guitares de David à la fin de la première partie et la batterie de Pierrot qui nous ramènent à ce qu'on a pu essayer de faire au début, sur les premiers disques, dans le côté un peu post-rock avec Guillaume, Lucas, Guilhem et les ambiances un peu "Madrilènes" des débuts...
Et toujours cette envie d'être dans la nature. Dans l'organique. Dans la poésie...

 

Merci à Etienne

Album en vente ou téléchargement gratuit sur l'Amicale  http://www.amicale-underground.org/telechargements/jullmouvement.htm

++
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