Klub des Loosers - Interview

05/02/2003, par | Interviews |
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Parce que les fans de pop sont plus nombreux à écouter Anticon que les fans de hip hop ?

Mais attends, les fans de hip hop c'est quoi ? C'est des gars qui ont 15 ans. Moi aussi quand j'avais 15 ans j'étais "ah, c'est hip hop, c'est pas hip hop". Comme tous les gars qui ont 15 ans et qui sont à fond dans un truc. Comme ceux qui sont passionnés par le foot et qui vivent foot. Au bout d'un moment, tu t'aperçois que la vie c'est aussi plein de choses, que le hip hop c'est une toute petite parcelle. Quand tu samples des trucs, il y a un truc derrière, c'est de la musique aussi. Voir tout avec l'oeillère du hip hop c'est se fermer le monde complètement. Voilà pourquoi je traîne avec des gens différents.

Les chros, notamment celles qu'on voit sur Internet, t'ont souvent accusé de t'enfermer dans un registre...
Ouais, mais là j'ai un peu envie de dire quelque chose : "les nerds, allez vous faire foutre". C'est mon premier disque, je ne rappe pas pour trois nerds qui ont entendu des impros. Moi mon premier truc c'est maintenant.

Oui, mais rien que par le nom, le Klub des Loosers, et le thème de la misère humaine, on peut se dire que ça peut durer un album. Mais après ?
Après je me renouvellerai. Il n'y a pas de problème. En fait, je ne raconte pas ma vraie vie, je raconte des atmosphères. Pour l'instant c'est comme si je réalisais un film, cette atmosphère j'ai envie de la travailler, elle a plein de facettes. Ce maxi, j'avais vraiment envie qu'il résume deux ou trois ans de ma vie où j'étais vraiment en dépression. Le prochain maxi sera un peu plus joyeux, au niveau des ambiances. Et sur l'album, qui sera un format assez court, un douze ou treize titres je pense, j'ai envie d'amener autre chose.

Le problème c'est que je suis très honnête. Je ne mens pas. Quand je dis que je n'allais pas bien, c'est que je n'allais vraiment pas bien. Ca se passe par le biais de l'écriture, et forcément, il y a un certain recul. Mais je ne mens pas. Tout ça, c'est juste pour moi, les autres gens n'ont pas à le calculer. Pour l'instant c'est ça mon univers et je le fouille. Si les gens sont saoulés par ce même univers, ils s'en vont : "t'écoutes pas et puis c'est tout" (avec l'accent caillera). Quand tu vois David Lynch, finalement, ça fait dix ans qu'il a le même univers. Simplement il le travaille différemment. J'essaie de ne pas tomber dans un créneau. Finalement l'idée Klub des Loosers, j'ai été le premier à l'avoir et j'aurais pu prendre un créneau très facile "ouh je n'ai pas de chance je suis un rappeur rigolo ouh je suis tombé par terre".

D'autres vont le faire à ta place.
D'autres vont le faire à ma place. Mais tu vois, ce maxi il est prêt depuis un an. Moi entre-temps j'ai évolué dans ma tête. Sur l'album, je pense que j'amènerai une vibe un petit peu différente.

On a déjà parlé de L'Antre de la Folie. Tu y as participé et ça t'a évidemment lié à toute la nouvelle scène hip hop indépendante française. Ton jugement par rapport à cette scène ?
Je ne peux pas juger des amis. Tout du moins des gens que je connais bien et que je côtoie. Tekila ça fait 7 ans que je le connais. Je trouve ça bien qu'il y ait une autre scène pour le rap français. Mais je n'aime pas ceux qui disent que c'est l'alternative. Ce n'est pas l'alternative. C'est pas nous le rap. C'est pas non plus Booba et tous les trucs de caillera. Il n'y a pas qu'une image du rap, même si tout le monde veut être gardien du hip hop et dire "le rap c'est ça". C'est bien que cette scène existe. Je n'ai pas envie d'être dans le travers "on lutte contre le hip hop français". C'est aussi important qu'il y ait du rap français ghetto et je ne vois pas pourquoi nous ce serait mieux que d'autres. Tu vois Booba par exemple, j'aime bien. Je n'ai rien à voir avec tout ce qu'il raconte, mais je trouve ça intéressant, je trouve qu'il a de très bonnes phases. Booba écrit bien sur certains morceaux, même s'il y a pas mal de remplissage. C'est important que cette scène rap française évolue, qu'il y ait de la diversité.

Mais tu sais, je ne traîne avec personne dans le rap. Je suis chez moi. Je suis à Versailles. Je fais mes études. Je fais ma musique. Je ne traîne pas en soirée et je n'ai pas de contact avec les gens. Et quand je les vois, je les vois en tant qu'amis plutôt qu'en tant que "tiens, je vais voir Tekilatex de TTC". Finalement, je suis assez renfermé sur moi-même. Et c'est bien. Les gens que je côtoie ne savent même pas que je rappe. Ca me permet de garder les pieds sur terre. Le rap c'est pas ma vie, c'est ma vie que je mets dans le rap.

On a parlé de la France, mais sur tous les pendants de cette scène là, sur toutes les scènes indépendantes américaines ?
Il y a une période où j'étais à fond dedans. Mais maintenant je me fous de savoir si untel a signé chez Def Jux. J'écoute juste des disques, et je sais si je les aime ou pas. La seule personne avec qui j'aurais envie de travailler c'est MF Doom. Ou Ghostface, mais ça c'est plus dur à avoir. Leur musique me parle, c'est vraiment la conception que j'ai du rap : une boucle, qui tue, et un gars qui rappe dessus. Sur l'album, c'est ce que je vais essayer d'amener. C'est pas que ça m'influence, c'est que c'est vraiment ma conception du truc. MF Doom et Ghostface, quelque part, pour moi, c'est la même chose. Une prise, un son bien crade, et une boucle qui tourne. Mais je n'ai pas envie d'avoir quelqu'un de la scène indépendante pour avoir quelqu'un de la scène indépendante. Si j'avais l'occasion de rapper avec Busdriver, je ne le ferais pas. Parce que je me ferais froisser (rires). J'aime bien, mais il n'y a pas l'envie fondamentale de le faire.

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