Klub des Loosers - Interview

05/02/2003, par | Interviews |
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Sur les sons d'Orgasmic, on ressentait pourtant pas mal de trucs West Coast. C'est son truc à lui ?

C'est son truc à lui. J'écoute beaucoup de West Coast Underground, mais je ne me vois pas rapper comme ça, en tous cas pas dans le Klub des Loosers. Dans le Klub des Loosers il y a cette image, il y a cette voix un peu geignarde, ce flow qui va bien avec l'ambiance. Dire ce que je dis avec des flows West Coast, ça n'irait pas. C'est là où je dis que j'ai un flow. Parce que le flow doit correspondre à ce que tu racontes. Si mes phases étaient noyées dans un débit incroyable, on ne les calculerait pas. Ca fait 7 ans que je rappe. Je peux rapper West Coast. Il n'y a pas de problème.

Tu peux faire du Busdriver ?
Avec du travail, tu peux reproduire n'importe quel flow. Je peux écouter Log Cabin et reproduire les flows. Ca m'intéresse pour moi. Peut-être que je le ferai plus tard. Mais pour l'instant je suis dans le Klub des Loosers, ce projet là m'intéresse et je le fais. Avec Orgasmic, je crois que notre grande erreur, c'est qu'on était les meilleurs copains du monde. On traînait ensemble depuis 7 ans. On avait une passion commune et on croyait qu'en faisant de la musique, ça allait défoncer. Et puis finalement, on n'avait pas tant d'affinités artistiques que ça. Au moment de faire la signature, comme au moment de faire un enfant, tu te dis "est-ce vraiment la bonne personne ?". Tu fais le bilan, et tu t'aperçois que ça n'est pas forcément ça.

(une discussion décousue sur les embrouilles récentes de la scène rap)

Je trouve ça dommage. La scène hip hop est embryonnaire. Elle est différente. Et tout le monde commence déjà à se tirer dans les pattes. C'est pour ça que je me tiens éloigné du hip hop parce que ça n'est que des embrouilles toute la journée. Tu ne fais pas de musique. Moi j'ai autre chose à foutre. Sur Internet par exemple, au début j'y allais, mais je n'y vais plus. Ca me saoule de voir mon nom sali par des nerds. Ca ne m'intéresse pas. Internet, c'est bien, mais ça n'est qu'une catégorie de personnes : des gens qui ont l'ADSL ou qui bossent toute la journée. Ca m'a desservi. Tout le monde en a parlé juste parce que j'ai fait Grekfrite. Alors que je n'ai jamais été un nerd. Je ne sais même pas comment on entre un son en mp3. Je n'ai jamais lâché un post sur un forum. Des fois tu as des gars qui parlent de moi, et je me dis : "mais pourquoi ils parlent de moi, à côté il y a Triptik qui sort un album, moi je n'ai fait qu'un maxi".

Ca faisait du Klub des Loosers un groupe pour les nerds.
Oui. Alors que ne suis pas un nerd. Je sais faire marcher ma boîte mail. Je sais aller sur les forums. Mais je ne sais même pas chatter. Je ne suis pas dans ce monde là. J'ai pas le temps et chez moi je n'ai même pas d'ordinateur.

Comment t'es-tu retrouvé à Grekfrite ?
Tekila m'aimait bien, ça faisait longtemps qu'on se connaissait. Je l'avais connu par Orgasmic. Je le connaissais déjà à l'époque de "Ghetto Circus", le premier morceau de TTC avec La Caution sur la compilation Vague Nocturne. Tekila m'a donné ma chance sur L'Antre de la Folie. Il a toujours été un bon manager pour moi. Sans que je lui demande rien, il m'a toujours poussé. Je le remercie vraiment, il a vachement aidé à fédérer cette scène. Mais Tekila, c'est comme Cyanure et James Delleck. Je les vois plus comme mes amis. C'est humainement que je les aime bien.

Il me reste les questions rituelles et conclusives sur la playlist.
J'en étais sûr. Je m'étais dit que j'allais réviser pour ça. En ce moment j'écoute Log Cabin. J'ai envie de te dire que j'écoute Operation Doomsday tous les jours. J'écoute Roy Ayers. J'écoute beaucoup de choses que je sample. Si je te le dis là c'est relou parce qu'on va savoir d'où je tiens mes samples. J'écoute de tout, mais pas tant de musique électronique que ça. Plus de la soul. Plus du jazz. J'écoute la musique des Trois Mousquetaires (rires).

Hein ? C'est quoi ça ?
Le dessin animé, les Trois Mousquetaires. C'est horrible à dire mais j'écoute de tout. J'écoute un CD que m'a fait dEtEcT avec des vieux morceaux de Sach de The Nonce. J'écoute un morceau tiré de l'album de Busdriver et de Radioinactive. "Dis-moi ton nom, et je te dirai Radioinactive". Il froisse Busdriver, il fait des trucs incroyables. J'écoute les instrus que je fais pour voir là où ça déconne et les rendre meilleures. Je ne me vois pas écouter que du hip hop aujourd'hui, ça ne me convient pas. Ce qui me fait vraiment bander en hip hop c'est les trucs sortis entre 95 et 98. Tous les labels indépendants.

C'est pas 93-95 chez toi ?
Aussi. Mais c'est plus 95-98. J'aime bien les vieux Souls of Mischief, tout ça, donc on va dire 93-98. 95-96 ça a été une putain de bonne période.

C'est marrant, c'était pas vu comme tel à l'époque. 96 pour la plupart des gens c'était une année pourrie. A part le premier album de Ghostface.
Mais ils sont fous. Tu avais trop de trucs dans les indépendants. C'était bien. C'est ce hip hop là que j'aime. Des boucles et un gars qui rappe dessus.

Un message à faire passer aux gens ?
Ecoutez de la bonne musique et lâchez Internet.

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