Kim - Track by Track

11/09/2012, par Béatrice Lajous | Track by track |
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Enregistré d'un printemps à l'autre, le nouvel album de Kim - "And Then We Take Another Road" - regroupe onze titres au piano et à la guitare. Habitué à nous tenir informés à grands renforts de posts, le musicien n'a pas hésité à nous en dire plus. Un scénario spontané, dans lequel s'intercalent références bien trempées, coups de gueule et mystères (romantiques) de la tonalité. Ses mélodies acoustiques, qui se déclinent comme ses pochettes ou ses vidéos, nous collent décidément à la peau et au coin des yeux. Vingtième, clap. 

"And Then We Take Another Road"

J'ai entendu cette chanson dans ma tête telle quelle à la suite d'une rupture. Je suis rentré chez moi et j'ai enregistré ce que j'avais imaginé. Elle est répétitive et quasi médiévale. Après l'avoir enregistrée, début avril 2011, j'ai eu envie de réaliser tout un album avec cette couleur, simplement avec un chant, une guitare classique, un piano. J'ai aussi commencé à refuser les refrains. Les paroles parlent d'une rupture mais je ne voulais pas d'un disque autobiographique. Je voulais aussi l'enregistrer sur un ordinateur pour faire quelques effets d'édition de fichiers. Comme par exemple cette note très longue de chant dans un écho de plus d'une minute. Je voulais illustrer le grand vide qu'on peut ressentir lors d'un départ.

J'avais en référence l'unique ballade acoustique de l'album "From The Hip" de Section 25. Gamin, cette chanson m'avait marqué : une guitare, un piano, une voix juste après un instrumental électronique. L'impression apocalyptique qui se dégageait de la ballade due à sa place dans l'album m'avait surpris. Le calme après la tempête. Vu mon album précédent, "Radio Lee Doo" et son énergie, je pensais intéressant de rompre ce rythme disco au sein même de ma discographie. Car je m'adresse plus ou moins volontairement d'abord à ceux qui me suivent, en tentant de leur livrer un feuilleton depuis quelques années. Je ne choisis pas les auditeurs, car je trouverais cela puant et lâche, mais disons que je pense à ceux qui me suivent avant tout, une fois que mon impulsion personnelle a donné l'élan. Et je me suis dit qu' un disque de ballades pourrait avoir du sens. J'ai pensé que la chanson pouvait donner son titre à l'album. Ca avait du sens dans le disque autant que dans ma discographie. Au vingtième album, on change de chemin. Et puis j'aime beaucoup que la première chanson d'un disque donne son titre à un album. Ca me rappelle le pub rock, un style que peu de gens aiment en France.

"Soldiers of Creation"

Cette chanson m'a dérangé. Elle avait une rythmique et une distribution harmonique qui me rappelaient une vieille chanson à moi, "Ocean Bird". Au départ, j'avais enregistré cette dernière en 2000 pour mon album "Goodbye Lady Lane" et sa rythmique se rapprochait de Teenage Fanclub. Puis j'ai enregistré une nouvelle version de "Ocean Bird" accompagné par Herman Düne en 2005 pour mon album "Kim is Dead". Neman a joué une partie de batterie qui m'a donné une nouvelle impulsion rythmique que j'ai gardée par la suite. Et cette rythmique était à nouveau présente dans ma nouvelle chanson "Soldiers of Creation". Il a fallu que j'oublie "Ocean Bird", ce qui était dur. Puis le titre m'a dérangé car je le trouvais pompeux. Mais je tenais à ce texte et cette mélodie. La distribution des accords me rappelait mon album "Married On" et je sais que ces couleurs me permettent une grande concentration en live. Le texte parle des musiciens dociles qui laissent leurs agents diriger la totalité de leurs actions. Nous en sommes arrivés à un point où les musiciens ne veulent que la perfection car c'est ce que l'entourage et la profession musicale réclament. Mais le public, lui, a besoin d'imperfection, de zones d'ombres.

J'aime beaucoup ce que la théorie des jeux de John Forbes Nash nous a appris en économie. Bien sûr je n'en ai entendu que des choses sommaires car je ne suis pas économiste. Mais cette idée qu'il faut des pertes pour qu'il y'ait des gains m'a toujours fait penser aux pleins et aux déliés. Je suis souvent DJ et je remarque qu'une bonne chanson dépend aussi de celle d'avant. On ne peut pas tout donner avec la même intensité. En musique pop aujourd'hui, l'industrie (si tant est qu'il y en ait encore une, puisqu'il n'y a plus de produits, on devrait parler d'un secteur de distribution) tente d'être au maximum de l'immédiateté de tout : compression du son au maximum pour avoir un fort volume, des concerts sans aucun moment de pauses pour que le public soit tout le temps hystérique, des photos qui tapent, des chiffres de ventes ou de lectures sur youtube qu'on expose sur les réseaux sociaux et des musiciens qui ressemblent plus à des soldats qu'à des punks. Je détestais l'école et tout type d'autorité. Ça n'est pas prêt de changer.

Ce que je décris dans cette chanson est quelque chose que je n'aime pas. Je ne me place pas au dessus. Je voulais juste faire une photo de ce que j'ai pu voir car mélangés à la musique, ces musiciens que je décris peuvent sembler tout à coup un peu plus mélancoliques.

"Rainbows"

C'est une chanson au piano. Elle reprend des bouts de phrases de "To Kremlin", de mon disque précédent. Réutiliser des ingrédients me donne parfois une base. Je voulais une chanson fantôme. Une sorte de songe plus qu'une mélopée. Qu' on entende la chanson plus qu'on ne l'écoute. A la fin de la chanson j'ai tenté une gamme de l'Europe de l'Est.

"Amandine"

Amandine m'a mis au défit de lui écrire une chanson. Elle repartait pour la Belgique et j'ai souhaité lui envoyer au plus vite cette chanson dans sa boîte mail. Pour jouer les romantiques, j' ai ajouté des accords Septième majeurs, des sixtes, des neuvièmes et des onzièmes un peu partout.

"Jackie Song"

J'ai commencé à écrire cette chanson vers 1998. J'ai changé le texte des tas de fois. Puis j'ai appelé mon amie Ava Carrere au secours pour la terminer. C'est une chanson sur le couple du point de vue de Jacques Brel, Léo Ferré et Georges Brassens. En les imaginant parler depuis leurs tombes.

Kim sur l'herbe

"White Balloon"

L'album a été écrit et enregistré de façon chronologique. Je voulais qu'on sente une progression naturelle de climat. Mais j'ai aussi pioché dans mes brouillons comme c'est le cas pour "Jackie Song" ou "White Balloon". J'ai enregistré une première version de cette chanson en 2010 et ne trouvant pas de place pour elle dans "Radio Lee Doo" j'ai choisi de la poster sur mon blog pirate "coussinet", un blog dans lequel je propose des enregistrements inédits que je n'arrive pas à inclure dans les disques officiels. Donc certaines personnes ont une première version de "White Balloon" en mp3 depuis deux ans.

J'entendais cette chanson avec un son proche des disques de JJ Cale que j'adore mais je n'arrivais pas à la faire sonner ainsi. Et puis ç'est une chanson sans accords pleins. Juste des notes. Ce genre de chansons me laisse toujours perplexe car le manque de couleur harmonique me plonge dans le vide des lignes. Les chansons sonnent comme en noir et blanc. Lorsque j'ai repris le brouillon de "White Balloon" j'ai alors eu envie d'une pochette en noir et blanc.

Dans les années 90, j'essayais parfois plusieurs versions d'une même chanson en passant du rock au disco. Quand ca ne fonctionnait pas, je revenais vers la folk, naturellement. C'est ce que j'ai fait avec "White Balloon". Ca m'a rappelé la Lofi. Cette chanson fonctionnait si elle se trouvait en début de face B. Elle m'a donné envie d'une sortie vinyle. C'est aussi une chanson au texte abstrait. J'ai commencé à avoir envie de refaire des chansons photographiques. La couleur est passée naturellement de la musique vers les textes pour la suite de l'album.

"Picture of Emilie"

J'ai entendu cette chanson dans ma tête un soir, chez moi. La mélodie me semblait plus grave que d'habitude. J'ai pensé à la voix grave de mon ami Aurélien du groupe Apes and Horses et j'ai tenté de poser un climat pastoral. Puis j'ai pensé qu'un texte à contre-emploi sur le voyeurisme pourrait être un bon choix. J'ai enregistré cette chanson sur un seul micro, une nuit.

"Piano Song"

Pour cette chanson j'avais des accords,une mélodie et une forte envie de jouer du piano, de citer le mot "rainbow" pour faire une symétrie avec la troisième chanson du disque, elle aussi au piano. Le texte est totalement abstrait. Le jeu de piano est inspiré par mon amie Cléa Vincent, une pianiste que j'aime beaucoup avec qui j'écris des chansons parfois, en français et qu'elle chante. Mais pour l'interprétation j'ai inclus des legato de voix un peu sixties comme le font Natas Loves You. J'ai remplacé leur batteur durant 6 mois et ça m'a redonné envie de chanter de façon lancinante comme j'ai pu faire parfois.

"Tight Like The Tide"

Je voulais chanter très aigu sur cette chanson. Mais le rythme était copieux au chant. Je passais par hasard sur facebook et j'ai croisé Lisa Li Lund. Je lui ai demandé d'écrire un texte abstrait avec moi. Elle est allé très vite et j'ai pu enregistrer cette chanson discrète avec des phrases pornos.

"Claps"

Cette chanson n'avait ni couplet ni refrain mais une erreur de placement de notes m'a donné envie de l'enregistrer. Il y a une phrase qui dépasse rythmiquement. Puis j'ai improvisé un texte abstrait et ai ajouté des claps de mains, distribués de gauche à droite sur le mixage. En entendant le résultat j'ai eu envie d'un piano jouant en syncope. A la moitié de la chanson, et comme j'enlève une croche à la guitare sur le triolet et que le piano entre en syncope, on ne sait plus qui est la syncope de qui. La chanson donne l'impression de balancer en valse pour la première fois.

Il n'y a que deux chansons ternaires sur le disque, "Picture of Emilie" et "Claps" et on ne s'en rend pas compte. Jouer ternaire dans un disque folk ç'est un peu téléphoné. Je ne voulais pas que ça se sente. Pour que le disque sente d'avantage le Bresil que le Texas, j'ai joué d'une guitare classique à laquelle il manque le Ré. La tonalité de mes trois précédents albums étant le Ré Majeur, j'ai pensé que cette corde cassée était un signe de rupture.

"Love Is Gone"

Une seule phrase pour une chanson. J'avais fait ça aussi en chanson de fin de mon album "Rock And Roll Calvaire" avec la chanson "Summer Is Long". J'y avais entendu quelque chose de tribal. Je voulais essayer de terminer sur une note sectaire, un peu bluesy.

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