L - Interview

12/10/2011, par Benoit Crevits | Interviews |
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Passage devenu régulier pour POPnews, les Francofolies 2011 ont encore apporté leur lot de bonnes surprises et de confirmations. Après un travail en résidence aux Chantiers des Francos en 2010, qui s'était accompagné par la parution du titre " Petite" sur la compilation " Chroniques IV", L revenait en terre rochelaise présenter son album "Initiale". J'avais déjà, à cette époque, été happé par la voix doloriste, le timbre mouillé de Raphaëlle Lannadère même si l'on sentait que musicalement les choses n'étaient pas encore bien en place. Un an après, à l'écoute de ce premier disque, on se rend vite compte que musicalement les choses ont pris de l'épaisseur. Sorte de passerelle imbibée d'un héritage patrimonial qu'elle prend à bras le corps, "Initiale" est pourtant d'une terrible modernité. Il y a aussi quelque chose de l'ordre de l'apesanteur qui se dégage du disque sans doute parce que tout nous paraît parfait, limpide, évident, sans aucune faute de goût alors que dans une écriture imprégnée de poésie, l'écueil d'une trop grande préciosité était bien présent. Manteau tourterelle, cheveux balayés par les embruns rochelais... Heu, non, laissons ça à L.

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L'année dernière tu étais sur la scène des "Découvertes". Depuis, les choses se sont accélérées pour toi.

Oui, j'ai eu la chance de travailler à la Rochelle par le biais de sessions. On s'est très bien occupé de moi. Maintenant j'ai un label, je viens de recevoir le prix Félix Leclerc et ce soir je chante sur la scène du Grand Théâtre. C'est assez chouette. (Expression fétiche de la Dame à mon humble avis)

Tu peux nous parler un peu de tes influences ?

Il y a une grosse partie "Chanson" avec Brel, Ferré, Barbara ou encore Brigitte Fontaine mais il y a aussi beaucoup de musique anglo-saxonne dans mes inspirations avec les Beatles, Björk, Billie Holiday, du jazz, du hip-hop, bref pas mal de choses.

Tes textes sont très travaillés. La littérature t'influence t-elle aussi ?

J'ai lu avec frénésie pendant quelques années autour de mes 20 ans. Beaucoup d'oeuvres d'Antonin Artaud, Georges Bataille, Aimé Césaire, Aragon, Beaudelaire. Je dois ça à ma mère qui dévore livre après livre. Pour mon amour de la poésie, Babx y est pour quelque chose. Il m'a fait découvrir de belles choses. J'aime aussi faire des soirées lecture avec des copains.

C'est aussi à l'âge de 20 ans je crois que tu as commencé à t’intéresser aux polyphonies.

Oui, c'est exact. J'ai débarqué dans une école de chant qui s'appelait les Globe-Trotters où j'ai rencontré Martina Catella qui est ethnomusicologue. Elle s'est baladée dans bon nombre de pays et a récolté plein de chants polyphoniques qu'elle fait découvrir et apprend dans cette école. C'est là-bas que j'ai pu chanter des chants corses, quawwals, tsiganes, du gospel. J'ai vraiment découvert tout un tas de musiques, de cultures que je ne connaissais pas. Ça m’a également beaucoup aidé techniquement.

Peux-tu nous expliquer ton processus d’écriture.

Tout passe par l’émotion. C’est un peu le fil directeur. Les choses qui m’émeuvent, qui me bouleversent, près ou loin de moi, des souvenirs, des personnes qui me manquent. "Petite", par exemple, parle d'un homme amoureux d'une prostituée sans-papiers. On reprend aussi la chanson "El Djazaïr" qui parle de l'engagement : une chose auquel je crois avant tout. La lecture de "La Guerre des Gusses" de Georges Mattéi en a été le point de départ. C'est un livre magnifique qui raconte l'engagement de deux appelés en Algérie. L'un assiste à une scène de torture dès son arrivée et décide de déserter et rejoint les rangs du FLN. J'aime la chanson engagée quand elle est au second degré. J'utilise toujours un subterfuge, une histoire d'amour, d'amitié, une situation romanesque, pour faire passer un message de façon sibylline. C'est une chanson que j'ai écrite il y a cinq ans et qui a pris une nouvelle dimension en concerts avec les derniers événements du monde arabe. On aime beaucoup la jouer. Je travaille beaucoup mes textes. Ceux qui parlent de moi, de mon frère ou de ma grand-mère sont plus spontanés naturellement car c'est une émotion très brute assez intacte que je retranscris. Le reste prend beaucoup plus de temps naturellement.

Tu es un peu la chouchoute en ce moment. On parle de toi partout autant dans la presse spécialisée que dans les médias grand public. Tu as même été Disque de la semaine dans Télé 7 jours et dans Public. C'est un peu flippant ?

Pas du tout. Je suis très heureuse. J'espérais aussi ça quelque part mais je n'avais pas pensé que les choses se passeraient aussi bien. C'est un peu une surprise. Il y a deux ans, c'était très difficile. Là, c'est facile, tant mieux.  

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La critique a été unanime à l'exception de deux ou trois papiers qui te reprochaient ton côté un peu vieille France qui porte le poids d'un héritage dont on ne peut se défaire.

Moi je trouve que c'est chouette de s'inspirer d'une tradition, d'un patrimoine. Je vois pas le mal là-dedans. Les groupes anglais d'aujourd'hui s'inspirent des Beatles, non ? Je ne vois pas pourquoi on devrait renier les nôtres, faire fi d'un âge d'or qui a tellement bouleversé les codes. Et puis ce sont mes racines. J'ai grandi avec ça. Je pense bien évidement à Barbara et Brel qui trônaient dans la discothèque familiale. J'aime effectivement ce lyrisme un peu désuet de la chanson française mais, je pense quand même que mon disque propose autre chose que de la valse musette...

Tu as un rapport fusionnel avec la musique de Barbara ?

Oui mais pas seulement avec Barbara. Il y a aussi Billie Holiday. Toutes deux sont vraiment mes deux mamans musicales. J'ai un rapport émotionnel avec leur musique tout à fait particulier. Je les reconnais immédiatement même dans des endroits très bruyants car elles me sont très familières.

Spontanément, il y a des gens avec qui tu souhaiterais collaborer ?

J'ai vu The DØ récemment. Je les admire beaucoup. Je trouve ce groupe fantastique à tout point de vue. S'ils ont besoin de moi, qu'ils m'appellent ! J'aime aussi beaucoup Camelia Jordana pour qui j’ai écrit. Ça a collé tout de suite entre nous.

Sur scène il t'arrive de faire des reprises ?

Oui bien-sûr. On reprend une chanson de Lhasa qui s'intitule "Love Came Here" et on fait une reprise assez épurée de "Creep" de Radiohead avec violoncelle et synthé en oubliant la rythmique du titre original. On reprend aussi Björk et pour ce soir j'ai mis aussi en musique un poème de Kerouac.

Une chanson que tu as rêvée d'écrire.

"Madame" de Léotard, que j'ai écoutée ce matin. J'aime tout dans cette chanson. Musicalement c'est incroyable. Les arrangements sont magnifiques. Ça fait penser aux "Marquises" de Brel. Ça fait le lien avec "Madame Rêve" de Bashung. C'est à peu près tout ce que j'aime. Le texte quant à lui est absolument prodigieux. Et puis, c'est une chanson qui suscite l'interrogation. J'aime à m'imaginer le processus de création de "Madame Rêve" après que Bashung eut écouté la "Madame" de Léotard. Avec Babx on aime bien digresser à partir d'une chanson pour essayer d’en comprendre le processus de création. C’est chouette.


L vient de commencer une tournée. Toutes les dates ici.

Photos Xavier Léoty

Merci à Maïlys Pointelin-Pivard & Maryz Bessaguet

Merci à Florie Lhuillier

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