La Route du rock, Saint-Malo, du 18 au 20 août 2017

25/08/2017, par et | Festivals |
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La Route du rock été a réuni le week-end dernier pour la 27e fois les amateurs de musique indépendante à Saint-Malo et dans ses environs. Après une édition 2016 à la fréquentation décevante et pauvre en noms porteurs, l’équipe du festival malouin avait misé gros en doublant cette année le budget artistique. Chaque soirée a ainsi pu bénéficier d’un grosse tête d’affiche, respectivement PJ Harvey, The Jesus and Mary Chain et Interpol venu fêter les 15 ans de “Turn On the Bright Lights”. Le pari a été tenu, au prix certes de gros embouteillages sur le site le vendredi, la soirée la plus chargée (d'autant que PJ Harvey jouait étrangement tôt).

Rarement une édition avait autant allié qualité artistique et succès public (28 000 festivaliers au fort de Saint-Père, 36 500 au total, en comptant notamment le concert complet du jeudi soir à la Nouvelle Vague). Même la pluie avait décidé de prendre des vacances. Le festival s’est en outre payé le luxe de deux invités surprise qui ont beaucoup fait parler d'eux : des tas de fumier près des accès du festival, “cadeau” d’un agriculteur au fort pouvoir de nuisance, puisque propriétaire de plusieurs champs autour du site. Espérons que ces bisbilles clochemerlesques n’auront pas d’incidence sur la tenue des prochaines éditions… En attendant, voici un copieux retour sur celle de 2017, où le psychédélisme et le rock garage dans tous ses états ont nettement dominé, laissant les festivaliers heureux mais sur les rotules.

 

Vendredi 18 août

C’est à Froth, quartette formé il y a quatre ans à Los Angeles, que revient la tâche d’ouvrir la première soirée au Fort de Saint-Père, sur la scène des Remparts. Côté fashion, le groupe annonce la tendance générale de cette année : casquette crade, T-shirt fatigué, pantalon feu de plancher et croquenots poussiéreux. Musicalement, en revanche, ils sont un peu à part : les jeunes Californiens semblent avoir retrouvé les pédales d’effets (et la discrétion) des shoegazers anglais début 90’s, même si leur musique affiche aussi par moments une sorte de décontraction typiquement américaine, et préfère les sonorités planantes aux excès noisy. Sans être époustouflant, le résultat est maîtrisé et très plaisant, à l’image des disques.

Frost

La soirée affiche une forte dominante West Coast : après Froth, et avant Thee Oh Sees, DJ Shadow et Car Seat Headrest (de Seattle), c’est Foxygen qui déboule sur la grande scène, offrant un vif contraste aussi bien sonore que visuel avec ses prédécesseurs. Le groupe est augmenté d’une chanteuse et d’un trio de vents (essentiellement des cuivres) apparemment recruté localement pour les dates européennes, soit une dizaine de personnes sur scène – ce qui est finalement peu quand on sait que le dernier album a été enregistré avec un orchestre de 40 musiciens. Sam France est visiblement passé par l’atelier maquillage et n’a pas lésiné sur le costume (il réussira même à en changer au milieu d’un concert de 50 minutes…) ; en veste de survêtement plus casual, Jonathan Rado s’acharne sur son clavier comme un pianiste de honky tonk. Partagé entre morceaux de “We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic” (réarrangés) et du nouveau “Hang”, le concert est loin d’être désagréable, mais laisse quand même un peu perplexe. Si l’on salue l’ambition des deux garçons, à l’évidence doués, qui revisitent le Great American Songbook, Broadway et Tin Pan Alley, l’impression de pastiche et d’ironie postmoderne rend l’adhésion difficile. Et quand le chanteur, en introduction au dernier morceau “America”, célèbre la grandeur de son pays – ce qui est évidemment son droit, même dans le contexte actuel –, on ne sait pas trop comment le prendre.

Foxygen

Tête d’affiche incontestable du festival, PJ Harvey a divisé avec un concert faisant la part belle à ses deux derniers albums, “The Hope Six Demolition Project” et “Let England Shake”. Le ton est donné avec une entrée sur scène en fanfare des dix musiciens sur l’intro de “Chain of Keys”. Mick Harvey, John Parish, James Johnston, Terry Edwards… Peut-être le plus beau casting actuel avec la saison 3 de “Twin Peaks”. Entièrement vêtu de noir, ne laissant transparaître aucune émotion, le groupe est en accord avec le caractère grave des chansons. PJ illumine pourtant la scène avec une gestuelle théâtrale et une maîtrise vocale toujours aussi impressionnante. Le son est puissant, appuyé par deux saxophones, trois guitares, trois batteries. Le set est pro, bien rodé, réfléchi ; il semble difficile d’y insérer les classiques que tout le monde attend. Sur la fin, l’Anglaise gratifiera toutefois les festivaliers des intouchables “White Chalk”, “50 ft Queenie” “Down by the Water” et “To Bring You My Love” (la setlist a légèrement évolué depuis l’été dernier). Insuffisant sans doute pour ceux qui attendaient un concert plus classique, dans la lignée de sa remarquable prestation à la Route du Rock en 1998. Son grand retour au festival s’inscrit pourtant dans le top 5 des concerts du cru 2017.

Les deux tiers des envoyés spéciaux de POPnews se prénommant Vincent, il était logique que le concert de Car Seat Headrest commence par le morceau portant ce titre. Le projet solo du précoce et prolifique Will Toledo – actif depuis 2010 – est devenu un quartette soudé – mention spéciale au guitariste –, habitué aux gros festivals européens (on les avait déjà vus et appréciés à Primavera l’an dernier). Les morceaux souvent longs de “Teens of Denial” prennent toute leur ampleur sur scène, entre rage adolescente et coolitude nerd, rappelant quelques bons moments des Route du rock des années 90. Si Toledo écrit encore des refrains du calibre de celui de “Drunk Drivers/Killer Whales”, repris en chœur par le public, son avenir est assuré.



Car Seat Headrest rdr 2017

Sleaford Mods, longtemps considéré comme un groupe à part, commence à faire des émules. Son influence est incontestable sur le premier album de Idles, “Brutalism”, même si la formation est plus classiquement rock dans son instrumentation. L’excellente surprise sur disque allait-elle se confirmer sur scène ? Dès les premiers instants, celle-ci est prise d’assaut. Le son est puissant, énergique mais pas brouillon. Les cinq membres sautent dans tous les sens, se roulent des pelles et font tourner une bouteille de whisky. L’un d’entre eux est même torse nu alors que le public a déjà sorti les pulls et les blousons.

Idles rdr 2017

Idles nous offre le pogo du festival : même les plus timides se prennent au jeu tant leur énergie est contagieuse. Derrière leurs textes à caractère politique et social, se cachent un sacré humour et une bonne part d’esprit lad qui ressortent encore plus en live. Idles est sans doute la révélation du festival 2017. Avant d’entamer le dernier morceau, le bien nommé “Rottweiler”, Joe Talbot prévient le public qu’il ne faut pas rater le concert de Thee Oh Sees, qu’il considère comme le meilleur groupe live au monde. Il n’a pas tout à fait tort.

Idles rdr

Auteurs d’albums passionnants même si parfois à la limite de l’indigeste, Thee Oh Sees ont surtout la réputation d’être un groupe de scène. En une heure et dix morceaux, il vont mettre les festivaliers K.O. Soutenu par deux batteurs hyper concentrés à la précision métronomique sidérante et par un bassiste, John Dwyer fait cracher à lui seul un assaut sonique entre le garage, le psychédélisme et de la musique de science-fiction. Ne tenant pas en place, il joue à la fois de la guitare (translucide) et du synthé. Le groupe ne s’attarde pas sur un album en particulier, préférant piocher dans sa foisonnante discographie. Rien n’est calculé, une grande liberté ressort de chaque titre qui semble évoluer en temps réel. Le public, fan ou n’ayant jamais entendu parler du groupe, ne cache pas son enthousiasme.

The Ohsees rdar 2017

Fort de Saint-Père, terre de contrastes : seule sur la scène des Remparts, Helena Hauff livre un DJ set minimaliste et continental où l’on ne reconnaît pas un seul morceau. Raisonnablement dansante mais un brin monotone sur la durée, sa prestation ne contribue pas vraiment à réchauffer l’atmosphère qui commence à fraîchir. Saluons quand même les efforts de la Route du rock qui nous épargne les bourrins à gros kick pour ses fins de soirée electro.

Helena Hauf

Comme à peu près tout le monde, on a beaucoup écouté DJ Shadow il y a vingt ans, avant de s’en désintéresser progressivement. Le froid, la fatigue et l’heure tardive nous feront capituler au bout de quinze minutes (à 3 h, tout de même), soit avant les “oldies” annoncés par l’Américain en introduisant son live. Tant pis.

Samedi 19 août

Sur la plage de Bon Secours (alias Arte Concert), au pied des remparts de Saint-Malo, la musique invite à la sieste, sur le sable ou dans une chaise longue pour les plus chanceux. Sous le soleil, le Rennais Le Comte puis l’Américaine Kaitlyn Aurelia Smith tripotent les boutons de leurs synthétiseurs modulaires pour nous faire planer. La seconde y ajoute sa voix dans un micro HF, traitée à la façon de Laurie Anderson. Musicalement, on pense aussi à des artistes plus récentes comme Juana Molina ou Julia Holter. On est bien, mais il ne faut pas non plus trop traîner si on veut arriver à l'heure au Fort.

Cold Pumas est l’un de ces groupes qui résument parfaitement l’esprit old school de la Route du rock. Alban Coutoux, programmateur du festival, a toujours le nez pour dénicher quelques formations encore méconnues qui vont ravir les festivaliers. Sans être des bêtes de scène et partant avec un sacré handicap avec son batteur-chanteur ventripotent, le quartette de Brighton délivre une prestation qui monte en puissance tout du long, vous agrippant en douceur pour ne plus vous lâcher. Ses compositions sous influence post-punk et rock indé à guitare 90’s, à la fois mélodiques et répétitives, sont aussi efficaces sur scène que sur disque, sans jamais jouer la facilité. Une parfaite entrée en matière pour ce deuxième jour au fort de Saint-Père.

Cold Pumas rdr 2017

Changement d’ambiance et de continent avec les New-Yorkais (d’adoption) de Parquet Courts. Leur prestation débute un peu mollement avec des titres du dernier album, le plutôt apaisé “Human Condition”. Ce n’est qu’à partir de la suite “Master of My Craft”/“Borrowed Time” (ils jouent ces morceaux à chaque concert, toujours enchaînés avec un très court break, comme sur l’album “Light Up Gold”), que le groupe atteint sa vitesse de croisière. Le contraste entre la hargne d’Andrew Savage, en chemisette bariolée, et l’attitude plus décontractée d’Austin Brown, aux faux airs de Thurston Moore, chacun d’un côté de la scène, fonctionne toujours aussi bien. Incontestablement l’une des meilleurs formations live de ces dernières années.

Parquet Courts

Au regard des prestations sold-out de la majorité des groupes 90’s qui se reforment, nous aurions pu penser qu’il allait falloir batailler sec pour approcher de la scène des Remparts où se produisent les Ecossais d’Arab Strap, séparés en 2006. Ce ne sera étonnamment pas le cas. Certes, les textes d’Aidan Moffat, à l’humour acerbe et désenchanté, s’apprécient davantage assis dans son canapé qu’en plein jour dans un festival. C’est là que le talent du discret multi-instrumentiste Malcolm Middleton s’avère décisif. Subtilement réarrangés avec une pointe électronique dominante, des classiques comme “Girls of Summer” ou “The Shy Retirer” parviennent à captiver. Aidan Moffat, en bermuda en jean, chemise noire et barbe de hipster,ne cache pas son plaisir de se retrouver sur scène. Il finira le concert bien imbibé (on a arrêté de compter le nombre de canettes vidées pendant une heure) et feuille A4 à la main pour être certain de ne rien oublier des paroles interminables de “The First Big Weekend”, premier single du groupe. Peut-être bien la plus belle fin de concert de cette Route du rock, la plus émouvante en tout cas.

Arab Strap

Sans se concerter, les deux plumes de POPnews sont allées se sustenter (compter une petite demi-heure de queue, moins que la veille) pendant le concert de Temples. Et n’en ont donc pas vu grand-chose. A l’oreille, ça semblait carré et bien fichu, comme sur disque.

Temples mdr 2017

Vus il y a quelques mois à l’Elysée Montmartre, à Paris, les vétérans The Jesus and Mary Chain avaient paru en grande forme, notamment Jim Reid qui chantait très bien, s’adressait régulièrement au public, et qu’on avait même vu sourire furtivement. Bien que plus courte (six morceaux en moins, dommage notamment pour “Cherry Came Too”), leur performance malouine fut au moins aussi bonne, devant un public dans l’ensemble plus jeune et donc un peu plus excité (dans les limites du raisonnable, on était loin des légendaires confrontations londoniennes des années 84-85). On pourra toujours mégoter sur le choix des morceaux du nouvel album “Damage and Joy” (quelques-uns très bons, d’autres un peu plus anecdotiques), mais pour le reste, les Ecossais ont été à la hauteur de leur légende, offrant une belle setlist et nous faisant au passage réévaluer leur album “Automatic”, à la production un peu datée, en assénant des versions formidables de “Between Planets” et “Halfway to Crazy”. Thanks, bros.

jm chain

Sur la seconde scène, les Black Lips livrent un concert qui, imagine-t-on, ressemble aux centaines (milliers ?) qu’ils ont déjà donnés depuis près de 20 ans. Spontané, brouillon voire gentiment bordélique, avec des voix pas toujours très justes, du fuzz à foison, des coulures de saxophone, et, pour l’anecdote, une adaptation du “Hippie, hippie, hoorah” de notre Dutronc national (décidément très tendance chez les Anglo-Saxons, après la reprise live des “Cactus” par les Last Shadow Puppets). Pas franchement inoubliable, mais indéniablement sympathique.

Black lips rdar 2017

Future Islands est de ces groupes dont le chanteur attire toute la lumière. Derrière, trois musiciens compétents (synthé prééminent, basse, batterie ; il n’y a pas de guitare) et discrets. Devant, Samuel T. Herring (Samuel T. Hareng en VF) et sa présence unique, même si l’effet de surprise est désormais passé. A chaque chanson, ce vague sosie de François-Xavier Demaison semble sur le point de se transformer en l’incroyable Hulk. Son jeu de jambes est toujours aussi invraisemblable, alternant pas de boxeur, sirtaki et danse des canards. En entertainer assumé, il s’adresse régulièrement au public (l’un des rares à le faire de tout le festival), avec force “fucking” enthousiastes, plus sérieusement parfois (approximativement et de mémoire, “Notre pays est tombé en disgrâce, nous devons faire quelque chose”). Et la musique ? Efficace, puissante à défaut d’être toujours subtile, pas très variée, les chansons se terminant souvent en queue de poisson. Le son est par ailleurs assez moyen alors que le niveau a été constamment bon sur les trois jours, mais Herring explique qu’ils ont dû venir en jet privé (“comme Jon Bon Jovi et Billy Joel, ça doit être un truc pour les gens du New Jersey”) depuis un festival gallois, avant de repartir pour un autre aux Pays-Bas, si l’on a bien suivi. La balance a peut-être été vite expédiée… En tout cas, chez Future Islands comme dans la campagne contre l’alcool au volant qui passe régulièrement sur les écrans géants, Sam c’est celui qui conduit – avec les autres sur la banquette arrière.

future islands

Même si leur musique dansante les désignait pour la clôture de la soirée, on regrette que Soulwax n’ait pas été programmé un peu plus tôt, quand les jambes et les paupières sont moins lourdes. On aura quand même tenu vingt minutes, le temps d’apprécier la scénographie en noir et blanc très aboutie, la qualité du son et la puissance rythmique du groupe (avec trois batteurs, un de plus que Thee Oh Sees !). Ils sont fort, ces Belges – la troisième fratrie de la soirée, d'ailleurs, après les Savage (Parquet Courts) et les Reid (JAMC).


Dimanche 20 août

Pierre Loustaunau avait déjà joué sur la plage, il y a quelques années, quand il faisait encore partie de Frànçois and the Atlas Mountains. Il se produit cette fois-ci sous son alias Petit Fantôme, avec trois acolytes. Entre mélancolie et mélodies solaires (on pense même aux Boo Radleys quand la trompette est de sortie), il livre un set sans prétention et euphorisant, réussissant même sur la fin à faire se lever les festivaliers avachis sur le sable. Belle performance.

Programmés sur le tard au Fort pour pallier le désistement de The Orwells, The Proper Ornaments n’ont fait que confirmer tout le bien que l’on pense d’eux. Ne jouant que très peu les morceaux de leur dernier album en date, “Foxhole”, les Anglais préfèrent se concentrer sur des titres plus énergiques, festival oblige. C’est à une leçon d’histoire de la pop que nous assistons. L’influence des Byrds, des Beatles, mais aussi du blues domine selon les titres. Les harmonies vocales, l’une des forces du groupe sur scène comme sur disque, sont savamment exécutées. A aucun moment ne transparaît un manque de cohésion, malgré une seule et unique répétition du groupe dans le ferry pour Saint-Malo. Mais il est vrai que  le groupe enregistre en ce moment son nouvel album. Espérons que la Route du rock va booster leur carrière dans l’Hexagone, ils le méritent amplement.

Proper ornaments rdr 2017

Cette édition marque la deuxième venue d’Angel Olsen au festival. Après un premier passage pluvieux en trio en 2014, elle revient en force avec cinq musiciens. Son look 70’s (combinaison vintage et lunettes de soleil géantes) tranche avec les costumes bleus 50’s du reste du groupe. La formation tourne ensemble depuis plus d’un an, et cela s’entend. Sans avoir besoin de communiquer, ils exécutent les titres de “My Woman” (qui représente l'essentiel de la setlist) tout en nuance et subtilité. Angel a gagné en confiance. Elle communique davantage avec le public et se montre même parfois taquine. Parions que lors de sa prochaine venue à Saint Malo, vous ne la verrez pas jouer en fin d’après midi, mais plus tard dans la soirée. L'Américaine a les moyens de ses ambitions.

Angel Olsen

Ayant déjà vu Yak un mois plus tôt à Beauregard et supposant que le set n’a pas beaucoup évolué depuis, on se contente de jeter un œil distrait vers la scène des Remparts tout en se mettant en quête de nôtre dîner – un curry thaï très honnête pour changer un peu des burgers.

Yak

Bonne nouvelle : le ratio singeries/chansons pendant les concerts de Mac DeMarco penche de plus en plus du côté des secondes. Certes, le Canadien prend toujours plaisir à faire l’andouille, alterne clopes et lampées d’une gnôle non identifiée, et va rendre de fréquentes visites à Angel Olsen et ses musiciens qui se sont carrément installés à une table sur le côté gauche de la scène avec une glacière de bières (peu visibles par le public, mais filmés par les cameramen d’Arte Concert, dont les images sont diffusées sur les écrans géants) ! Et, comme d’habitude, il terminera en se jetant dans le public (y perdant ses chaussettes au passage…). Mais si l’on oublie ces gamineries et les arrangements parfois discutables des nouveaux morceaux, riches en synthés, il faut bien reconnaître que des chansons comme “Salad Days”, “No Other Heart” ou “Chamber of Reflection” sont tout bonnement irrésistibles.

Macdemarco

Le 12 août 2001, quatre New-Yorkais quasi inconnus remplaçaient Saul Williams au pied levé sur la scène du Fort de Saint-Père et marquaient les festivaliers avec leur cold wave lyrique, hyper référencée mais prenante. On n’en était alors qu’aux prémices du grand retour du rock new-yorkais : le premier album des Strokes ne sortirait qu’un mois plus tard, un certain… 11 septembre. L’année suivante, Interpol revenait porté par le buzz, quelques jours avant la sortie de “Turn on the Bright Lights”. Et c’est quinze ans jour pour jour après la parution de ce fameux disque noir et rouge que le quartette (augmenté d’un clavier relégué dans le fond) se produit pour la troisième fois à la Route du rock. Paul Banks, visiblement plus sobre qu’il y a seize ans, rappellera la plupart de ces dates en introduction à “Untitled”, le titre qui ouvre l’album joué ici dans son intégralité. Avant cela, le groupe s’est échauffé avec quelques morceaux ultérieurs, pour la plupart tirés d’“Antics”, le successeur de “Turn on the Bright Lights”. Si les fans exultent, ceux qui ont toujours considéré les New-Yorkais comme une bande de poseurs surestimés n’ont pas vraiment de raison de changer d’avis. Reconnaissons tout de même que les musiciens maîtrisent parfaitement leur sujet, et que la plupart des chansons font encore leur petit effet. Intelligemment, Interpol revient au deuxième album pour clore son concert avec “Evil”, sans doute leur chanson la plus puissante et aboutie. Pendant une heure et quart, le boss Daniel Kessler n’a même pas desserré sa cravate.

Interpol

Lias Saoudi a sans doute sauté sur l’opportunité d’échapper provisoirement au cirque médiatique autour de son groupe, The Fat White Family, lorsqu’on lui a proposé d’enregistrer un album avec The Moonlandingz. Sur disque, le groupe est convaincant, mais sans plus. Le talent et le charisme de leur chanteur sur scène laissaient présager d’un concert de bonne tenue. Vêtu d’un pantalon marronasse informe, d’un pull de grand-père et d’horribles lunettes de soleil, Lias donnera malheureusement l’impression de n’assurer que le minimum syndical. S’il ne tarde pas à se mettre torse nu, on ne retrouve pas le chanteur habité et chamanique que l‘on connaît, sinon peut-être sur le tout dernier morceau. C’est étrangement la puissance de la musique, au croisement du rock et de l’électro, qui sauve le concert alors qu’on s’attendait à l’inverse. Une des rares déceptions du festival.

moonlandigz

Comme Thee Oh Sees, Ty Segall va littéralement prendre d’assaut la scène du Fort. Son heavy rock, abusant parfois un peu trop des solos de guitare, ne laisse pas une seconde pour respirer. C’est bien exécuté, très pro avec un dress code rouge/bordeaux et un son magnifique, mais le set manque de folie. Nombreux seront les festivaliers à décrocher rapidement. Exténués par trois jours de concerts, à une heure du matin passée, ils commencent progressivement à se diriger vers la sortie du festival. L’édition 2017 était riche en concerts musclés. Celui de Ty Segall était peut-être celui de trop à quelques heures de la fin des festivités.

Ty seagal

On assistera quand même au début du set de Tale of Us. Le duo milanais (installé à Berlin) offre une electro aussi élégante et bien coupée qu’un costard italien, parfaite pour terminer cette édition 2017 qui restera sans doute comme l’un des meilleurs millésimes de la Route du rock – jusqu'ici. A l'année prochaine !

Photos : Vincent Le Dœuff.

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