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LAURA
VEIRS - Carbon Glacier
(Bella Union/V2)
Autant prévenir d'emblée l'auditeur : on ne rentre pas dans ce disque de Laura Veirs comme dans un moulin. Si "Carbon Glacier" frappe dès les premières notes par son indéniable beauté, sa pureté quasi séraphique, il s'en dégage aussi une certaine austérité - quelque chose de glacé, justement - qui empêche l'adhésion immédiate. Il faut donc prendre son temps pour explorer ces treize morceaux (dont deux instrumentaux) souvent revêches, peu soucieux de séduction instantanée et de mélodies à siffler sous la douche. On a pu comparer la chanteuse-géologue de Seattle à Cat Power : leurs préoccupations, leurs parcours et leurs idées de la musique diffèrent assurément (a priori, on imagine mal Laura Veirs monter sur scène à moitié bourrée), mais on retrouve en effet un même sens de l'atmosphère crépusculaire, une même confiance dans la puissance émotionnelle de la voix, une même nudité (as the news) dans un morceau comme "Snow Camping", par exemple. On se permettra de citer d'autres noms moins connus - Pooka, Edith Frost, Barbara Gosza, Nina Nastasia, Susan Voelz, ou des chanteuses de la génération d'avant comme Karen Dalton ou Anne Briggs -, ce qui n'enlève rien à la singularité d'une écriture déjà très mature. Ce qui distingue l'Américaine du bataillon des singers-songwriters féminines à guitare en bois, c'est le soin extrême apporté au façonnage sonore, un sens du détail jamais gratuit. Veirs, qui a un jeu de guitare folk plutôt orthodoxe (elle ne s'est mise à l'instrument qu'à 20 ans, et elle en a aujourd'hui 28), mise sur la variété et l'originalité de l'instrumentation pour déjouer les risques de monotonie. "J'ai toujours voulu que mes chansons se tiennent toutes seules, car je les écris seule dans ma chambre, mais y ajouter d'autres musiciens s'apparente à tricoter une couverture colorée", explique la chanteuse. "J'essaie de garder ma guitare et mon chant au centre de la pièce, tout en rajoutant juste ce qu'il faut d'éléments extérieurs, afin que ces chansons décollent." Très bien entourée par ses Tortured Souls, des musiciens à l'esprit large qui ont joué aussi bien avec John Zorn ou Bill Frisell qu'avec Blonde Redhead et même Nirvana, Laura Veirs enrichit ses chansons de touches discrètes de banjo, glockenspiel, orgue et cuivres divers, à l'unisson de textes impressionnistes, où des sentiments toujours mêlés s'expriment à travers les éléments (eau, glace, soleil, étoiles, neige). "Up in the Air", chante-t-elle, comme Hüsker Dü et Heidi Berry avant elle, dans le refrain de "The Cloud Room". A sa façon discrète, Laura Veirs gravit des sommets : puisse-t-elle rester longtemps sur ces hauteurs, là où l'air est plus pur et où le regard porte loin.
Vincent
Ether Sings
Icebound Stream
Rapture
Lonely Angel Dust
The Cloud Room
Wind Is Blowing Stars
Shadow Blues
Anne Bonny Rag
Snow Camping
Chimney Sweeping Man
Salvage a Smile
Blackened Anchor
Riptide
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