Laurent Paradot - Interview

22/03/2012, par Benoit Crevits | Interviews |
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Le 27 mars prochain Laurent Paradot, ancien disciple de Gâtechien et de Headcases, présentera son nouveau projet à la Nef d'Angoulême en partenariat avec POPnews. Dans un projet très personnel, aux confins d'une écriture ego-maniaque et d'une posture à la Bourvil, le Charentais fait le point sur ses anciens projets et nous détaille les grandes lignes de ce nouveau départ.

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Le titre de ton prochain album va s'intituler "A la première personne du singulier". Tu ne vas vraiment parler que de toi ?

 Oui. J'écris tout le temps sur ma petite personne. C'est un réflexe, une habitude. C'est en même temps la chose que je connais le mieux. C'est surtout plus simple de parler de soi je crois mais, c'est vrai que là, j'ai bien fait le tour de la question. J'aimerais beaucoup écrire sur d'autres choses mais je n'y arrive pas. Je ne suis sans doute pas assez détendu pour m'ouvrir à autre chose qu'à moi-même.

 

Pourquoi ce changement de cap et cette direction vers la chanson ?

 L'énergie juvénile, l'insouciance du punk-rock m'ont un peu lâché. J'ai aboyé pendant 10 ans avec Gâtechien et Headcases. A un moment, j'ai eu besoin de mettre des mots sur des sensations, des états d'âme. J'avais au fond de moi, autre chose à donner. Cet album de chanson est un projet qui commence à dater puisque j'ai commencé à y travailler en 2006. Pendant tout ce temps, il a fallu trouver la bonne formule, la bonne posture, ce qui n'a pas été évident.

 

La chanson française a tenu une part importante dans ta culture musicale ?

 Non pas trop. J'ai accompagné Luis Francesco Arena au violoncelle pendant un temps. J'ai voulu moi aussi m'essayer à chanter en anglais mais, je n'étais pas du tout satisfait du résultat. N'ayant aucun repère dans l'écriture, le chant en français et souhaitant vraiment faire quelque chose de personnel, j'ai eu besoin de beaucoup de temps pour installer tout ça. Je me suis mis à écouter Dominique A, Bashung, Gainsbourg sur le tard et je suis tombé fan de Souchon. On sent le gars très mélancolique mais qui ressort tout ça en tendresse. J'aime aussi son utilisation des mots simples. Je me reconnais sûrement un peu dans cette petite cuisine.

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Tu as aussi multiplié les projets ces derniers temps avec La Parade, Headcases, Kids are Alright qui est un groupe à destination du public jeune. C'est parce que tu aimes toucher à tout ou est-ce parce que artistiquement tu avais des doutes ?

 Je crois qu'il ne faut pas se limiter à une formule. Quand j'ai envie de me lancer dans un projet, j'y vais, même s'il est éloigné de mes racines musicales. Je me suis tellement cantonné pendant 10 ans à faire du rock qu'à un moment j'ai voulu m'ouvrir un peu. Il y a aussi l'écriture de la musique d'une pièce de théâtre qui a été une expérience extrêmement riche et qui m'a poussé à sauter le pas.

 

Dans tes compositions, tu fais souvent le point sur toi-même. Tu regardes souvent en arrière à la manière d'un petit vieux. Pourquoi ?

 Oui, je me rends compte que ce projet est en quelque sorte une psychothérapie. C'est sûrement qu'à un moment, tu cours à corps perdu après ta jeunesse alors que tu sais que tu ne la rattraperas plus. Il faut passer à autre chose. C'est vrai que ce passage de l'adolescence à l'âge adulte m'a beaucoup inspiré. Mais j'arrive aussi à être assez cynique sur cette époque comme sur le titre "Mes acolytes".

  

Comment ça marche chez toi la naissance d'une chanson ?

Ça part d'une mélodie en général. J'ai un refrain qui traîne. J'essaie d'assembler les choses, toujours à la guitare. J'ai aussi un carnet dont je me sers pour noter des idées, des phrases, des mots qui sonnent bien. Une chanson peut par exemple partir d'un mot que j'aime. Je suis également très friand des expressions françaises. Une expression ça sonne en général très bien en bouche. Ça renvoie à des images souvent saugrenues. J'aime bien les tordre aussi. L'écriture d'une chanson est donc quelque chose de très lent chez moi. Je n'ai malheureusement pas la fulgurance d'un Murat.

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D'où te vient cette formule voix / deux guitares ?

 C'est une formule souple. Elle me permet tout simplement de mettre ma voix un peu plus en avant. Elle fonctionne plutôt bien avec quelques effets et des chœurs. J'aimerais plus tard y intégrer des percussions. J'ai essayé de jouer seul mais ça ne marchait pas. J'ai trop besoin de mes mains pour chanter, raconter mes histoires.

 

Et que retiens-tu de ces dix ans de carrière ?

 J'ai à un moment un peu perdu la fougue. Il y a eu des périodes assez difficiles. Par contre, j'ai toujours été fidèle à ma conception de la musique. Mon travail de composition a toujours été une priorité. Le processus de création c'est vraiment mon leitmotiv.

 

On peut dire que ce nouveau projet de chanson française est bien parti ?

 Oui, plus que jamais. J'ai déjà fait quelques concerts avec mes musiciens. On a encore cinq, six morceaux à travailler qui sont un peu plus enlevés des premiers. Il ne me reste plus qu'à faire des résidences, peut-être participer au Fair ou aux chantiers des Francos. Ensuite, j'ai l'impression que pour ce genre musical, soit tu accèdes aux Trois Baudets soit tu fais les bars. L'entre deux n'existe pas.

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Et le plaisir de la scène est toujours aussi fort ?

 Rien ne remplacera les premiers concerts. Au début on y va avec l'envie de vomir et à la fin on monte sur les planches sans y penser. Tu peux prendre la scène comme un boulot mais ça n'est pas forcément ce que j'attends. Moi, j'ai besoin d'exulter sur scène, de sentir un certain danger. Si j'ai multiplié les expériences, c'est aussi pour retrouver le goût du neuf.

 

Quel est ton rapport avec la consommation musicale ?

J'achète encore des CD et surtout des vinyles. Lorsque j'achète un vinyle, je le laisse ouvert pendant plusieurs mois, je le décortique. J'ai tendance à faire des fixettes. Ça fait trois mois que je suis sur le dernier Fink, Je suis resté bloqué 6 mois sur "La Superbe" de Biolay. J'ai besoin de connaître un disque de fond en comble, de l'écouter tous les jours d'une façon obsessionnelle.

Mille mercis à Tiffany

Photos de Tiffany Arnould pour les deux premières et Philippe Lafaye pour les deux dernières

http://www.dingo-lanef.com

 

 

 

 

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